I. Pathologie mentale des Rois de France. CLXIX
Mais, si l'on doit avouer son incompétence de ce côté,, il n'en reste pas moins, en dehors de ce fond insondable de la nature individuelle, toute une partie sociale, qui se trouve, par suite, soumise aux explications sociologiques. Les Ravachol, les Gadoudal, les Ravaillac, les Jacques Clément et leurs semblables sont loin d'avoir été indépendants du milieu social dans lequel ils se sont développés. Le fou, qui vit dans un monde imaginaire et qui semble le moins participer à la réalité, subit encore cependant l'action des ambiances sociales : sa folie souvent prend la teinte et la forme des idées dominantes de l'époque. C'est bien autre chose pour les personnalités influentes. Loin d'être isolé, le personnage historique lient plus étroitement que les autres à son milieu. Il réfléchit les idées ambiantes, ou plutôt, semblable aux lentilles convergentes, il les réfracte et les concentre en un foyer lumineux. Il n'est pas resté étranger aux sentiments qui animaient ses éducateurs, et surtout il participe aux désirs, aux tendances, aux passions qui régnent autour de lui. Il n'est pas une unité séparée, une pure exception, une anomalie mystérieuse et inexplicable ; il est plutôt l'expression amplifiée de toute une catégorie d'hommes qui sentent et pensent comme lui. Pour rendre cetle pensée sous une forme empruntée aux mathématiques, on pourrait dire que le grand homme (grand dans le crime comme dans le mérite) ne diffère des autres que par l'exposant. Il a la même nature qu'eux, mais à une plus haute puissance.
Donc, pour le connaître, il suffira d'étudier le groupe auquel il appartient et dont il n'est que l'expression. La Sociologie reprend alors ses droits si, comme nous espérons pouvoir le montrer dans la suite, les membres des groupes sociaux sont caractérisés par un ensemble de traits communs, capables de donner naissance à des notions gêné- , raies, puis à des lois scientifiques.
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ans une conspiration, la part qui revient en propre à l'individu, et que nous avons avouée être inconnaissable, est plus faible que dans le cas précédent. Car l'union entre les conspirateurs ne peut point s'opérer par les traits particuliers qui distinguent chacun d'eux et qui, par leur diversité,, seraient plutôt des causes de séparation. Elle résulte d'un accord entre les pensées et les sentiments. A son tour, cette communauté d'idées et d'aspirations ne leur est point exclusivement propre ; mais elle s'étend à tout un groupe de personnes qui désirent un changement politique et qui se réjouissent à la pensée de voir disparaître l'obstacle à ce changement. Comme dans le cas précédent, la différence entre les conspirateurs et le groupe consiste, non dans la nature des idées et des sentiments, mais dans leur degré de force et de violence. Ces conspirateurs sont les interprètes et les instruments du parti intéressé à la révolution, toutes les fois du moins que leur action a quelque efficacité. Si, au contraire, leurs intentions sont tellement personnelles qu'elles ne rencontrent aucune sympathie au dehors, la conspiration, alors même qu'elle réussirait dans son but immédiat, ne serait suivie d'aucun effet important : la violence employée passerait pour criminelle et provoquerait la réprobation, ou même l'horreur chez l'immense majorité des citoyens.