III. — Attitudes provoquées
Dans deux cas nous avons observé un fait analogue à celui que M. le professeur Parrot signale chez un malade atteint d'une tumeur delà protubérance.
Les membres prennent brusquement une attitude, toujours la même sous l'influence d'une excitation périphérique, par exemple en touchant le sujet sur un point quelconque du corps.
Observation XXXV (Personnelle).
Tuberculose pulmonaire. Symptômes de méningite. Attitude provoquée. Autopsie : hydrocéphalie, épaississement des méninges protubérantielles.
L... (François), 4 ans, entre le 7 juin 1878 au service du D"" Bergeron.
Cet enfant tousse depuis trois mois; il a vécu dans les plus détestables conditions hygiéniques. Aussi représente-t-il un type de misère physiologique. L'amaigrissement est extrême, le teint pâle, l'œil éteint, l'aspect cadavérique. Matité au sommet droit en arrière : râles sous-crépitants lins dans toute la hauteur du poumon gauche.
Le 8 juin. Hier l'enfant a eu des convulsions toniques. Ce matin, contracture des membres supérieurs. P. 140. R. 24. Soir, dès qu'on le touche, tout son corps devient raide. La tête se renverse en arrière; les bras s'écartent du corps, l'avant-bras légèrement fléchi sur le bras, la main fléchie sur l'avant-bras et les doigts recourbés comme en crochet. Les membres inférieurs s'incurvent,
les pieds tournés en dedans, de façon à figurer dans leur ensemble deux courbes se regardant par leur concavité.
En lui écartant les paupières, en l'asseyant, ou en le touch?nt, on fait reparaître la même attitude. En même temps se produit une légère trépidation des membres. Faciès sans expression ; pupilles dilatées; regard vague.
Le 9. Etat de contracture permanente dès le moindre attouchement, et l'on reproduit la même attitude qu'hier. Soir, ï. 39,2, il est mourant.
Autopsie le il (résumé). Tubercules des poumons, plèvre, rate, foie, reins, du péritoine. Cavité rachidienne : rien d'appréciable à la moelle ni aux méninges spinales.
Cerveau. — Augmentation considérable du liquide intra-ventriculaire, pas d'exsudat méningé, épaississement de la pie-mère au niveau de la protubérance, aucune lésion sur la paroi inférieure du 4« ventricule. Les coupes de la protubérance, du bulbe, du cerveau ne font voir aucune lésion.
Observation XXXVI (Personnelle).
Méningite tuberculeuse. Décubitus latéral en chien de fusil. Rotation de la tête et déviation conjuguée des yeux. Athétose. Attitude provoquée. Autopsie : Tubercules cérébraux. Méningite péripondéculaire, périprotubérantielle et tubercule de la protubérance.
Bonav. (Louis), 4 ans, entre le 13 mars 1878, au service de M. Bergeron.
Aucune maladie antérieure : aucun antécédent de famille, un frère bien portant. Depuis un certain temps déjà il se plaignait de la tête; son caractère était devenu triste, maussade. La céphalalgie a augmenté dans ces quinze derniers jours, les vomissements ont duré pendant huit jours. Constipation, appétit diminué, abattement surtout depuis quelques jours; cris la nuit.
Etat actuel : Décubitus latéral droit en chien de fusil ; la face tournée à droite, la main droite sous la tète ; regard vague ; il comprend ce qu'on lui dit, répond par un signe aftirmatif de la tête. Le cou est raide. L'enfant est somnolent, passif. La respiration est lente, suspirieuse. T. 36; P. 100, régulier; R. 24. Pas de selle depuis l'entrée; ventre excavé. Déglutition difficile.
Le 15. Décubitus latéral droit en chien de fusil, regard fixe
inintelligent. T-37,4; P. 112; R.54; rougeurs subites du visage, sensibilité à la douleur obiuse, ventre déprimé, peau de la paroi flasque et ridée. Soir : même état, quelques mouvements des doigts de la main droite rappelant l'athétose. T., 36,9.
Le 16. P. 116; R. 20; T. M. 37,2; S. o7,4.
Le 17. Décubitus dorsal, le membre supérieur droit se relève le long de la tête de telle façon que le bras perpendiculaire à l'axe du corps repose sur le lit par sa face dorsale, et fait un angle droit avec Tavant-bras qui est au contraire parallèle à l'axe du corps. En asseyant l'enfant, on voit les deux membres supérieurs placés symétriquement de chaque côté de la tête dans une même attitude. T. 37,2.
Rotation de la tête à gauche avec déviation conjuguée des yeux à gauche. La sensibilité à la douleur est obtuse; pas de paralysie. Par moments, la peau rougit par places. Le pouls reste régulier et fréquent. Le rhythme respiratoire est devenu très-irrégulier. La déglutition est normale. Soir : coilapsus; regard terne et abattu. En tournant l'enfant pour lui mettre le thermomètre dans l'anus, on voii les membres supérieurs comme mus par un ressort, se remettre immédiatement dans l'attitude indiquée ce malin. T. 37,7.
Raideur de la nuque, rétention d'urine. Quoique la mort paraisse prochaine, la température reste peu élevée.
Mort dans la nuit du 17 au 18.
Autopsie ïa'ite le 19 mars. Tubercules dans les poumons; adénopathie bronchique caséeuse.
Gi^anulations tuberculeuses du foie, de la rate et des reins.
Cavité rachidienne. Méninges et moelle intactes à l'œil nu, soit à sa surface, soit sur des coupes transversales nombreuses.
Cavité crânienne. Congestion des deux hémisphères, surtout au niveau du pli courbe droit, où l'on aperçoit à l'œil nu des granulations disséminées. Dans la scissure de Sylvius, tubercules caséeux, fausses membranes nombreuses; ramollissement cortical sous-jacent. Sur le lobule paracentral droit, deux tubercules superticiels, dont l'un est gros comme un pois. A gauche, l'éruption de granulations est discrète.
Base. Fausses membranes sur le chiasma, au niveau du grand confluent central ; autour des pédoncules, sur le trajet des cérébrales postérieures, on voit des granulations.
Ventricules dilatés; sérosité abondante.
A la coupe, un tubercule dans la substance grise de la 3" fron-
taie droite, j,^ros comme un pois, et un autre dans le lobule paracentral droit.
Cervelet ramolli ; granulations tuberculeuses et fausses membranes à la surface du vermis superior; pédoncules cérébelleux, rien à noter. Sur la face aniériaure de la protubérance, pie-mère épaissie, fausses membranes, épaississement à la face antérieure du pédoncule cérébral gauche. Enfin, à la face antérieure de la protubérance, dans sa moitié dioite, un tubercule jaunâtre du volume d'une graine de lin. Rien à noter sur les coupes de la protubérance. (PI. r, Fig. IV).
En résumé, la méningite tuberculeuse en excitant la protubérance, alors que le cerveau comprimé fait taire l'action delà volonté, amène une exagération des fonctions de cet organe, et en particulier des modifications dans les attitudes des membres et du tronc. Avant d'arriver à la protubérance, avant de l'intéressser surtout dans toute sa hauteur, elle a déjà entouré les pédoncules. Or, chez l'animal en expérience l'irritation d'un pédoncule cérébral amène la rotation et la chute du corps du côté opposé à la lésion. C'est de la même façon et par l'altération des méninges péripédonculaires que l'on pourrait expliquer le décubitus des malades souvent d'un même côté et en tous cas toujours sur un côté. Des expériences pratiquées sur les animaux, et que nous citerons dans notre dernier chapitre, viennent à l'appui de cette théorie. Car la méningite péripédonculaire qui chez l'homme donne lieu aux symptômes que je viens d'indiquer est la cause chez l'animal d'un autre phénomène analogue : le mouvement de manège.