LE DISCOURS DE YELLEIUS
Cotta loue Velleiiis de la clarté, de la distinction, de la beauté de son exposition (1), qualités qu'on ne trouvait presque jamais chez les Épicuriens. Or, c'est justement là ce que Cicéi'on admirait chez Zenon, qu'il avait entendu à Atliènes, et il semble ainsi nous indiquer qu'elle était la source à laquelle il avait
plus anciens^ par exemple le recueil des direrses opinions des philosophes ïcih par ïhc'ophraste. En effet, si l'on ôte, comme il est juste, les erreurs volontaires commises par Cicéron, la revue des philosophes est la même chez lui et dans les Placita d'AcHius^ qui sont la source de ceux de Plutarque et des Églogues physiques de Stobée. On parle également dans les Placita d'Aétius de la couronne qui, suivant Parménide, entourait le ciel. Seulement Cicéron a rendu cette opinion d'une manière absurde. Il n'y a pas grande différence pour Empédocle et Démocrite; mais pour le reste, qui est la partie la plus considérable, il y a divergence évidente. Prolagoras, Xénophon, Antisthènes, ne sont pas nommés dans les Placita. Pliilodème mentionne les S[oïciens en détail et dans l'ordre ; on voit qu'il connaît leurs livres. On peut douterqu'il en soit de même pour les autres philosophes. 11 n'a certainement pas lu Platon; il n'aurait pas trouvé chez lui la mention d'un Dieu àatoij.àTO'j. On ne lisait plus à celte époque les anciens Ioniens, les Éléates, peut-être même Démocrite et Empédocle ; il restait à peine quelques exemplaires des ouvrages de beaucoup d'entre eu.x, comme Anaximandrc et Xénophane. Les détails que nous trouvons sur ces philosophes sont peut-être empruntés à différentes sources assez corrompues, qui découlaient toutes d'un même chapitre de Théophraste.
Mais la source commune de Cicéron et des Placita de Plutarque est moins ancienne. En effet on lit dans les Placita de Plutarque (I, 7, II) que, pour Thaïes, Dieu était l'intelligence du monde; ailleurs il dit qu'elle le parcourt en tous sens. Les expressions vou; toO' xdafjiou et Sltt/.eiv appartiennent aux Stoïciens. Le modèle du fragment de Cicéron semble venir d'un ouvrage composé à l'époque de Diogône deBabylone, ou peu de temps après lui; car Diogène est le dernier philosophe dont l'opinion sur les dieux soit mentionnée. Suivant M. Mayor {ibid.,Lll), nous devons remonter jusqu'à Apol'odore, ô y.7j7:oTÛpavvo;, le prédécesseur de Zenon dans la chaire d'Épicure. Il florissait vers la fin du second siècle avant J.-C, et composa, dit-on, plus de quatre cents volumes. M. Diels veut que l'auteur qui est la source commune de Cicéron et des Placita appartienne au temps où les idées stoïciennes commençaient à régner partout, c'est-à-dire à l'époque des éclectiques, dont les études inspiraient Cicéron, Varron, Aétius et toute la philosophie du premier siècle avant J.-C. Mais ce sont ici de simples conjectures dont il faut reconnaître l'incertitude, tout en admirant la sagacité de leur auteur.
puisé (1). Non seulement Cicéron avait entendu Zenon, mais encore il avait lu et connaissait ses écrits. Il nous dit : « Tel est le portrait de la béatitude épicurienne emprunté aux paroles (verMs) de Zenon, de telle sorte qu'il n'y a pas moyen de le nier (2). » Zenon avait étudié l'histoire de la philosophie, comme on le voit par Diogène de Laerte, qui mentionne le livre X t^ç twv (j/iaojo^wv (7'jv-:a;£0)ç (3). Cicéron citait Zenon et Phèdre comme les meilleurs interprètes de la doctrine épicurienne ; mais c'est à Zenon que Philon envoyait ses élèves pour leur faire bien connaître l'épicurisme (4). Cicéron peut donner à Phèdre le nom de « philosophe distingué, » louer la politesse et les connaissances de Philodème ; c'est Zenon qu'il place au premier rang des Épicuriens (5).
Le livre de Philodème , comme l'exposé de Velleius , fait succéder à la critique de la théologie des autres philosophes l'apologie de celle d'Épicure. Mais ici nous ne trouvons presque plus de rapports entre Philodème et Cicéron, ce qui prouve que ce dernier, à partir de là, se montre bien plus indépendant de son modèle grec et que peut-être il cesse de le reproduire pour s'abandonner à lui-même et à ses souvenirs personnels. Cicéron, pour la fin de l'exposition de Velleius. a pu s'inspirer de Zenon : il ne semble pas qu'il l'ait copié.
(Il II est vrai que Cicéron veut peut-être seulement faire remarquer son propre talent d'écrivain. — (2) Tusc, III, 17, 38. — (.3) X, 3. — (4) De nal. deor., I, 21, 59. — (5) Zenon, dit M. Schiche, élait pour Piiilodèmeune autorité. Philodème dans le 7UEpUùa£6s:a;(éd. Gomperz, p. 118, 1. 18) se reporte à Zenon. Petersen (p. 8) mentionne un écrit de Philodème sous le litre latin: f De nuribus ac vitiis, opus ex libro Zenonis contractum ». On trouve le nom de Zenon dans le titre mutilé d'un traité de Philodème (no 1389, préface des Herculanensia puhWés kOxîord, l, p. ^), et dans le Ttspi ar)[A£!,'a)v (p. 24, 26, éd. Gomperz). Que pour la doctrine épicurienne sur les dieux Philodème se rattache directement à Zenon, c'est ce qu'on voit par le titre d'un ouvrage « ~s.p\ lôiv Ocwv £uaTo-/ou;i.^vr]; Staycay^î xa-cà Z»lva)va », dont on trouve les restes dans le tome VI des volumina Herculanensia édités h. Naples.