‹ Essai sur les sources de l'histoire des Antilles françaisesChapitre 66 sur 169 · Aucieiiiic cote Clémonl O · texte numérisé non relu

Aucieiiiic cote Clémonl O

CliRONlOlJEURS FRANÇAtS ! LE P. ÉRETON 83

mentionne du reste par ailleurs cet étrange petit placard. Cette lacune est regrettable, les convois de femmes aux colonies étant une partie encore fort mal connue de notre histoire coloniale. Sila fintouchante de Manon Lescaut estdans toutes les mémoires, on est mal renseigné sur les conditions dans lesquelles se firent dès l'origine de nos colonies les premières émigrations féminines aux Antilles^. Or nous savons à n'en pas douter que les Seigneurs de la Compagnie des Isles, s'étant « avisez de tirer des filles de l'Hospital de Saint-Joseph de Paris pour les envoyer aux Isles afin d'y arrester les habitans... elles y furent conduites cette année 1643 par Mademoiselle la FayoUe. » Cette dame ayantprésenté au gouverneur de la Guadeloupe, le sieur Houel, « quantité de lettres de la Reyne et d'autres Dames de qualité qui Téblouïrent » en fut fort bien reçue et « on ne manqua pas d'aller captiver la bienveillance de la Fayolle pour avoir de ses filles en mariage,... les Officiers estant trop heureux pour lors d'en rechercher » ; si bien que cette personne, altière et remuante, s'il faut en croire Du Tertre, prit rapidement dans la colonie une influence considérable et (( par la suite des tems elle y acquit une si grande authorité quelle pensa perdre l'Isle par ses intrigues » -. Etant ainsi assurés que la pièce ci-dessus intéresse bien les Antilles, nous ne pou vons que regretter de ne pouvoir mettre en regard des paroles un peu sévères du R. P. Du Tertre le récit original de M™* Fayolle elle-même.

C'est vers la même époque, probablement vers 1643 ou 1644, que dut être composée la chronique inédite du P. Raymond Breton :

Relatio gestoruni a priniis ordinis Prœdicatoruin missionariis m Insulis Americœ ditionis Galliœ prœsertim apud indigenas

1. On est mieux informé pour le Canada. On trouvera notamment au tome XXIII du Mercure François, pp. 333 et 334, le récit du départ pour cette colonie d'un convoi des « trente-cinq ou quarante filles [tirées],., de l'Hospital de Saint-Joseph du faux-bourg Saint-Germain deParis pour peupler ces terres désertes ».

2. Du Tertre, éd. 1667, t. I, p. 226 ; cf., sur la condition des femmes aux Isles à cette époque, t. II, pp. 454-55.

84 SOURCES DE l'histoire des ANTILLES FRANÇAISES

quos Caraïbes vuh/o dicuntah anno 1635 ad aiiniini 1 64b... ]\Is. inédit, el que Je n'ai pu retrouver.

On connaît déjà la personnalité de son auteur, rendu célèbre par ses travaux inestimables sur la langue et les mœurs des Caraïbes. Profès du couvent des dominicains à Beaune en 1627 ^, le P. Breton avait fait de sérieuses études au collège Saint- Jacques à Paris, où il resta jusqu'en 1634. Passé de là au noviciat général (de la rue Saint-Honoré), il fut un des quatre pères désignés pour accompagner à la Guadeloupe la colonie menée par L'Olive et du Plessis, et partit avec elle de Dieppe le 23 mai 1635 '^. 11 demeurait seul survivant à la Guadeloupe de cette héroïque mission, lorsqu'en 1640 six nouveaux religieux vinrent de France pour le seconder 3. Après avoir obtenu en 1641 la permission d'aller évangéliser les Caraïbes de la Dominique \ il revenait à la Guadeloupe à la mort du P. de la Marre ^ et il y gouvernait la mission lorsqu'y arriva le nouveau supérieur, le P. Jacquinot, dit Armand de la Paix. Celui-ci lui apporta, de la part du R. P. Turc, général des Dominicains, Tordre « d'écrire ce qui s'était passé jusqu'à son arrivée dans l'isle qui fut en 1643 et ce [qu'il avait] remarqué parmy les sauvages, personne [d'autre que luy parmi les missionnaires] n'ayant veu ny l'un, ny l'autre » '^ Le P. Breton obéit et rédigea la chronique dont les auteurs des « Scriptores ordinis Pr^^edicatorum » nous donnent le

1. Les PP. Quétif et Echard le donnent comme issu d'une riche et honorable famille de Beaune, et baptisé sous le nom de Guillaume. M. Fournier (op. cit., supra, p. 91) a retrouvé son acte de baptême. Le père du P. Breton était boucher (ce (jui, comme le fait remarquer M. Fournier, ne contredit ])as Tassertion des PP. Quétif et Echard, mais la précise).

2. Fournier, op. cit. Ci'. Bibl. Nat. ms. fr. 24974, f. 54. Cf.Arch. Col., reg. F2J9, p. 249, 258, etc., etc.

3. Du Tertre, I, p. 94; Cuevillard, p. 44; Bibl. Nat. nouv. ac((. fr. 9319 p. 47.

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