‹ Essai sur les sources de l'histoire des Antilles françaisesChapitre 90 sur 169 · Edition de 1667-71, t. III, préface · texte numérisé non relu

Edition de 1667-71, t. III, préface

des malheureux colons ', des pauvres engagés- surtoutlui arrache des larmes. Mais ce qui l'indigne plus que tout, c'est « Fefîroyable misère de [la] condition » faite aux esclaves et surtout l'abandon lamentable où on les laisse dans leurs maladies, leur mort et leurs funérailles : « Dans tous les autres estais^ s'écrie-t-il, la misère finit avec la vie du misérable, mais elle persévère encore dans nos esclaves après leur mort!... Si la charité de nos missionnaires ne les assistoit de leurs prières... il ne faudroit j)3is s'attendre que personne les secourût... et si jamais l'intérest règne dans les Isles il est certain qu'ils n'auront plus de soulagement •'. » Généreux sentiments ! qu'un demi-siècle de traite et d'exploitation cujîide aura bientôt effacés ! Que l'on compare à ces belles paroles le sang-froid avec lequel un autre Dominicain, D. Labat, traduit quarante ans plus tard sa première impression sur l'esclavage et les esclaves : « ...Beaucoup [de nègres] portoient sur leur dos les marques des coups de fouet qu'ils avoient reçus : cela excitoit la compassion de ceux qui n'y étoient point accoutumez ; maison s'y fait bientôt ^! » Cette humanité du P. Du Tertre n'est pas seulement un beau trait de son caractère, elle sert à mieux mettre en lumière la brutalité de mœurs de ces premières colonies, non moins que la farouche rudesse des hommes qu'il y avait pour ouailles. Ici encore, comme dans la société du Moyen Age, le moine s'interposait souvent comme arbitre et comme civilisateur. Vis-à-vis des indigènes, c'est un protecteur. 11 blâme hautement la guerre inique entreprise contre eux par L'Olive ^, et, dans un combat sur mer où sa propre vie est en danger, on ne le voit préoccupé que de sauver un vieux caraïbe blessé qui demandait grâce et que, malgré ses instances, on acheva sous ses yeux, et « un petit sau-

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