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Les Apôtres, i

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de tribunaux, depuis longemps rendus et exécutés. Par des motions successives, elles demandent l'abolition de la Chambre étoilée, delà Cour du Nord, de la cour de haute commission ecclésiastique, de tous les tribunaux d'exception. Pour plus de sûreté, elles instruisent elles-mêmes le procès de Strafford et condamnent à mort ce ministre tout dévoué au roi. — Les Parlements en France pouvaient bien, à propos de leurs privilèges menacés, opposer quelque résistance à la royauté. Mais ils étaient d'un libéralisme trop timide pour suivre la marche rapide des transformations sociales. Aussi l'Assemblée nationale, dès la fin de 1789, brise l'ancienne organisation judiciaire, et réprime les velléités de résistance qui s'étaient souvent manifestées dans les Parlements de Bretagne et de Guyenne.

Pourquoi ces résistances des juges professionnels, et, par suite, d'oii vient, pour un parti qui veut triompher de ces résistances, la nécessité de recourir aux menaces, aux violences, au renouvellement du personnel judiciaire ? La raison peut en être fournie par la psychologie du juge, c'est-àdire, par l'analyse des principales tendances qui constituent son caractère, tel qu'ont pu le former l'éducation, les traditions et la contrainte de classe, les habitudes proprement professionnelles, et enfin les influences du milieu social.

Le principe du matérialisme historique nous semble, ici, d'une application manifestement insuffisante. Certes, l'intérêt et les autres tendances égoïstes ne restent pas complètement étrangers à ce groupe social. Mais ces tendances ne sont ni uniques, ni prépondérantes. Et cela d'abord, parce que leur opposition ne met pas les juges dans la nécessité de souffrir de la faim, d'être privés de leur liberté, de subir l'exil, de supporter le martyr et la mort. Ensuite, quand même ilsauraientà courir quelques-uns de ces risques, l'intérêt et la crainte de la souffrance physique ne l'emporteraient pas toujours, tant sont fortes les habitudes de penser, et puis-

santés, les obligations imposées par l'esprit de corps. Pour bien comprendre la force de ces obligations, autrement dit, du devoir, il ne faut pas oublier que l'idée et le sentiment du devoir en général sont moins le produit de la réflexion personnelle que la résultante de la multitude des impressions venues du dehors. Or, ici, les impressions sont particulièrement pénétrantes. Et cela, pour plusieurs raisons. Les principes de la justice légale sont enseignés par des maîtres aiitorisés. L'étudiant les reçoit d'autant plus facilement qu'il a moins d'idées personnelles et que, pour mieux satisfaire aux examens, il a tout intérêt à accueillir, sans trop de critique, l'enseignement de ses juges. Puis il devient magistrat lui-même. Jeune, inexpérimenté, il se range le plus ordinairement à l'avis de ses collègues qui ont vieilli dans la carrière et dont l'autorité repose sur une longue pratique des afîaires. Si, cependant, il a quelque velléité de faire prévaloir une opinion nouvelle, il reconnaît bientôt la difficulté de soulever le poids de la tradition et de la routine. Après quelques tentatives infructueuses, il est assagi et borne son ambition à adopter les idées communes à la magistrature, celles qui donnent la paix, la considération et des titres aux charges supérieures. Il est devenu, à son tour, un exemplaire accompli du type magistrat. C'est alors que, pénétré par l'esprit de corps, il s'efforce, avec la plus entière bonne foi, de le répandre autour de lui et de former les consciences des jeunes magistrats, d'après le modèle commun, qui lui paraît l'expression même de l'idéal, et dont il ne serait point permis de s'écarter sans une véritable trahison.

Voilà pourquoi les principes et les pratiques de la justice

traditionnelle passent pour des obligations impérieuses. Cette

idée de devoir professionnel a envahi toute la conscience,

m pénétré jusqu'au fond de la personnalité, de sorte que toute

içonduite en contradiction avec cette idée paraît un non sens,

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une impossibilité, une lâcheté, une véritable annihilation de soi-même.

D'où impossibilité pour les anciens juges de s'adapter au nouvel état de choses, et nécessité pour le parti adverse de tendre à une réorganisation judiciaire.

Mais cette réorganisation exige du temps, et l'impatience d'un peuple en effervescence ne supporte point de délai. Il lui faut une justice immédiate, dût cette justice être obtenue par la violence et en dehors des règles d'une lente procédure.

Le moyen le plus ordinaire d'obtenir les arrêts désirés, c'est de recourir à l'intimidation. La foule pénètre dans les prétoires, et manifeste hautement ses haines, ses colères, ses désirs de vengeance. Elle se rassemble, en armes, autour des tribunaux, et, par ses cris et ses menaces, dicte aux juges leur sentence. Dans le procès de Strafford, « la multi- ('. tude s'assemblait chaque jour autour de Westminster, « armée d'épées, de couteaux, de bâtons, criant : justice I u justice! et menaçant les lords qui tardaient à prononcer... « Cinquante-neuf membres avaient voté contre le bill, leurs i( noms furent placardés dans les rues avec ces mots : Voici <( les Straffordiens, traîtres à leur pays n (i).

Quand les passions sont encore plus exaltées et que les pouvoirs publics sont impuissants à les réprimer, l'intimidation des juges ne suffit plus. Le parti révolutionnaire recourt à Fexécution directe. Ce sont des foules, composées des éléments les plus violents du parti, qui rendent cette justice. Justice sommaire, qui procède à une rapide information et se décide sur des indices incertains ; justice passionnée qu'inspire la vengeance de parti et qui, par suite, frappe moins des fautes individuelles que des crimes collectifs, en sévissant contre les personnalités les plus marquantes du parti adverse.

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