CHAPITRE VlU
Le parti révolutionnaire se compose de tous les mécontents ; de ceux qui croient avoir à se plaindre du trouble apporté à leur activité professionnelle, ou des obstacles opposés à leurs ambitions légitimes. Or ces troubles et ces obstacles viennent surtout de l'Elat, dont la structure, les institutions et le fonctionnement s'harmonisent mal avec la situation actuelle. C'est donc la nature de l'Etat et son mode d'activité qui se trouvent être les causes ultimes de la haine qu'inspire le gouvernement, et du désir qu'on a de le changer.
Si les plaintes dirigées contre la puissance publique sont insuffisamment fondées, la tentative révolutionnaire n'aboutira point. Après une période de troubles, l'ordre sera rétabli par l'Etat, assez fort, malgré les espérances contraires, pour accomplir sa fonction essentielle, qui est de u discipliner la société » (i), en obligeant toutes les classes sociales à continuer de concourir ensemble dans une activité solidaire. Au contraire, si la révolte prend de l'extension, c'est que les vices supposés dans l'Etat étaient réels. Le succès
I. Cette expression très exacte est de M. René Worms. Philosophie des Sciences sociales, I, 37.
LES CAUSES DU MECONTENTEMENT ' g3
ne fait alors que mettre en évidence les défauts que des esprits perspicaces avaient aperçus et signalés. Décadence réelle de l'Etat, voilà donc quel nous paraît être, en dernier ressort, la cause d'une révolution qui triomphe.
L'Etat, envisagé du moins au point de vue spécial qui nous occupe, est l'ensemble des pouvoirs qui servent à maintenir l'ordre. Or, il remplira d'autant mieux sa fonction que ses différents pouvoirs s'exerceront d'une façon plus harmonieuse. Mais, si des conflits s'élèvent et persistent, l'autorité et la puissance de TElat diminuent. Non seulement ces luttes intestines épuisent les forces et affaiblissent le prestige, mais elles fournissent à l'opposition l'occasion de prendre parti en faveur de l'un des pouvoirs publics, et de donner ainsi à ses attaques ou à sa résistance les apparences du droit. Ce ne sont plus des malfaiteurs qui s'insurgent contre les autorités légititimes ; ce sont les champions de la justice, qui luttent contre une opposition tyrannique Par là, l'Etat se trouve doublement affaibli ; d'abord, en lui-même, par la privation ou le mauvais fonctionnement d'un organe essentiel ; puis, d'une façon relative, par l'accroissement de force qu'il confère au parti d'opposition.
Ce sont là des vérités évidentes, tant elles sont d'accord avec les lois de la psychologie sociale. Et cependant, pour donner à la démonstration toute sa solidité, il ne sera pas inutile de soumettre les propositions précédentes au contrôle de l'observation historique.
L'histoire montre qu'il est dangereux pour le pouvoir exécutif de se mettre en opposition, sur des points essentiels, avec le pouvoir législatif, toutes les fois, du moins, que ce dernier pouvoir s'exerce d'une façon indépendante et légitime, c'est-à-dire, conformément à des institutions consacrées par le temps, ou à des contrats et des chartes librement consentis. Charles 1^^ se heurta à la résistance du Parlement qui, en retour des subsides qu'il votait à la royauté.
voulait exercer un contrôle effectif sur les actes du gouvernement. Il eut beau le dissoudre à plusieurs reprises ; il était incapable de le dépouiller de son autorité. Les chefs du Parlement, persécutés et poursuivis, n'en étaient pas moins les représentants du droit : tous ceux qui avaient à se plaindre de la royauté tournaient les yeux vers ces défenseurs de la justice. Le moment venu, le Parlement deviendra le centre de la résistance, l'agent le plus actif de la chute du roi d'Angleterre.
L'opposition entre les deux pouvoirs produisit des effets analogues en France, et cela, à plusieurs reprises. Dès que les états généraux furent réunis à Versailles, les prérogatives royales furent atteintes. La souveraineté ne fut plus concentrée dans les mains du monarque, mais elle se partagea entre le roi et l'Assemblée constituante, dont l'autorité devint bientôt prépondérante. Plus tard, la Révolution a éclaté quand Charles X, usurpant les pouvoirs accordés par la charte à l'Assemblée législative, promulgua de sa propre autorité, et contrairement à la volonté bien manifeste des députés, les fameuses Ordonnances de juillet...
Dans ces exemples, l'hostilité entre les deux pouvoirs aboutit à une révolution triomphante. Mais, alors même que les effets n'apparaissent pas d'une manière aussi saillante et ne se traduisent pas en une longue suite d'événer ments notables, ces effets sont cependant réels. L'Etat a perdu de sa force, et, s'il en conserve encore assez pour triompher des résistances, il est pourtant sur le chemin de la décadence. Que d'autres causes de faiblesse viennent s'ajouter à la précédente, et le cataclysme social ne manquera pas de se produire.
Les deux autres causes qui agissent dans la région des idées pour affeiblir la puissance de l'Etat sont l'opposition du pouvoir judiciaire et de l'autorité religieuse.
Les coutumes et les lois, dont les tribunaux ont la
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défense, sont des règles générales qui deviennent parfois gênantes, quand les adversaires de l'Etat ont l'habileté de maintenir leur opposition sur le terrain légal que, d'ailleurs, les magistrats, interprètes des lois, sont favorables à la résistance des opposants. L'Etat, incapable de frapper ses ennemis de peines afïlictives et infamantes, perd une de ses armes les plus puissantes. Il ne semble plus avoir pour lui la justice, et les attaques des mécontents ont d'autant plus de poids et d'autorité.
Voilà encore des déductions psychologiques qui sont amplement confirmées par les faits historiques. Charles I^r^ manquant de confiance dans la souplesse des juges ordinaires, crée des tribunaux d'exception et, en particulier, la Chambre étoilée, qui multiplie les condamnations. Mais les. arrêts de ces tribunaux sont cassés par l'opinion publique, parce que les juges, dévoués servilement à la royauté, ne représentent pas la vraie justice. Prynne, Burton et Bastwick sont condamnés au pilori, à la perte des oreilles, à une amende de 5.ooo livres sterling et à un emprisonnement perpétuel. Mais les idées d'indépendance religieuse et de haine contre le papisme n'en sont que mieux auréolées par la persécution, et bientôt elles vont trouver des défenseurs dans le covenant écossais.
L'hostilité du pouvoir spirituel du clergé contre le pouvoir temporel de l'Etat a produit, à toutes les époques, des, effets trop manifestes pour qu'il soit nécessaire d'insister longuement sur eux.
La religion agit sur les consciences. Quand elle veut consacrer le pouvoir civil, elle exerce une grande influence en sa faveur. Elle plie les volontés à l'obéissance, elle transforme en devoirs les obligations légales, et elle met ainsi l'autorité des commandements divins au service des rois ou autres chefs d'Etat, qui deviennent par là les agents ou même les représentants de la divinité. Au contraire, si les
intérêts religieux sont menacés par le pouvoir, le clergé méconnaît une autorité qui lui est contraire, et s'efforce d'inspirer les mêmes sentiments de haine et de mépris à tous les fidèles qui subissent son ascendant. Cette influence sera d'ailleurs d'autant plus puissante que le clergé formera un corps mieux organisé et plus indépendant. L'organisation du clergé catholique s'est montrée, aux différentes époques de son histoire, une force d'autant plus redoutable à ses adversaires qu'elle est mieux réglée dans tous ses détails, et qu'elle s'étend au delà des frontières de chaque Etat, avec un chef indépendant à sa tête. La période où cette puissance spirituelle fut dominante, a été le moyen âge pendant les luttes du sacerdoce et de l'Empire. Mais, si dans la suite «lie a décliné, si elle ne s'est jamais complètement relevée du -discrédit jeté sur elle par le soufflet de Nogaret, elle est, cependant, restée toujours active et souvent capable d'ébranler des gouvernements qui avaient pour eux la force matérielle. Ainsi, la Sainte Ligue se forme contre Henri III qui ne montre pas assez de rigueur dans la répression du protestantisme, et qui doit avoir pour successeur un hérétique relaps, Henri de Bourbon, le roi de Navarre, protecteur avoué des églises réformées de France. Les promoteurs de cette puissante organisation, qui rayonne à travers toutes les provinces, sont surtout Jean Prévost, curé de Saint-Séverin : Jean Boucher, curé de Saint-Benoît ; Mathieu de Launay, docteur en théologie. Ils achètent des armes, constituent une armée, choisissent un chef, le duc de Guise, forment un Etat dans l'Etat, et, pour mieux affirmer l'indépendance du parti, le Conseil des Seize décide de réclamer les secours du pape et de l'Espagne. Henri IV, malgré toutes ses victoires et la supériorité de son armée, ne peut triompher de cette résistance et cherche à la désarmer par l'abjuration.
En Angleterre, la réprobation du clergé anglican contre les visées catholiques et papistes de Charles I^r et de Jac-
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ques II suscite de grandes difficultés à la cour. La force de Jacques II, accrue de toutes les ressources que les prérogatives royales mettaient au service d'une ardente conviction, vient échouer contre la résistance respectueuse mais obstinée du primat Sancroft et de six autres évêques. Le roi ordonne qu'on les enferme à la Tour. Mais une foule immense se prosterne dans les bateaux, sur les bords de la Tamise et jusque dans la boue du fleuve, lorsque passe la barque royale qui emmène les martyrs. Les soldats, chargés de les garder, demandent avec respect leur bénédiction. Bientôt après, l'expédition de Guillaume d'Orange se préparait, et devait emporter cet essai de réaction catholique avec le pouvoir qui l'avait tenté.
Si l'opposition entre les différents pouvoirs de l'Etat est une cause de faiblesse, c'est pis encore lorsque la division et la lutte s'introduisent dans le pouvoir exécutif lui-même. La loi, en effet, est une chose morte, si elle ne trouve point, sur toute l'étendue du territoire, des agents capables et désireux de la faire exécuter conformément aux décisions du gouvernement. L'Etat ressemble alors à ces cuirassés, encore d'imposante apparence, mais qui, touchés par une torpille, n'obéissent plus au gouvernail, épaves flottantes, vouées à une prochaine destruction. Gela arrive, toutes les fois que la force centrale affaiblie ne dispose plus de moyens suffisants pour maintenir dans l'obéissance les agents autrefois subordonnés, mais qui maintenant aspirent soit à l'indépendance, soit à une nouvelle organisation, et qui espèrent pouvoir le faire avec impunité.
Les exemples abondent. Les plus marqués sont fournis par les chefs militaires qui, mis en possession d'une force armée, la tournent souvent contre l'Etat qui la leur a confiée. Le sénat romain nomme Gésar proconsubde la Narbonnaise. Mais ce général, vainqueur de la Gaule, revient en Italie à la tête de ses légions, et, méconnaissant les ordres
du Sénat qui lui avait enjoint de licencier son armée, franchit le Rubicon pour détruire bientôt les institutions républicaines. Bonaparte a imité l'exemple de César. C'était la République qui lui avait fourni les moyens d'édifier sa réputation et de conquérir son prestige. C'est contre elle qu'il dirige le coup de brumaire, avec le concours des dragons de Sébastiani et Tescorte des officiers qui avaient afflué rue de la Victoire et qui, dans une chevauchée enthousiaste, l'avaient accompagné aux Tuileries. Enfin, l'Espagne et l'Amérique ont vu de nombreux proniinciamentos. — Et ce ne sont pas les seuls pays, où les généraux se sont révoltés contre le pouvoir et ont dirigé contre lui les forces qui devaient servir à le consolider.
Ce ne sont pas seulement les chefs militaires qui montrent ces désirs d'indépendance, et qui tentent ou exécutent ces rébellions. Un phénomène analogue se manifeste souvent . aussi chez les administrateurs civils, et particulièrement chez les gouverneurs de province. Ces représentants du pouvoir utilisent, à leur profit, les forces et l'autorité dont ils disposent.*Ils pactisent avec les partis d'opposition, pour modifier l'organisation sociale, ou même, profitant des circonstances favorables, ils rompent les liens qui les unissaient au pouvoir central et constituent des principautés distinctes. C'est ainsi que s'est partout constituée en Europe la féodalité. Les duchés, marquisats, comtés avaient d'abord été conférés à titre personnel. Mais ces « bénéfices » devinrent héréditaires, et, pendant toute la période de la féodalité, l'autorité royale ne fut guère que nominale. Les nations s'étaient dissoutes en une poussière d'Etats et de seigneuries, qui avaient leurs lois particulières, leurs coutumes, leurs mœurs distinctes et jusqu'à leur langue, et qui possédaient, presque sans restriction, cette marque de la souveraineté : le droit de guerre et de paix.
Ce n'est point là un exemple unique du relâchement dans
le lien de subordination. Aux époques de troubles on constate souvent cette tendance à l'anarchie. Peu confiants dans la solidité et la durée du gouvernement, les agents administratifs exécutent mollement les ordres qui leur sont donnés, ou même y opposent une résistance plus ou moins ouverte. A la diète de Worms, Luther est condamné comme hérétique. Il est mis au ban de l'empire ; tous les princes sont tenus de s'emparer de sa personne et de le livrer à l'empereur ; tous ses partisans sont menacés de perdre leurs biens, s'ils favorisent ses doctrines et ses écrits. Mais les princes n'obéissent pas à ce décret. On l'enlève, mais pour le mieux mettre à l'abri des poursuites. Et, au château de la Wartburg, il s'occupe à traduire la bible en allemand, jusqu'à ce que le développement de la Réforme lui permette de quitter sa retraite. — Pendant les guerres de Religion, plusieurs gouverneurs de province, en France, refusèrent d'exécuter les ordres donnés par la cour : ils ne voulurent pas être les complices de la Saint-Barthélémy. — Sous Jacques II d'Angleterre, aux approches de la Révolution, les rouages administratifs, faussés, n'obéissent plus à l'impulsion royale. La moitié des lords-lieutenants refusent de rendre les services que le roi leur demande et qu'ils jugent odieux. Le roi les destitue, mais il ne trouve pas à les remplacer. Ses anciens serviteurs se tournent contre lui et appellent le libérateur Guillaume d'Orange.
La division dans l'Etat peut être encore plus intime et se manifester au cœur même du pouvoir central. C'est là le vice ordinaire des nations, où la puissance souveraine est entre les mains d'une assemblée dont les membres ont, en principe, des droits égaux. Le corps reste uni, quand il a à lutter contre des puissances rivales, qui cherchent à diminuer ses prérogatives et qui menacent sa suprématie. Mais, quand sa souveraineté n'est pas mise en péril, les rivalités, les compétitions et les luttes se font jour ; des partis se
forment, et les mécontents du dehors sont toujours assurés I de trouver des défenseurs chez les dépositaires de l'autorité. Phihppe de Macédoine trouvait des partisans dans les \ guides mêmes du peuple, les orateurs athéniens qui « phi- : lippisaient », non par vénahté et trahison, mais par convie- tion que l'alhance macédonienne était favorable au parti, ■ dont ils s'étaient constitués les défenseurs. — A Rome, le \ Sénat restait uni dans ses rapports avec l'étranger et pour- " suivait avec ténacité sa politique de conquête, non qu'il n'y eût des divergences de vues à ce sujet ; mais la majorité res- \ tait fidèle à un programme, dont la réalisation contribuait, \ d'une façon manifeste, à la grandeur et à la richesse des clas- | sesdirectrices. Les divisions se montrent surtout dans les questions de politique intérieure, et elles s'accentuent avec le temps. Les patriciens, partisans des réformes populaires, s'enhardissent ; Catilina, qui a l'audace de braver, jusque dans la Curie, l'autorité des consuls, est le précurseur de César, un i autre patricien, qui consommera la révolution, en voie de '| formation surtout depuis les Gracques. — Le régime parle- ; mentaire, en France et dans les autres pays où il fonctionne, ? présente des avantages incontestables, avantages qu'on se j plairait à mettre en relief, si c'était le lieu d'agiter cette ques- j tion de politique pratique. Il donne, en particulier, plus de \ souplesse au gouvernement ; il lui permet de mieux connaî- \ tre les nécessités sociales d'une époque et de pouvoir y adap- "i ter sa conduite, sans avoir, sans doute, autant à redouter de j violentes et brusques commotions. Mais il est incontestable aussi que, si par ce régime les secousses sont moins fortes, 1 elles sont, par contre, plus fréquentes. La force publique qui " émane d'une assemblée agitée de vues et de passions con- ' traires, n'agit pas avec cette confiance, cette fermeté et cette j énergie qu'elle met au service d'une souveraineté toujours 1 sûre d'elle-même et de son droit.
Dans une monarchie, où le souverain pouvoir est placé
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dans une main unique, il semblerait tout d'abord que la faiblesse, résultant de la désunion, ne pût se produire. Mais c'est là une apparence qu'une observation attentive dissipe. Dans chaque personne, deux parts sont à faire : l'une, individuelle, qui lient au tempérament, au caractère, à l'ensemble des dispositions physiques et mentales que chacun apporte avec la vie ; l'autre, sociale, qui dépend de l'éducation, du milieu dans lequel on a été appelé à vivre, et du genre d'activité qu'on exerce. Un roi n'échappe pas à cette règle. Il y échappe d'autant moins qu'un plus grand nombre de personnalités étrangères tendent à faire pénétrer dans la conscience royale leurs vues, leurs idées et leurs propres volontés, et qu'elles y tendent de toute la force de leurs désirs et de leur ambition. Ce for intérieur, qu'on pourrait croire fermé et solitaire, est, en réalité, envahi par une foule d'agents et de conseillers, dont le roi n'est souvent que l'interprète inconscient. C'est toute une assemblée avec ses divisions et ses luttes, avec ses partis tour à tour victorieux ou battus, qui loge dans la tête royale et qui, sans cesse, tiraille sa volonté dans des directions opposées. Le roi croit commander ; il est le truchement de la reine, l'interprète de son confesseur, |le mandataire de la noblesse ou de la bourgeoisie, l'agent docile de l'armée. Les caractères énergiques font un choix parmi ces influences multiples et s'y tiennent. Mais les caractères sans fermeté, essentiellement <( ondoyants et divers )) flottent à l'aventure, incapables de prendre une décision et d'y persister. En eux résonnent les voix tumultueuses des assemblées divisées en partis ; subissant des influences contradictoires, ils oscillent constamment de la sévérité à la douceur, passent d'un principe à son contraire, favorisent et combattent tous les partis, perdent la confiance de leurs amis, exaspèrent leurs adversaires et finissent par être abandonnés de tous. Quelle que soit, d'ailleurs, la part à faire aux dispositions individuelles
et aux inQuences sociales, le fait en lui-même est certain. Toutes les fois que le roi montre de l'incertitude dans ses idées et dans sa conduite, l'autorité royale et la force de l'Etat s'en trouvent amoindries. Fidèle à notre méthode, ne nous contentons point de ces assertions générales, mais appuyons-les sur des faits historiques.
Charles I", mécontent de la résistance du Parlement, l'avait dissous pour la troisième fois. 11 avait pris la résolution de gouverner seul, en monarque absolu, sans le concours de la Chambre des lords et de la Chambre des communes. Mais la division, supprimée de ce côté, apparut dans l'entourage immédiat du roi. Deux partis se disputèrent sa volonté, le parti de la reine et celui des ministres. « Autour de la reine, dit Guizot (i), se ralliaient d'une part les papistes, de l'autre, les ambitieux frivoles, les intrigants, les jeunes courtisans qui étaient allés apprendre à Paris le secret de lui plaire. )> Strafford et Laud s'étaient constitués les défenseurs de l'autorité royale, mais d'une autorité qui devrait se justifier par le maintien de l'ordre, par la gran-iï deur des services rendus à la nation, et par l'hostilité au catholicisme romain. Tirée ainsi dans deux directions opposées, la conduite du roi était incohérente, et le gouvernement perdait de sa force et de sa considération. — Louis XVI, par la mollesse de son esprit qui reçoit toutes les empreintes, fournit un exemple frappant d'incohérence et de faiblesse. D'abord, il est plein de bonnes dispositions; il rappelle les parlements, s'entoure de ministres réformateurs... Puis, il se décourage en présence des difficultés, abandonne Turgot, prend et renvoie Necker et subit de plus en plus l'ascendant de la reine qui le domine en le soumettant à ses volontés capricieuses. De là, la faiblesse et l'impuissance de l'Etat, quand la fièvre de mécontement va éclater. — Que de person-