TROUBLES DES ORGANES DES SENS
Les plus importants de beaucoup sont ceux que présente l'organe de la vision. Les altérations soit du goût, soit de l'odorat, l'amaurose même, appartiennent le plus souvent à des lésions surajoutées. Le strabisme, soit divergent, auquel Ladame (2) attribue une importance exagérée, soit convergent, dû le plus souvent à la compression directe du nerf moteur oculaire externe se rencontrent
(1) Marot. Société anatomique, 1875.
(2) Ladame. Archives générales de médecine, 1865.
dans les lésions de la protubérance, sans dépendre d'elle directement.
Il n'en est pas de même de la déviation conjuguée des yeux, du nystagmus et des phénomènes pupillaires. Enfin, les mouvements irréguliers des yeux ont été signalés comme constituant un symptôme de tubercules du cerveau. Dans une observation de M. Seux fils, où à l'autopsie on trouva une lésion de la protubérance, des mouvements d'élévation et d'abaissement des globes oculaires avaient été remarqués pendant la vie.
A ces mouvements irréguliers, nous pouvons opposer les mouvements réguliers du nystagmus et un autre phénomène bien étudié aujourd'hui depuis les remarquables travaux de MM. Laborde, M. Duval et Graux. Ces physiologistes se sont principalement occupés de la déviation conjuguée des yeux, et, pour eux, elle peut se produire par irritation ou par paralysie. Notre excellent collègue et ami Graux (2) a étudié dans sa thèse la « paralysie du moteur oculaire externe avec déviation conjuguée de l'œil du côté opposé à la paralysie, ou plus simplement déviation conjuguée desyeux (forme paralytique»). Onle voit, cet auteur a distingué, comme nous, les phénomènes d'excitation et les phénomènes de paralysie au point de vue du symptôme spécial qu'il a envisagé.
L'énumération des cas publiés dans ce mémoire démontre un fait qui est en contradiction avec l'opinion généralement admise. La plupart de nos maîtres pensent que le tubercule cérébral ne donne lieu à aucun symptôme. Si le fait est exact en général pour le cerveau lui-même, il parait ne point l'être pour l'isthme de l'encéphale. En analysant le travail de M. Couty, nous avons vu que le
(1) Graux. Thèse de Paris, 1878.]
(2) Gazette médicale, 1878.
tubercule cérébral peut produire des troubles de sensibilité. Ajoutons maintenant qu'il peut aussi causer ce trouble spécial de motilité des globes oculaires qu'on désigne sous le nom de déviation conjuguée des yeux (1).
Ces expériences, que fournit spontanément la pathologie humaine, conduisent naturellement à admettre un centre coordinateur qui est le point de départ des excitations motrices synergiques des mouvements de latéralité de l'œil. Ce centre siège dans la protubérance et dans le noyau gris qui est l'origine de la sixième paire.
On est moins avancé sur la pathogénie du nystagmus.
M. Gadaud (2) avait signalé sa coïncidence avec la déviation conjuguée des yeux. M. Prévost (^3)[remarque que nonseulement il l'accompagne, mais qu'il ne lui survit pas et disparaît avec lui : en tous cas, c'est un symptôme qu'on rencontre fréquemment dans les maladies de la protubérance.
(1) M. Graux a réuni dix observations dans lesquelles une lésion de la protubérance a produit ce syndrome (forme paralytique). Il a pu, par une analyse des faits connus, préciser le siège exact qu'elle doit occuper pour donner lieu à cette forme spéciale de déviation conjuguée. Cet essai de localisation repose sur un nombre suffisant de faits dans lesquels l'autopsie a démontré :
2 fois un ramollissement, 1 hémorrhagie, 1 tumeur syphilitique et 4 tubercules occupant le noyau d'origine du moteur oculaire externe. Sur ces 4. cas, 2 ont été observés dans le service de M. Féréol. Et ce savant médecin avait pu pendant la vie porter le diagnostic du siège de ces tumeurs, en s'appuyant sur les données de l'anatomie et de la physiologie, et sur une observation attentive de ce symptôme important.
(2) Gadaud. Thèse de Paris, 1871.
(3) Prévost. Thèse, 1868.
TROUBLES DE LA DEGLUTITION, DE LA RESPIRATION ET TROUBLES VASO-MOTEURS.
Les troubles de déglutition sont notés par Ladame (1), Larcher (2). On a cherché à les expliquer d'abord par la lésion du noyau moteur du trijumeau dont les filets vont se rendre au péristaphylin externe. Mais cette interprétation restera dans bien des cas insuffisante, et il n'est pas rare que la dysphagie observée tienne nettement à la paralysie des muscles styloglosse, digastrique,, stylohyoïdien et glosso-staphylin innervés par le facial, ou même à celle des muscles propres du pharynx innervés par le glossopharyngien, le pneumogastrique, le spinal et le grand hypoglosse.
Ces phénomènes sont difficiles à comprendre. On a dit que l'incitai ion partie du cerveau ne pouvait se transmettre au bulbe par le fait de l'interruption des fibres au niveau delà lésion protubérantielle. Les mêmes remarques s'appliquent aux troubles de la parole ainsi qu'aux troubles vaso-moteurs.
Bouillaud, Cruveilhier, Serres, Velloly, Bright, ont cité des cas où des troubles respiratoires ont été observés sans lésion du bulbe et alors que l'altération portait uniquement sur la protubérance et n'y formait parfois qu'un foyer bien circonscrit. On ne peut donc pas douter de l'existence de ces symptômes comme conséquence d'une lésion du mésocéphale.
Cruveilher regarde, comme un signe très-important de l'apoplexie de la protubérance, un mode spécial de la res-
(1) Ladame. Loc. cit.
(2) Larcher. Loc. cit.
piration qui serait stertoreuse. Après lui, Coste (1) insiste sur la relation qui existe entre les lésions profondes et surtout brusques de la protubérance d'une part, et la respiration stertoreuse d'autre part, ou même la simple gêne respiratoire. Il conclut même en disant qu'après les lésions du bulbe celles de la pro.tubérance sont les plus capables d'amener des troubles respiratoires.
Faut-il préciser encore mieux l'influence de la protubérance et assigner à ses lésions un type respiratoire spécial ? Deux classes de faits nous paraissent imposer la nécessité de poser au moins les données du problème. Dans les expériences de Ziemssen, de Cuffer (2), chaque fois qu'on produit la respiration de Cheyne-Stokes, on observe en même temps la déviation conjuguée des yeux et la rotation de la tête (symptômes protubérantiels). D'autre part, des faits pathologiques trop peu nombreux et qui auraient besoin d'être confirmés parleraient dans ce sens.
M. le D"" R. Moutard-Martin a dans ces derniers temps présenté à la Société anatomique une hémorrhagie de la protubérance chez un brightique qui, pendant la vie, avait offert le phénomène appelé respiration de Cheyne-Stokes. Le même symptôme est signalé dans une observation de notre cher maître. M, Hallopeau, et dans une autre qui appartient à M. Millard (observations citées par Graux).
Mentionnons seulement les troubles de la parole ; ils dépendent d'une lésion bulbaire concomitante ou des troubles intellectuels. Mais arrêtons-nous un instant sur le cri qu'on rencontre parfois dans les maladies de la protubérance.
Dans un cas de ramollissement de la protubérance, cité par Larcher, p. 91, le malade poussait des cris plaintifs.
(4) Coste. Thèse de Paris, 1851.
(2) Cuffer. Thèse de Paris, 1878. p, 50.
Chez un chien qui présenta le phénomène du roulement et à l'autopsie une hémorrnagie de la protubérance, nous avons noté des cris plaintifs rappelant ceux de la méningite. Le même symptôme est indiqué dans la thèse de M. Duret, p. 140, et enfin dans une expérience de M. Graux, où un chien a qui on donna artificiellement une lésion de la protubérance, offrit les deux symptômes suivants : cris plaintifs et mouvement de manège de gauche à droite. Ce cri rappelle celui que font entendre les animaux auxquels on a enlevé les hémisphères cérébraux en respectant la protubérance : il se distingue du cri bulbaire. Si au contraire la protubérance estenlevée, au lieu du cri prolongé, plaintif, qu'on entendait dans le premier cas, « chaque irritation d'une partie restée sensible provoque un cri bref, unique pour une seule excitation, toujours le même, comparable à ces sons qu'émettent les jouets d'enfant lorsqu'on les presse en un certain point. » (Vulpian (1).
Comment enfin expliquer si ce n'est par un retentissement sur le bulbe, les modifications de la température ou les troubles vaso-moteurs ? Dans l'observation V du mémoire de M. Gubler se trouve notée la raie méningitique ; le même symptôme est cité dans une observation de M. Graux où la lésion était uniquement un tubercule de la protubérance.
Peut-être faudrait-il rattacher à ces modifications vasomotrices la pâleur de la face signalée dans un certain cas de ramollissement (Larcher, p. 91). En même temps qu'elle est pâle, la face est abattue, elle a indépendamment de toute paralysie une expression vague qui serait, jusqu'à un certain point, caractéristique.
Quant aux troubles intellectuels, Larcher leur attribue un rôle tout à fait secondaire, tandis que Ladame , sur 26 cas, les a rencontrés 13 fois.
(1) Vulpian. Leçons faites au Muséum.
Nous n'avons rien trouvé dans les observations publiées qui permette de rattacher aux lésions de la protubérance une modification des facultés affectives (1). Cependant M. Graux, dans son observation plusieurs fois citée, signale des alternatives de rires et de pleurs sans motif.
Si en s'appuyant sur les faits d'Oppolzer et de Parkinson on faisait de la paralysie agitante une maladie de la protubérance (2), on pourrait voir dans cette maladie une facilité à s'émouvoir qui confirmerait peut-être l'opinion de ces auteurs.
On y trouverait aussi une attitude spéciale des membres et de la face, et enfin des phénomènes de rétropulsion et de propulsion que M. Poincarré n'hésite pas à rattacher à une lésion de la protubérance. Les recherches faites en France par l'école de la Salpêtrière, ne permettent pas d'adopter ces conclusions trop hâtives.