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PAPIERS DE FOUQUET

comme provenant des archives de celui-là. Mais où se trouvaient alors ces documents? Du Tertre néglige de nous le dire. Que sont-ils devenus depuis ? Aucun historien de Fouquet ne nous en informe et nous l'ignorons nous-même.

Il est véritablement regrettable pour l'histoire du commerce de la France, de Richelieu à Golbert, que ces papiers des Fouquet ne soient point connus. Les immenses richesses amassées par le surintendant n'étaient point dues uniquement à des concussions des deniers publics. Nous avons dit que son père avait été du nombre de ces gens de robe avisés qui avaient compris les profits que pourraient tirer des particuliers habiles et audacieux d'entreprises coloniales bien conduites et sagement administrées. M. Gabriel Marcel a montré naguère les visées ambitieuses de Nicolas Fouquet sur les colonies françaises de l'Amérique et leur commerce K Qui sait si la découverte de ses correspondances et de ses registres ne nous fera pas voir en lui quelque jour un de ces hardis brasseurs d'affaires de la race des Ango et des Jacques Cœur? Or, sur la destinée de ces documents, si évidemment précieux pour les origines de notre histoire coloniale, nous sommes réduits à des conjectures. Plusieurs hypothèses se présentent à nous.

Lors de l'arrestation du surintendant Fouquet en 1660, ses papiers ont pu être confisqués dans leur ensemble, comme pouvant révéler quelque secret important. Mais alors ils auraient dû être versés à la bibliothèque du Roi et devraient s'y retrouver. Or la Bibliothèque Nationale possède bien dans son ancien fonds français d'importants documents provenant de Fouquet 2 ; mais en dehors des papiers de la fameuse cassette, intrigues politiques et autres, qui semblent plus que tout le reste avoir intéressé les contemporains comme les historiens postérieurs, on n'a guère là que des pièces du procès du ministre dis-

1. Le Surintendant Fouquet, vice-roi d'Amérique. Paris, 1885, in-8, pièce.

2. Ce sont les mss. fr. 7607 (pièces secrètes), 7620-27, 10975-76 et Nouv. acq. fr. 2394-97 (procès), fr. 7628 (interrogatoire) et fr. 4249, 9437, 10228- 29 (divers).

212 SOURCES DE l'histoire DES ANTILLES FRANÇAISES

gracié, et non pas les comptes des affaires commerciales de son père et de lui K II est curieux que Golbert ne se soit pas réservé ces documents qui lui auraient tant servi dans ses projets de réorganisation maritime et commerciale de la France. Le dépouillement des Mélanges et des Cinq Cents Colbert à la Bibl. Nat. n'a cependant rien donné qui pût faire adopter cette hypothèse. On peut encore se demander si les papiers des Fouquet n'ont pas été dispersés au xvii^ ou au xviii'^ siècle. Tout en rappelant qu'ils ne l'étaient pas encore en 1667, il serait singulièrement étrange, si tel avait été leur sort, qu'aucun fragment n'en fût parvenu dans les grandes collections publiques ou privées qui, à cette époque, se constituaient de tous les documents un peu importants mis en vente. Comment par exemple Clairambault ne les aurait-il pas acquis soit pour le dépôt de la Marine, soit pour celui des Affaires Etrangères, soit pour luimême- ? Une dernière hypothèse reste donc possible, c'est que, les premiers moments de rigueur passés, Louis XIV ait fait restituer au jeune fils de Fouquet les archives de son père et de son aïeul, en même temps que ses biens. Auraient seuls été exceptés de cette mesure, les papiers trop compromettants, dits de la Cassette. Mais cette solution particulièrement vraisemblable ne résout pas le problème irritant qui nous occupe : le maréchal de Belle-Isle, petit-fîls du surintendant Fouquet, est mort sans hoirs en 1761, son fils unique, le comte de Gisors, ayant été tué à Grevelt en 1758. Le sort de ses archives familiales est dès lors

i. Les recherches faites dans les inventaires des Archives Nationales n'ont fourni aucune présomption en faveur du versement de ces pièces dans ce dépôt.

2. Le dépouillement des divers inventaires du fonds Clairambault à la Bibl. Nat. n'a donné aucune indication relative à des documents de ce genre. Les archives maritimes ou coloniales ne les possèdent pas davantage. Aux Archives des Affaires Étrangères, il n'y a pour l'époque 1625-1660 que des documents coloniaux trop rares et ayant entre eux trop peu de lien pour provenir d'un fonds aussi considérable que devait l'être celui des Fouquet. On n'y retrouve pas notamment les nombreuses correspondances citées par Du Tertre.

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