CHRONIQUES FRANÇAISES DU XVU^ SIÈCLE
menée par Cahuzac au secours de notre colonie de Saint-Christophe, et cette forme de journal lui donne un grand caractère de sincérité. Nous ne savons quel en est l'auteur, mais c'était certainement quelque officier embarqué sur le navire amiral et nous pouvons considérer son récit comme la version officielle des événements de cette campagne, du moins la version de l'amiral lui-même. On sait que le sieur de Cahuzac, après avoir brillamment exécuté l'ordre qu'il avait de rétablir les colons français sur les terres usurpées par les Anglais, laissa son escadre se disperser avant l'arrivée d'une flotte espagnole, qui attaqua et mit en déroute notre colonie de Saint-Christophe. Il est possible que, de retour en France, Cahuzac ait eu à justifier sa conduite auprès du cardinal ^. Ce qui pourrait le faire croire, c'est que, dans le document qui nous occupe, tous les passages relatifs à cette attaque des Espagnols sur Saint-Christophe sont soulignés d'une encre différente, mais qui semble ancienne. Quoi qu'il en soit, cette source, pour brève qu'elle soit, n'en est pas moins fort importante pour rectifier sur cette campagne de 1629 le récit assez inexact des historiens postérieurs 2.
De 1630 à 1635, nouvelle lacune, plus grave encore, dans l'historiographie de nos colonies des Antilles. Du Tertre nous apprend qu'à cette époque Saint-Christophe avait plus de relations avec la Hollande qu'avec la France et il y aurait lieu de s'en assurer dans les livres de compte des marchands de Flessingue, s'il en existe encore. En 1635, la Compagnie des Isles reconstituée donne un nouvel essora la colonisation. Nous possédons dès lors une partie de ses documents diplomatiques ^ et les sources narratives ne vont pas tarder à jaillir à leur tour :
1. Il serait intéressant de rechercher si effectivement cette affaire n'eut pas de suites. Mais Ton sait que les affaires maritimes de cette époque n'ont guère laissé de traces que dans le fonds France des Archives des Affaires Etrangères ou dans quelques dépôts inattendus où le hasard seul peut les faire découvrir.
2. Ce mémoire a été utilisé par Margry dans sa brochure sur Belain cFEsnarnbuc. Cf. infra, § 3.