LES « TUSCULANES » ET POSIDONIUS
de leur longueur et de leur obscurité (1). Cicéron imite Posidonius. Il dit que dans l'explication des passions il suivra l'opinion de Pytliagore et de Platon. Or Posidonius aimait à invoquer l'autorité de ces pliilosophes (2). Les définitions des passions données par Cicéron se trouvaient dans l'ouvrage de Posidonius ; c'est là que Cicéron les aurait prises. Certains arguments de Cicéron doivent être attribués à Posidonius, parce qu'ils présentent une rigueur toute scientifique ; en effet. Galien loue Posidonius d'employer des démonstrations dignes d'un philosophe, tandis que Chrysippe s'en inquiétait peu (3).
Tous ces arguments prouvent que Cicéron a pu, non qu'il a dû se servir de Posidonius pour les livres III et IV des Tusculanes. Mais il y a une raison qui détruit absolument cette possibilité. Posidonius ne saurait avoir été le modèle de Cicéron dans les livres cités ; car la discussion repose en grande partie sur ce principe que le chagrin ne réside pas dans la nature ou dans les choses, mais dans une certaine opinion. C'est ici la doctrine fondamentale de Chrysippe que Posidonius, suivant le témoignage de Galien, avait combattue de toutes ses forces. Cette seule observation suffit à montrer que Posidonius n'a pas été le modèle de Cicéron pour le livre III des Tusculanes, et par suite pour le livre IV, qui ofire beaucoup de rapports avec le précédent (4).
Bien plus, ce ne serait pas de Posidonius que viendrait le commencement de la première et de la cinquième Tusculanes. On trouve dans la première Tusculane (5) l'éloge de la philosophie, mère de tous les arts. Cet éloge reparaît au commencement de la cinquième Tusculane (6). Ces idées sont aussi exprimées dans Sénèque (7). On rencontre dans les deux auteurs la même phrase: « Un seul jour bien employé suivant les préceptes de la philosophie est préférable à l'immortalité qu'on passerait à commettre des fautes (8) ». Sénèque s'inspire beaucoup de Posidonius ; c'est de son rpo-pexTixéç que semble tiré l'éloge de la
(1) De placit. Hipjmr. et Plato7iis, p. 351, 4o9. -- (2) Poppelreuter, ibid., 8. — (3) Idem., p. !28. — (4) IJirzel, III, 41o. — (5) § 62, sq. — (6) i S, sq. - (7) Ep., 90. - (8) Tusc, V, 2, 3; Sen., Ep., 78, 28.
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philosophie. Mais, a-t-on dit (1), comment le r.poxper.-iY.iç de Posidonius peut-il avoir été le modèle de Cicéron pour la pre mière Tusculane '? 11 ne s'agit pas alors de nous exhorter à la philosophie. L'éloge de la philosophie dans la première Tusculane est une digression qu'on peut enlever sans nuire à la suite des idées ; dans la cinquième Tusculane il se trouve au commencement du livre, où il est probable que Cicéron ne fait encore qu'exprimer ses propres idées. Elles n'étaient sans doute qu'un souvenir de l'époque où il composa VHortensius ; il dut à cette occasion lire le -jrpsTpeTTT'.xéç de Posidonius.
Dans la première Tusculane Cicéron nous promet des preuves platoniciennes (2); mais toutes celles qu'il donne seraient empruntées aux Stoïciens. Cependant la légèreté qu'on attribue à Cicéron doit avoir des bornes, et il semble difficile qu'il s'inspire de Posidonius au moment même où il annonce qu'il va reproduire Platon (3).
Mais Posidonius tenait en haute estime Platon ; il devait lui avoir emprunté beaucoup; donc Cicéron, en copiant Posidonius, pouvait croire qu'il imitait Platon. On ne saurait nier non plus que la doctrine qui fait venir les passions de l'union de l'âme avec le corps (4) ne soit particulière à Posidonius et contraire à l'opinion générale des Stoïciens. Il en est de même lorsque Cicéron dit que les sens sont des obstacles à la découverte de la vérité et que l'âme ne percevra clairement les choses qu'après qu'elle sera séparée d'eux. C'était ici la théorie de Posidonius, tandis que les Stoïciens faisaient venir des sens toute connaissance et toute science. Comme on ne saurait guère nier que le passage où Cicéron fait l'éloge de la philosophie ne soit emprunté de Posidonius, on peut continuer de croire que la première partie de la première Tusculane est imitée d'un livre de ce philosophe.
La seconde Tusculane, dit-on, ne saurait venir de la lettre de Panétius à Tubéron ; en effet Cicéron déclare que les passions qui font que nous accordons trop à la douleur reposent
(1) Hirzel,III,348.- {l) 1,17, 40. - (3) Hirzel, III, 357.- (4) Tusc, I, 19, 44.