‹ Essai sur les sources de l'histoire des Antilles françaisesChapitre 133 sur 169 · Le colonel François de Collart, p · texte numérisé non relu

Le colonel François de Collart, p

il semble que M. Guet ait ignoré ou méconnu les principes fondamentaux de toute étude historique : comme Margrj, et plus encore peut-être, il se refuse à donner aucune indication, aucune référence précise pour toutes les citations dont il émaille son récit. Les ouvrages modernes sont cités avec une précision relative et il est rare que la provenance de tel document des Archives Coloniales par exemple, dont il donne la reproduction ou une analyse, soit indiquée; dans la plupart des cas, il affirme, sans même s'appuyer sur aucun texte, ce qui, pour les chercheurs, est décevant au possible. Souvent même il interprète ses documents avec une largevir de jugement inquiétante et un souci du pittoresque qui finit par mettre en défiance pour tout l'ouvrage ^. Si bien qu'on en arrive à regarder ce livre comme intéressant pour le lecteur vulgaire et absolument inutile à l'historien, alors que son auteur avait en main tout ce qu'il fallait pour écrire une œuvre de premier ordre !

LoRiN (Henri). — De prœdonibus Insulam Sancti Dominici celehrantibus sœculo sepiimo decimo... — Paris, A. Colin, 1895. In-8, 75 pp.

Nous avons déjà signalé ce travail p. 158. Il faut espérer que M. Lorin ne se contentera pas de cette première ébauche et, en traduisant pour le public cette élégante plaquette écrite en beau latin pour ses juges, prendra soin de faire un livre solide sur la grande flibuste et ses origines. Les deux premiers chapitres

1. Exemples : Du Tertre raconte que d'Esnambuc cherchant fortune aux Indes fut surpris par un galion de 400 tonneaux auquel il échappa avec peine (I, p. 3). Voici le récit de Guet : « d'Esnambuc aperçut au bout de sa lunette un galion trois fois plus fort que lui, mais lourdement chargé : cela se voyait à son allure! » (p. 12). En 1635, d'Esnambuc fit venir auprès de lui ses deux neveux. M. Guet ajoute : u il nous suffit de dire — parce qu'il est tout simple de le penser (!) — qu'avant leur départ... Vaudrocques et du Parquet allèrent à Cailleville en Caux prendre congé de leur famille...» (p. 51). Il y a aussi de belles sentences frappées en médailles : « Les imprudents semblèrent oublier que pour recueillir il faut subsister ! » (pp. 31-32).

(39 pp.) de cette thèse rentrent dans l'étude de la colonisation des Antilles avant 1664. M. Lorin s'est servi pour les écrire d'OExmelin et aussi de quelques pièces conservées aux Archives Coloniales^, puis de Le Pers, de préférence à Charlevoix, et accessoirement de Labat et de Du Tertre. Il est regrettable quil n'ait pas trouvé de sources moins connues, en dehors des quelques indications que lui a fournies M. Ducéré.

DuGÉRÉ (H.). — Histoire maritime de Bayonne. Les Corsaires de r Ancien Régime. — Bayonne, 1895. ln-8.

Cet ouvrage, bien que composé à un point de vue spécial, présente pour nous un intérêt sérieux à cause des documents originaux consultés par l'auteur en Espagne et dont il publie des fragments importants. C'est une utile contribution à cette histoire de la guerre de course sous l'ancien régime étudiée par M. Ducéré au point de vue de Bayonne, mais qui mériterait une étude d'ensemble bien documentée.

Fernandez Duro (D. Cesareo). — Armada Espafiola desde la union de los reinos de Castilla y de Aragon. — Madrid, « Sucesores de Rivadeneyra». 1895-1901. 7 vol. gr. in-8.

Cette histoire de la marine espagnole est une œuvre des plus remarquables qui présente pour l'historien des pays d'outre-mer un intérêt tout spécial par les nombreux documents inédits et les relations anciennes qu'elle a fait connaître. Soutenu et aidé par des encouragements ofïîciels, l'auteur s'est attaché à cette période de l'histoire d'Espagne qui correspond à la plus grande splendeur de son empire colonial (1476-1788). Chaque chapitre de son livre est appuyé de documents dont beaucoup sont intégralement publiés ; chaque volume comporte dans des appendices : une série de « Documentos extractados », analyses de pièces relatives à l'époque étudiées et munies de références précises ; puis une liste de « Relaciones impresas », véritable bibliographie

i. C'° Gie S» Domingue, 1, et Moreau de S^ Méry St Dom., I.

186 SOURCES DE l'histoire DES ANTILLES FRANÇAISES

de plaquettes rares, pour lesquelles inalheureusemeiit, l'auteur n'a pas indiqué les bibliothèques où Ton peut consulter ces introuvables opuscules ; enfin, outre une table des matières, un copieux index des noms propres cités dans le volume. Ajoutons que des illustrations phototypiques éclairent cet utile ouvrage, dont les tomes III, IV et V seront dépouillés avec fruit pour l'étude de notre sujet.

Peytraid (Lucien). — L Esclavage aux Antilles Françaises avant i789, d'après des documents inédits des Archives Coloniales. — Paris, Hachette, 1897. In-8, xxii et 472 pp.

Tout en ne s'occupant que d'une question particulière, d'ailleurs importante, de notre histoire coloniale, M. Peytraud a, dans le premier chapitre de son livre (pp. 1-34), résumé l'histoire générale de notre colonisation aux Antilles avant Colbert. Les sources dont il a fait usage sont des meilleures puisqu'il a dépouillé les différents fonds des Archives Coloniales, Du Tertre, Moreau de Saint-Méry et quelques autres. Mais ce n'est là, en somme, qu'un résumé. La partie la plus utile de l'ouvrage de M. Pej traud est la notice bibliographique par laquelle il débute. Elle indique, comme sources manuscrites, le reo-istre de récolement de Guet, les cotes de 326 vol. et 41 cartons des Archives Coloniales, et quelques références de la Bibliothèque et des Archives Nationales, et pour les imprimés, elle énumère par ordre alphabétique 8o ouvrages parmi lesquels on peut faire un choix utile. Toute" fois ni Tune ni l'autre des deux parties de cette notice ne conportent une critique quelconque (sauf deux ou trois exceptions). En résumé, ouvrage assez utile pour la partie générale. Quant à la question spéciale de l'esclavage, l'auteur, par une tendance très honorable et excusable, semble avoir vu les choses avec quelque exagération au mal.

Marcel (Gabriel). — Les Corsaires Français au XVP siècle dans les Antilles. (Extrait du Compte rendu du Congrès international des Américanistes, tenu à Paris en septembre 1900.) — Paris, E. Leroux, 1902. In-8.

L'éminent conservateur des cartes et collections géographiques de la Bibliothèque Nationale a, dans cette intéressante plaquette, commenté quelques documents espagnols bien caractéristiques. On y retrouve, mises en vive lumière par l'aimable talent de l'auteur, ces mœurs farouches, et cette intrépidité romanesque dont Castillans et Français se donnaient à Tenvi de sanglants témoignages, dans leurs luttes incessantes sur les côtes des Indes Occidentales.

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