DISPERSION DES ARCHIVES SEIGNEURIALES
qu'ici à peu près vaines, en ce qui concerne ces derniers postulata. Ni les archives des seigneurs des Antilles, ni celles de la Compagnie des Isles elle-même ne sont venues se fondre dans un de nos grands dépôts publics. Il est possible que les papiers des seigneurs de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Grenade soient encore de nos jours en possession des descendants ou des héritiers naturels de ces seigneurs. Mais c'est là une simple hypothèse et aussi bien n'est-il pas facile de connaître aujourd'hui avec certitude les héritiers des archives de tel ou tel seigneur du xvu^ siècle. Sans parler des révolutions et des guerres, ou des familles entièrement éteintes ou ruinées, le simple jeu des institutions modernes suffît à expliquer la disparition fatale d'une infinité de documents historiques de valeur. La suppression des droits d'aînesse et des majorats, en amenant par le partage indéfini des biens l'émiettement des fortunes, le morcellement et la vente des propriétés seigneuriales, a eu pour conséquence inévitable le déracinement perpétuel des vieilles familles. Dans ces conditions, les archives familiales en viennent peu à peu à suivre les autres éléments du patrimoine ancestral : parfois traitées comme papiers domaniaux, on les voit partagées, transmises ou aliénées avec les domaines auxquels elles se rapportent ; parfois, considérées comme documents historiques et ayant comme telles une valeur propre, elles font l'objet d'une transaction spéciale ou subissent à la Salle des Ventes le triste sort réservé de nos jours à tout ce qui, dans les héritages, ne présente pas seulement un intérêt de souvenir ^. Il s'ensuit pour l'historien une
\ . On nous excusera de ne point citer ici d'autre exemple que ce fait récent dont toute la presse s'est occupée. Les archives du château de Villebon (Eure-et-Loir), ancienne demeure de Sully, étant particulièrement riches en correspondances politiques ou privées de la fin du xvi^ et du commencement du xvii« siècle, ont dû être en novembre 1903 vendues en partie aux enchères, pièce par pièce, et dispersées (à des prix élevés, il est vrai !) entre des collectionneurs et marchands d'autographes cosmopolites attirés de partout pour cette vente. On remarquera qu'il ne s'agit point ici d'une collection factice mais d'un fonds cVarchives^ et l'on se demandera si, sans mesure violente et vexatoire, les législateurs ne pourraient pas entraver
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complication extrême dans les recherches, car il lui faudrait rétablir à la fois : l*' la descendance complète des personnages qu'il étudie, depuis ces personnages jusqu'à nos jours ; 2° la destinée de toutes les habitations occuj)ées par ces personnages et leurs descendants, et parfois même la filiation des acquéreurs de ces domaines. C'est dire qu'en pratique le hasard seul peut amener la découverte des documents recherchés.
Ce hasard ne nous a servi nipour les seigneurs des Antilles, ni pour la Compagnie des Isles. Pour celle-ci, nous possédions cependant une indication précieuse émanant de Du Tertre lui-même. Nous avons dit en effet plus haut ' que cet auteur avait à coup sûr compulsé des documents provenant des archives de la Compagnie des Isles, puisqu'il en cite à tout propos des extraits importants : correspondances, commissions ou contrats. Or la mention d'origine donnée généralement par Du Tertre est celle-ci : a des papiers de feu M. le Président Fouquet ^ ». On sait que le président Fouquet, père du surintendant, avait pris une part active à la formation et à la direction des principales entreprises commerciales et coloniales de Richelieu, et notamment de la Compagnie des Isles ^. A sa mort, en 1640, son fds, Nicolas, avait pris sa place dans cette Compagnie dont il s'occupa de fort près luimême jusqu'à la fin. Il est donc infiniment probable que, si les archives de la Compagnie étaient déposées chez le président Fouquet, elles restèrent confiées aux soins de son fils, dont nul à cette époque ne prévoyait ni l'extraordinaire fortune ni la chute retentissante. Or en 1667, date de l'ouvrage de Du Tertre, nous savons positivement : 1 ° que les papiers du président Fouquet n'étaient pas dispersés ; 2^ qu'ils contenaient à tout le moins d'importantes séries de pièces relatives à la Compagnie des Isles, puisque Du Tertre cite toujours les documents relatifs à celle-ci
quelque peu le mouvement funeste qui va dépouillant la France de son patrimoine artistique et historique.
2. Édition de 1667, t. I, passim, et notamment pp. 69, 109, etc.
3. Du Tertre, édition de 1667, t. I, p. 45. Cf. Arch. Col. F^ 19, 3"^ partie, passim.