LES EVENEMENTS
Les nécessités de l'exposition nous ont obligé à examiner successivement les différents éléments qui constituent chaque parti, et les faits sociaux qui résultent de leur activité. Mais, dans la réalité, ces éléments, caractérisés par le genre de lutte que chacun soutient, sont solidaires : ils se prêtent un mutuel secours, ou, quand l'un d'eux vient à mal remplir son office, tous les autres s'en ressentent. De même, les événements, dus à l'activité de chaque catégorie sociale, ne se développent pas en une série continue et indépendante. Ils s'entremêlent sans cesse. Après avoir été des effets, ils deviennent à leur tour des causes ; causes heureuses ou nuisibles, suivant que l'influence, exercée par elles sur chaque espèce d'agents, augmente ou diminue la force du parti.
Le succès sur un point favorise le succès sur les autres. C'est là un fait d'expérience facile à constater, et dont l'explication peut être, elle aussi, facilement fournie, grâce aux analyses antérieures.
En 1789, l'Etat obéré ne peut plus faire face à ses dépenses. Il fait appel aux états généraux et accorde ainsi au tiers état un grand pouvoir. Celui-ci en profite pour for-
muler ses plaintes dans des documents officiels et pour donner, dans la rédaction de ses Cahiers un corps à ses revendications, à ses plans ou morne à ses rêves de réorganisation sociale. — Cette grande manifestation inspire du courage aux députés du tiers, qui, réunis à Versailles, sentent leur force. Invités à délibérer séparément, ils s'y refusent et prêtent, dans la salle du Jeu de Paume, le serment de donner une Constitution à la France. Le roi cède et autorise la réunion des trois ordres. — Ce succès des députés augmente l'audace de ceux qui sont disposés à employer la force. Paris se soulève ; la Bastille est prise; ses défenseurs sont mis à mort; les têtes de fonctionnaires et officiers du roi sont promenées sur des piques, à travers la ville. Pas de sanction: l'émeute n'a été ni réprimée ni punie. — Recrudescence d'audace chez les partisans de la violence et de la force. Mirabeau menace et parle avec colère des u hordes étrangères ». Le peuple de Paris reçoit Louis XVI avec des fusils, des haches, des piques, et même avec quelques pièces d'artillerie. La Garde nationale s'organise avec un chef populaire, La Fayette. Les paysans se soulèvent, brûlent les chartes et démolissent les châteaux. — Les défenseurs du Roi, les députés de la noblesse et du clergé sont atterrés: ils votent l'abolition de leurs propres privilèges. — Les députés du tiers consacrent cette suppression par un acte solennel. A l'exemple du congrès américain, ils proclament les droits de l'homme et du citoyen, droits fondés sur l'égalité et la liberté de tous, sans aucune distinction. — Paris souffre delà faim, Versailles est en fête. La foule va chercher le roi ; elle ne rencontre pas de résistance sérieuse ; elle affirme ainsi sa force, tandis que le parti de la Cour devient plus conscient de sa faiblesse. Les nobles émigrent et les pauvres obtiennentla création d'un atelier à Montmartre pour vingt mille hommes. — D'un autre côté, l'Assemblée nationale se montre plus audacieuse dans ses revendications. Elle dépouille le roi des privilèges inhé-