CHAPITRE II
SOURCES NARRATIVES DE L HISTOIRE DES ANTILLES FRANÇAISES
Les récits de voyages, les descriptions géographiques, les cartes même et les estampes relatives à un pays sont des documents historiques, en ce qu'ils nous font connaître Y état de ce pays en un temps donné. Ils précisent, si j'ose m'exprimer ainsi, chaque moment, chaque point de l'évolution historique de ce pays, permettant ainsi à l'historien qui les rassemble de construire par points la courbe de cette évolution. Il va de soi néanmoins que leur interprétation en tant que sources de l'histoire ne peut être sûre que si elle s'appuie sur une connaissance approfondie des autres ordres de documents. Aussi importe-t-il de consacrer ici une étude plus attentive aux sources proprement narratives de l'histoire des Antilles françaises.
Or ces sources sont d'ordres différents: Les Antilles ont eu pendant un siècle au moins les Espagnols pour seuls maîtres légitimes et lorsque, abandonnées ouinoccupéespar eux, elles tombèrent aux mains de leurs rivaux qui se prétendaient sur elles les droits de premiers occupants, longtemps encore les Espagnols les revendiquèrent comme une partie perdue, mais non aliénée, de leurs domaines. De même quand l'Espagne cessa de maintenir son pavillon victorieux dans les mers des Antilles, c'est simultanément, parallèlement pour ainsi dire, que Français, Anglais, Hollandais s'occupèrent à dépecer la proie qu'elle ne savait plus défendre. Les sources espagnoles, anglaises, hollandaises sont donc aussi importantes que les françaises pour l'histoire de notre
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établissement dans les Antilles et nous les passerons d'abord rapidement en revue.
Des sources françaises, les unes sont contemporaines des faits qu'elles racontent, pièces de circonstance, rapports officiels ou non, ou bien encore véritables chroniques à la manière de celles du moyen âge. D'autres sont postérieures, ouvrages de seconde main, œuvres d'historiens plus ou moins Ijien informés mais ayant étudié la période qui nous intéresse. Les unes et les autres trouveront successivement place dans ce chapitre.
§ 1 . — Des sources narratives étrangères.
Le chapitre précédent nous a fait connaître l'histoire de la découverte des Antilles. Les historiens espagnols qui vont suivre nous feront connaître celle de leur première colonisation et de leurs premiers rapports avec les Français. Il conviendra du reste d'énumérer ensuite quelques textes qui feront mieux comprendre la situation faite dès lors par les Espagnols aux autres Européens rencontrés ou établis « au delà des amitiés ». Enfin nous signalerons quelques sources dues aux Anglais et aux Hollandais, que l'on sait avoir été respectivement nos émules et nos aides dans la colonisation de ces parages.
Parmi les sources espagnoles^ le premier en date et le plus célèbre historien des Indes est
OviEDO Y Valdes (Gonçalo Hernandes de). — La histor la gênerai de las Indias con privilegio impérial. — Sevilla, JuanCromberg"er, 1535, in-fol. (titre rouge orné ; 3 ffnc, cxciij ff. de texte à 2 col. ; car. goth., fig. s. bois) ^ .
Telle est la première édition fort rare de cet ouvrage, ou du moins de sa première partie. La deuxième partie ne parut qu'en 1557 sous ce titre :
1. Pour la description détaillée, v. Barrisse, B. A. V., n° 207, pp. 337 et ss. Cf. Bibl. Nat. Réserve P 330.
— Libro XX. De la segiinda parte de la gênerai historla de las Indias Escripta por el Capitan Gonçalo Fernandez de Oviedo y Valdes. Alcayde de la Fortaleza y piierto de Sacto Domingo d. la isla Espafwla. Cronista de su Mageslad. Que trada del estrecho de Magallans. — En Valaclolid. Por F'rancisco Fernandez de Gordoba Impresor de su Mag"estad Ano de MDLvij, in-fol. (Ixnij, ir. à 2 col.; car. goth. ; fig. s. bois) ^.
Une réédition très soig-née de cette célèbre histoire a été faite il y a un demi-siècle par les soins de l'Académie royale d'histoire d'Espagne sous ce titre :
— Hisloria gênerai de las Indias. Publicala la Real Academia de la Historia^ cotejada con el côdice original, enriquecida con las enni'endas y adiciones del autor, é illustrada con la vida y eljuicio de las ohras del inismo. Por D. José Amador de los Bios. — Madrid, Imprenta de la real Academia de la Historia, 1851-55, 3 part, en 4 vol. in-4 (cart. fîg-.) ^.
Une traduction française des dix premiers livres de l'histoire d'Oviedo avait été faite dès 1555 par Jean Poleur, valet de chambre du dauphin, qui fut depuis François II. On la trouve sous cette forme :
L'histoire naturelle et generalle des Indes, isles et terre ferme de la grand mer Oceane. Traduicte de castillan en françois. — Paris, Michel de Vascosan, 1555, in-fol. (4 ffnc., 134 ff. 3).
Ajoutons qu'Oviedo — né à Madrid en 1478, -f à Valladolid en 1557 — fut chargé successivement de missions et de fonctions importantes en Amérique, où il résida près de trente-quatre ans. Chroniqueur général des Indes depuis 1532, il a écrit l'histoire officielle des premières colonies espagnoles. Sa haute situation non moins que son expérience personnelle le mettaient à