RAPPORTS INTERNATIONAUX
Les nations ne sont pas plus que les individus fermées^ aux influences du dehors. Beaucoup auraient continué à vivre dans une faiblesse léthargique, si une secousse étrangère n'était pas venue les tirer de leur torpeur. Parfois, l'influence est heureuse et ressemble aux poussières de ferments qui font bouillonner la cuve et donnent au vin sa force et son arôme. Elle peut aussi être néfaste. Dans ce cas, elle pourrait plus justement être comparée au bacille pathologique, qui, pénétrant dans l'organisme, vient y porterie désordre et les menaces de dissolution. Mais, que la crise soit bienfaisante ou funeste, il n'importe pour le moment, oùl'on s'occupe non de pratique, mais de science. A ce dernier point de vue, l'essentiel est d'indiquer les principales espèces d'influences internationales, et la façon dont cesinfluences s'exercent.
L'action la plus apparente et, pour ainsi dire, la plus brutale qu'une société ait à supporter d'une autre, c'est la guerre.
Beaucoup de transformations politiques et sociales sont dues à la contrainte exercée, à la suite d'une conquête, par la force triomphante. Mais les effets, ainsi produits, n'appartiennent pas à notre sujet. Par suite, ils doivent être-
ESSAI SUn LES REVOLUTIONS
écartés, quelle qu'en soit l'importance, ou même, en raison de leur importance, puisqu'une étude de la guerre, si sommaire fût-elle, exigerait encore des développements étendus ; développements qui nous détourneraient de notre véritable but.
Mais les guerres, alors même qu'elles n'aboutissent pas à la conquête ou à la perte de l'autonomie nationale, ont, chez les deux peuples ennemis, de grandes répercussions au point de vue de la solidité des institutions.
Même chez l'Etat victorieux, tout n'est point bénéfice. Certes, il gagne en prestige, en autorité, en sécurité extérieure. Il a montré sa force. C'est assez pour que les autres nations le craignent et évitent d'irriter sa susceptibilité, en se mêlant ouvertement de sa politique intérieure. Mais les guerres sont souvent ruineuses. Elles épuisent les finances et obligent, pour combler le déficit, à inventer de nouvelles ressources fiscales. De là, l'accroissement des anciens impôts, ou la création de nouvelles charges, qui sont des causes infaillibles de mécontentement chez ceux qui se trouvent plus directement frappés. L'Etat peut aussi recourir à des emprunts. Mais les emprunts ont le grave inconvénient de sacrifier l'avenir au présent, en tarissant à l'avance une partie des futurs revenus. Ils mettent, en outre, l'Etat dans la situation dépendante d'un débiteur vis-à-vis de son créancier. Le voilà soumis aux capitalistes qui l'ont tiré d'embarras et qui. parles services qu'ils ontrenduset qu'ils peuvent être encore appelés à rendre, se trouvent autorisés à surveiller la gestion financière, à donner des avis, à contrôler les dépenses, souvent à les critiquer.
Un autre danger, peut-être plus grave que les précédents, c'est de donner, à la classe militaire et à ses chefs, une prépondérance menaçante pour l'équilibre social. L'armée victorieuse devient pleine d'arrogance ; elle parle en maîtresse et a la prétention d'imposer ses volontés. Quand elle ren-