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de première nécessité. Mais le paysan et le marchand, ne trouvant plus un prix rémunérateur de leurs peines, ne vont plus au marché : les vivres se procuraient difficilement ; maintenant ils menacent de faire complètement défaut. On fabrique des assignats ou tout autre papier-monnaie, et on décrète que ce papier vaudra de l'or. Si l'émission est modérée et que les gages soient une garantie sufflsante, cette monnaie fiduciaire circule et peut rendre des services. Mais si, dupe de cette facilité, le pouvoir multiplie outre mesure cette monnaie, toutes les menaces n'empêcheront pas la dépréciation d'une valeur fictive. Combien d'autres chimères sont mises en avant dans ces périodes de crise I L'expérience impitoyable se charge d'en révéler l'inanité.

Les alchimistes du moyen âge se flattaient de ruser avec la nature et de transmuer les métaux en or. Ils s'étaient desséchés à la chaleur de leurs fourneaux et, malgré leur longue persévérance, n'avaient pu arrivera leur but, dans l'ignorance où ils étaient des conditions nécessaires à sa réalisation. De même, pour les problèmes économiques et sociaux. La science qui les pose aux époques de crise, ressemble au sphinx qui veillait aux portes de Thèbes et qui dévorait tous les passants incapables de résoudre sa redoutable énigme. Trouve ou meurs, disait-il. Et les cadavres s'amoncelaient sous les murs de Thèbes exhalant leurs odeurs pestilentielles, comme s'entassent les victimes des utopies sociales et de toutes les théories vicieuses. Et elles continuent à s'entasser, tant que ne se rencontre point l'Œdipe, sage interprète de la réalité, qui sait donner aux difficultés actuelles la solution la mieux appropriée aux circonstances, à l'état social, et surtout aux lois psychologiques de la nature humaine. C'est là une question de science appliquée. Certes, il faut tenir compte des conditions purement matérielles et des forces instinctives qui peuvent, au besoin, être assimilées aux forces physiques. Cependant, on est aussi en présence de forces

morales qui laissent, si faible soit-elle, une place à l'activité intellectuelle et, par suite, à une perfectibilité, non pur résultat du hasard, mais fruit de reffort intelligent et volontaire.

Lutte Politique. — Le parti conservateur est le gardien naturel de l'ancienne organisation sociale. Ce n'est que sous la pression des circonstances qu'il consentira à des sacrifices, et aux moindres sacrifices.

Mais ces circonstances peuvent devenir de plus en plus impérieuses, et imposer une série de changements précipités qui amèneront une transformation radicale. L'insuccès dans la répression des premiers troubles a révélé la faiblesse de TEtat. Bien plus, il l'augmente. Car cette faiblesse tient à des causes dont l'efficacité augmente à la suite de la rébellion mal réprimée. Au contraire, le succès de la révolte encourage les espérances du parti hostile, avive ses sentiments et multiplie ses forces. Aussi, l'Etat a beau être muni d'institutions semblables à autant de forteresses et qui facilitent sa défense, les adversaires, dont la confiance s'accroît avec le succès, assiègent chacun de ces forts, s'en emparent successivement et les emploient, à leur tour, contre leurs anciens maîtres.

Un de ces forts les plus utiles à occuper, c'est le pouvoir législatif.

La loi, qui pendant si longtemps a plié les volontés à l'obéissance, ne perd jamais complètement son autorité, et, pour beaucoup, elle constitue le droit véritable, dont la valeur est bien supérieure à la force. Voilà pourquoi les deux partis s'efforcent, avec une égale ardeur, de mettre la loi de leur côté.

Les législateurs favorables au nouveau parti se sentant soutenus dans leurs revendications, repoussent les limitations de pouvoir que l'ancien droit constitutionnel avait étabhes et. jusqu'alors, rigoureusement maintenues. Ils ren-

versent les antiques barrières, et ce que leurs adversaires appellent des empiétements illégitimes, ils le proclament une juste extension de leurs droits. Lors de la réunion des états généraux, le roi, se conformant aux anciens usages, voulait que les délibérations eussent lieu par ordres séparés. Mais le tiers état rejette cette séparation. Malgré les injonctions royales, il persiste à revendiquer la réunion des trois ordres et le vote par tête, deux mesures qui devaient lui assurer la majorité et, par suite, la prépondérance. Assurément, au point de vue du droit strict, la chose était illégale. Mais, dans la révision du pacte social ébranlé, elle pouvait être considérée comme équitable, jjuisqu'alors la volonté nationale, avec la part de contrainte qui lui est inhérente, l'emporte et décide.

Une première victoire en amène d'autres. Les états généraux, changés de nature, manifestent ce changement par le nouveau nom qu'ils prennent : ils deviennent Assemblée Nationale. Puis, les députés, qui avaient été convoqués seulement pour le vote des subsides, se font constituants et vont porter les mains sur l'Etat tout entier. A partir de ce moment, tous leurs efTorts convergent vers un but unique : amoindrir la puissance de l'Etat et augmenter les prérogatives ou, du moins, les garanties du parti novateur. La royauté s'appuyait sur la noblesse, le clergé, la haute magistrature, les officiers de l'armée. L'Assemblée ne manque aucune occasion de frapper ces défenseurs du pouvoir. Dans sa Déclaration des Droits de T Homme et du Citoyen, elle supprime les anciennes distinctions basées sur la naissance ; elle proclame tous les hommes égaux, « également admissibles à toutes les dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents ». C'est le couronnement de la nuit du 4 août, où la féodalité avait déjà reçu les plus graves atteintes. — A tort ou à raison, le clergé était considéré comme un soutien

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de l'ancien régime. Aussi, l'Assemblée le frappe d'abord dans sa puissance temporelle : la dîme est abolie ; les biens fonciers sont menacés, en attendant qu'ils soient saisis. Puis, elle vise à entamer son autorité morale, en brisant les liens qui le rattachaient à la papauté et, par suite, en le subordonnant plus complètement au pouvoir civil. — Les Parlements, qui avaient longtemps joui d'une certaine popularité auprès de la bourgeoisie, montrent trop de tiédeur pour le nouvel état de choses. Ils deviennent suspects. Aussi, ils n'échappent pas à la proscription qui s'étend à tous les corps, dont l'existence légale n'est plus reconnue. — Quant aux officiers, ils ont perdu la confiance des soldats. Menacés des vengeances populaires ils émigrentà l'étranger. — Après les auxiliaires du roi, c'est le roi lui-même dont les plus essentielles prérogatives sont attaquées et battues en brèche. Qui aura le dernier mot dans la législation? Si le roi peut opposer un veto absolu aux décisions de l'Assemblée, la souveraineté n'aura pas changé de place et les conquêtes de la nation, toujours précaires, resteront à la merci d'une volonté entêtée. Après de vives discussions, il est décidé que le veto sera simplement suspensif. Ainsi, les efforts des législateurs, dansquelque direction qu'ils se portent, tendent à amoindrir les diverses prérogatives adverses, et à augmenter leurs propres pouvoirs.

En temps de révolution, les législateurs ne restent pas isolés, semblables à des sages qui étudieraient une société passée, sans participer aux passions de l'époque. Au contraire, ils sont en incessante communication avec le public et en sentent d'autant plus les influences que l'opinion publique a plus de liberté pour se manifester et se traduire en actes. Aussi, sans que de nouvelles élections viennent modifier la composition d'une assemblée, on voit son esprit varier et, dans ses changements, suivre les transformations qui se produisent parallèlement dans le parti que la majorité représente. Les timides, les modérés, ou plutôt tous ceux qui ne peu-

vent ou ne veulent pas suivre le mouvement accéléré des idées, perdent leur crédit et leur autorité. Après avoir été, parfois, les iaterprètes écoutés de la majorité, ils se voient de plus en plus délaissés, et même, mis en suspicion. Ils sont restés les mêmes et en possession de tout leur talent. Mais toutes leurs ressources oratoires et leurs habiletés parlementaires ont échoué, parce qu'elles se sont heurtées contre des idées et des sentiments diflerents.

Les uns se taisent, en attendant des circonstances plus favorables ; d'autres s'éloignent, et laissent ainsi une place plus large aux partisans des réformes audacieuses. Pendan toute la période de la Terreur, Sieyès se tient à l'écart, se contentant de « vivre n ; il ne reprend un rôle actif qu'après Thermidor. Dès octobre 1789, un des promoteurs de la Révolution, Mounier, le rédacteur du Serment du jeu de paume, n'avait pas suivi le mouvement des esprits. Il se retira d'abord en Dauphiné. Puis, après une tentative inutile de réaction, il émigra à Genève. Un grand nombre de députés imitèrent sa conduite et quittèrent l'Assemblée. Cette sorte d'épuration était volontaire. Plus tard, elle se fit par la violence. Dans la fougue de leurs passions, les partis s'irritèrent contre toute opposition, et, pour mieux supprimer les résistances, ils ne reculèrent pas devant la mort de leurs adversaires. Ces faits, empruntés comme exemples à la Révolution, ne lui sont point spéciaux. Mais on en retrouve de semblables, en particulier dans le Long Parlement d'Angleterre, qui, malgré l'absence d'élections, reflétait assez exactement les variations d'opinion dans le parti dominateur.

Ces influences, exercées du dehors sur les assemblées, viennent le plus souvent des clubs, de ces réunions où les orateurs sont en communication directe et immédiate avec le public, ou plutôt, avec les membres les plus actifs d'un parti. Les revendications de classes s'y manifestent haute-

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ment et trouvent un écho sympathique chez tous ceux qui, participant à la même vie, se trouvent dans une situation semblable, ont les mêmes intérêts et sont agités des mêmes passions. Elles se fortifient ainsi. Les modérés, qui cherchent à parler le langage de la raison, so.nt encore-mieux et plus vite écartés que dans les assemblées législatives, où les membres tiennent à garder un certain décorum. Leurs idées et leurs projets sont repoussés avec indignation et, euxmêmes, ils sont exposés à des huées et, parfois, à des violences. Les passionnés et les violents dominent, parce que, dans ces époques de troubles, la fièvre agite tous les esprits, exaspère tous les désirs, et que le propre de la passion est de tendre violemment à son but, sans vouloir tenir compte des obstacles.

Les clubs OQt d'autant plus de force que leurs membres sont plus nombreux, plus actifs, mieux organisés. Le nombre appelle le nombre. Conscientes de leur faiblesse, les minorités se dérobent, sans autre ambition que de se faire oublier. L'activité est en proportion des avantages qu'elle promet. En révolution, toutes les espérances paraissent légitimes ; aussi l'activité est, comme l'espoir, sans limite. Les moins expérimentés savent que des énergies incohérentes et mal disciplinées perdent une grande partie de leur puissance. Aussi, les sociétés particulières s'associent entre elles, se fédèrent, se ramifient et, grâce à une direction partie du centre, concertent leurs efforts. Elles arrivent ainsi à en imposer aux pouvoirs les plus autorisés. Telle fut la puissante société des Jacobins, dont le siège principal était à Paris et dont l'influence rayonnait sur toute la France, grâce aux nombreux comités de province affiliés à la société-mère.

Les assemblées législatives ont aussi à subir la pression des foules, plus ou moins tumultueuses, qui viennent en force et d'une façon menaçante présenter des pétitions, ou plutôt donner des ordres. Ces foules se rassemblent surtout

dans les villes populeuses, où le mot d'ordre circule facilement et où un signal convenu (coup de canon, tocsin...) se fait entendre en même temps de tous les intéressés. C'est d'ordinaire, à la suite de quelque événement ju^é dangereux pour les réformes, que les membres les plus actifs du parti révolutionnaire, surexcités parle danger, viennent manifester leur mécontentement et sommer l'Assemblée de prendre des mesures pour conjurer le péril.

Après la fuite de Varennes, vers la fin de la Constituante, les clubs des Cordeliers et des Jacobins s'agitèrent. Une pétition, sommant l'Assemblée de voter la déchéance du roi, fut déposée sur l'Autel de la Patrie ; une foule immense, venue des faubourgs et de la banlieue de Paris, se rendit au Champ de Mars pour la signer, et, malgré les injonctions de la force armée, refusa de se disperser. A plusieurs reprises, des scènes semblables se reproduisirent, et même, avec des circonstances aggravantes, puisque la foule, armée de piques, pénétrait jusque dans l'enceinte législative et, au milieu de la confusion produite par un pareil envahissement, dictait ses ordres, qui furent souvent écoutés. — Après le désastre de Sedan, la population parisienne, irritée contre le gouvernement qu'elle rendait responsable des défaites, s'ameuta, envahit la Chambre, chassa les défenseurs du régime impérial et fit proclamer la déchéance de l'Empire.

Même sans recourir à des violences de cette sorte, le public, quand on le tolère dans l'enceinte législative, agit sur les résolutions des législateurs. La présence seule de témoins et déjuges limiterait déjà la liberté. C'est bien pis, quand les assistants ont le droit, ou du moins la facilité de manifester leur approbation et leur blâme. Alors, les orateurs n'ont pas seulement à persuader leurs collègues, mais ils ont de plus à tenir compte des dispositions d'un public passionné et facilement impressionnable. C'est ce qui apparut nettement dans les trois premières assemblées de la

Révolution. Pour provoquer les applaudissemenls des tribunes ou pour éviter les huées, les députés firent souvent des motions, qu'ils n'auraient point songé à proposer dans une délibération que les interpellations et les cris du public n'auraient point troublée.

L'explication des péripéties de la lutte politique en temps de révolution ne serait point complète si, aux différents facteurs énoncés plus haut, on n'ajoutait l'influence due aux personnalités marquantes ; à ceux qui se distinguent, dans les partis opposés, par les qualités supérieures de l'intelligence et du caractère. Dans le développement du drame qui se jouedans les enceintes législatives, ne voir que les premiers rôles et tout attribuer à la puissance de leur génie oratoire, c'est méconnaître l'action si réelle et si puissante des forces plus obscures ; de ces forces sans le concours desquelles toute l'éloquence des Démosthène, des Cicéron, des Mirabeau et de tous les orateurs les plus éminents devient une arme fragile, qui se brise entre les mains les plus adroites. Tout leur refuser, c'est tomber dans une erreur moins grave peut-être, mais encore trèsimportante. En effet, ils ne créent pas le sentiment, mais ils l'avivent par la peinture habile de l'état de choses qui le provoque ; ils signalent les causes du mal, indiquent le but, préconisent des moyens déterminés, adoptent une tactique, et, suivant leur valeur intellectuelle, proposent des mesures législatives judicieuses, médiocres, ou foncièrement mauvaises. Il n'est donc pas indifférent que, dans une assemblée législative, il y ait des orateurs qui, en dehors de l'habileté oratoire, aient une assez grande intelligence des choses sociales pour tendre à un but par les moyens les plus pratiques.

Ya-t-ilun moyen de favoriser le recrutement de cette élite intellectuelle ? C'est là une question qui touche aux applications de la sociologie et qui, par suite, est étrangère à la discussion actuelle. Pour le moment, il suffit d'avoir

LUTTE DES DEUX PARTIS l'^-y

montré que les facultés éminentes de l'esprit et du caractère ont, ici comme en beaucoup d'autres cas, un rôle non négligeable dans la marche des événements.

Le Pouvoir Judiciaire. — Le pouvoir judiciaire est une des prérogatives les plus enviables. Il n'est pas étonnant qu'il donne lieu à une lutte très ardente entre les deux partis en présence.

Les lois civiles et pénales, malgré la précision que les législateurs cherchent à leur donner, laissent cependant aux juges une grande latitude dans leur interprétation et leur application, latitude qui engendre des abus dont les victimes ont souvent à se plaindre, même en temps ordinaire. Les plaintes deviennent bien plus vives, quand les lois elles-mêmes passent pour injustes et que les juges, en les appliquant, mettent la force publique au service de privilèges mal fondés, ou répriment, comme criminels, des actes qui tendent à la rénovation sociale. Déjà, dans la période antirévolutionnaire, les idées de droit et de justice étaient soumises à la critique, et les principes mêmes de la législation étaient combattus au nom d'un idéal nouveau. Mais, quand la révolutionest ouvertement déclarée, les critiques se transforment en protestations de plus en plus bruyantes et audacieuses ; elles ne se renferment plus dans les discussions théoriques, mais se traduisent en attaques directes. D'après l'ancien droit, ces attaques, en opposition avec les lois établies, sont des actes délictueux et criminels ; par suite, elles mériteraient d'être réprimées avec rigueur. Aux yeux du parti hostile à l'ancien état de choses, ces actes sont tout au moins excusables, souvent conformes à la vraie justice, parfois même dignes d'admiration. Les coupables ne sont pas assis au banc des accusés, mais sur le siège des juges. Les justiciers sont devenus les criminels.

Avant de fournir les preuves historiques de ce « renversement des valeurs », il n'est pas inutile, au point de vue de la Bauer la

philosophie sociale, de s'arrêter un instant sur ce cas d'antinomie morale et d'en montrer la genèse.

Les hommes ne sont pas de purs esprits, qui se contenteraient de refléter les choses avec une sereine indifférence ; des spectateurs désintéressés, qui n'auraient pas à intervenir dans le drame social. Loin de là. A part quelques penseurs isolés, qui visent à l'impartialité sans y atteindre toujours, la plupart des hommes sont absorbés par la pratique et dirigés par le sentiment, c'est-à dire, par l'ensemble des tendances que l'éducation a développées et qui se sont fortifiées sous l'influence du milieu et des occupations professionnelles. Or, ces tendances repoussent toutes les idées qui ne s'accordent pas avec elles, ou avec le but auquel elles tendent. Elles sont, d'ailleurs, d'autant plus intransigeantes qu'elles ont moins à redouter la contrainte des lois, ce qui arrive aux époques de troubles. En conséquence, les principes fondamentaux de la justice, pour le parti révolutionnaire, deviennent les suivants :

Non seulement les privilèges conférés par l'ancien droit doivent être supprimés, mais leurs anciens possesseurs sont des suspects et méritent d'êtres traités avec une rigueur particulière. Les partisans du régime nouveau doivent, au contraire, être protégés dans tous leurs actes utiles au parti. Quant aux tribunaux, ils doivent se faire les interprètes fidèles et les défenseurs dévoués de ces nouveaux principes.

Telles sont les raisons qui ont modifié les idées et qui tendent à transformer les mœurs judiciaires.

L'ancienne magistrature n'est plus tolérée, sinon dans les cas où elle fait cause commune avec le parti novateur. Dans la longue lutte que les rois ont eu à soutenir contre la féodalité et contre les pouvoirs temporels de l'Eglise, les juristes, hommes de loi, prévôts, baillis, conseillers aux parlements, membres des cours souveraines, ont favorisé les

revendications royales, et, par des procès, dont quelquesuns sont célèbres, ont amené cette lente révolution, caractérisée par la suprématie reconnue de la royauté. Mais, le plus souvent, la magistrature s'oppose aux nouveautés, surtout quand elles s'appuient sur la violence et qu'elles tendent à la destruction d'un état de choses, où elle occupe une place, toujours honorable, souvent éminente. Delà, l'hostilité des novateurs contre elle.

Des faits, empruntés à différentes époques, prouvent qu'en général les juges professionnels sont les conservateurs du passé, les gardiens jaloux des traditions, des coutumes et des lois. L'Aréopage est un tribunal à composition aristocratique et qui reste dévoué aux institutions favorables à la noblesse. A mesure que les progrès de la démocratie s'accentuent, on juge nécessaire de restreindre leur juridiction et d'augmenter celle des Héliastes, qui offrent beaucoup de ressemblance avec nos jurés actuels. — En Judée, la sévérité des juges contre les novateurs chrétiens se manifesta souvent, et tout d'abord, contre Jésus, condamné par le grandprêtre Joseph Kaïapha, de la secte sadducéenne, « très dure dans ses jugements », comme le dit Renan d'après l'historien Josèphe (i). Quelques années après, les Sadducéens n'ont pas désarmé : ils condamnent à la flagellation et à la prison Pierre, Jean et les principaux membres du collège apostolique (2). — A Rome, les juges ne font pas exception. Chevaliers ou sénateurs sont attachés à une idée du droit et refusent de s'adapter à une nouvelle conception de la justice, amenée par les ébranlements politiques qui se produisent dans les deux siècles immédiatement antérieurs au christianisme. Pour modifier l'esprit des tribunaux, il faut renouveler le personnel. — Dès les débuts de la première révolution d'Angleterre, les Chambres revisent et attaquent les arrêts

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