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LE DISCOURS DE BALBUS

Cicéron a dû se servir pour le livre II du de natura deorum. où Balbus expose la théologie stoïcienne, du TCspl Gswv de Posi-

(l) Les adversaires du Portique lui reprochaient d'accepter le polythéisme. Dans le livre II du dénatura deorum (17, 43) Cotta montre, après Carnéadc, que si l'on admet les dieux principaux du paganisme, on est peu à peu conduit à tout diviniser dans la nature. Cette critique avait une apparence de raison, parce que les Stoïciens prenaient en général la défense de la religion populaire. — (i) Puissances, ou manifestations de la volonté. — (3) « In enodandis nominibus quod miserandum sit laboi-atis », dit Colta (III 24 62). — .(4) De même, ils disaient que la philosophie ne vaudrait pas une heure de peine, si elle ne nous enseignait les moyens d'être heureux.

donius (1). En effet, Cicéron nomme • Posidonius parmi ses maîtres (2), et Cotta l'appelle « notre ami commun » (3). Il est vraisemblable qu'il était aussi le maître de Balbus. Cotta cite à la fin du livre I le t.iç>\ 6stov de Posidonius. Les derniers chapitres de ce livre ont une couleur stoïcienne, qui fait croire que Cicéron avait alors sous les yeux l'ouvrage de Posidonius. Pour quel motif Cicéron l'aurait-il pris, sinon pour s'en aider dans l'exposition de la théologie stoïcienne ? (4)

Mais Cicéron s'est-il servi seulement de l'ouvrage de Posidonius ? Il faut remarquer d'abord que les citations d'Aratus sont une addition personnelle de Cicéron, comme on le voit par a manière dont elles sont introduites (5).

De plus, la partie du livre I, qui traite de la Providence (6), est peut-être empruntée à l'écrit de Panétius Trepc Trpovoiaç (7). Cicéron écrivait à Atticus de lui envoyer l'ouvrage de Panétius (8) ; pourquoi le demandait-il , sinon pour s'en servir dans la composition du de natura^deoynmi'^ \\ demandait en même temps l'abrégé des écrits de Célius par Bru tus. Or il cite Célius au commencement du livre I (9). Il est donc probable qu'il s'est aussi servi du traité de Panétius.

Mais dans la dernière partie du livre II, il y a des passages qui ne peuvent venir de Panétius. Balbus s'exprime sur la divination en des termes que n'a jamais pu employer Panétius. Il suppose la vérité de la divination (10) ; Panétius la mettait en doute et se séparait avec éclat de la tradition du Portique. ' Cette dernière partie semble donc venir non de Panétius, mais

(1) Schômann, introd., p. 17. - (2) I, 3, G. - [?>) I, 44, 123. - (4) « Il est évident que la lliéologie naturelle est un sujet qui, pour être traité, demande de larges connaissances dans les sciences, et, en fait, nous trouvons que le livre II de Cicéron louche plus ou moins à toutes les sciences connues des anciens, depuis les spéculations physiques les plus générales, jusqu'aux théories particulières sur la géométrie, l'astronomie, les diverses sciences d'observation, géographie, botanique, zoologie, anatomie, anthropologie, sociologie. D'un autre côté, nous savons que Posidonius était regardé comme le plus savant de tous les Stoïciens. » (Mayor, éd. du de nat. deor., II, introd., p. XVIII). - (5) II, 41, IU4; 44, 115. - (6) g§ 75-154. — (7) V. Rose (Aristot. pseudepig., 255). — (8) XIII, 8. — (9) 3, 8. - aO) n, 65, 162.

de Posidonius, qui avait abandonné son maître pour revenir à l'orthodoxie stoïcienne. — Balbus considère l'Europe, l'Asie et l'Afrique comme formant une île qui serait le monde (1). Or c'est une idée que Strabon critique chez Posidonius (2). Cette même idée se retrouve chez Cléomède (3), qui s'était de son propre aveu inspiré de Posidonius. — Enfin nous savons par Diogène de Laerte (4) que Chrysippe dans le livre V du %zp\ Trpovoi'a; et Posidonius dans le livre III du T^ep\ Geôiv prouvaient que le monde est gouverné par la raison. Diogène met ces écrits en parallèle. Il est donc probable que Posidonius, dans son traité, avait aussi parlé de la Providence.

Cependant il ne faut pas se hâter d'affirmer que Cicéron ne s'est pas servi de Panétius. La troisième partie de l'exposition de Balbus, celle où il parle de la Providence divine, semble terminée par ces mots : « Ainsi, de quelque côté qu'on examine l'univers, concluons que tout y est admirablement gouverné par une Providence (5). » La phrase qui suit paraît annoncer la quatrième partie indiquée par Balbus au commencement de son exposition, c'est-à-dire la sollicitude particulière dont les hommes sont l'objet de la part des dieux : « On pourrait demander ici pourquoi le monde a été fait ; est-ce pour les arbres et pour les plantes ? » Et Balbus, pour prouver cette sollicitude des dieux pour les hommes, énumère les perfections de notre nature et la finalité qui s'y manifeste. Aussi nous étonnons-nous lorsque, comme conclusion de tout ce développement, nous lisons : « Ni la conformation et la disposition des membres, ni la nature de l'esprit et de l'àme ne peuvent être l'œuvre du hasard (6). » C'est en revenir à la partie précédente depuis longtemps terminée.

Notre étonnement grandit, lorsque nous lisons tout de suite après : « Il me reste à dire, pour terminer, que tout ce qui dans ce monde est utile aux hommes a été fait et préparé exprès pour eux. » Mais c'est ce qu'on nous a déjà montré (7). Le spec-

(1) II, 66, 164. — (2) Cf. Bake, de Posiclonio, p. 101 ; Scheppig, idem, p. 50. - (3) Meteor., I, 15. — (4) YII, 138. - (5) II, 53, 132. — (6) II, 61, 153. — (7;II, 53, 133, sq.

tacle du ciel, dont l'homme seul jouit, est donné deux fois comme une preuve de la providence divine (1). Il est impossible que ces deux passages soient empruntés au même auteur ; on ne saurait admettre qu'il se soit répété à si peu de distance. D'ailleurs les arguments énumérés d'abord se retrouvent ensuite (2), et l'on ne peut dire que dans le premier cas il ne s'agit que d'une description rapide et générale, qui a besoin d'être complétée par des détails plus particuliers et plus précis.

Partout on reconnaît, dans le parallèle entre les deux parties, qu'on ne saurait les rapporter au même auteur. Puisqu'on attribue la seconde à Posidonius, il faut assigner là première à Panétius. Il semble que Cicéron se soit inspiré du Tiepl Tupovoiaç dfe Panétius jusqu'au 1 154. Il s'aperçut alors que la divination comme preuve de la sollicitude des dieux pour l'homme n'était pas mentionnée chez Panétius, et il reprit le livre de Posidonius. Ne voulant pas se donner la peine, ou n'ayant pas le temps de fondre l'exposition de Posidonius avec celle de Panétius, il fit rentrer dans la troisième partie ce qu'il avait déjà emprunté de la quatrième à Panétius. De là la conclusion qui nous étonnait : t Ni la conformation et la disposition des membres, ni la nature de l'esprit et de l'àme ne peuvent être les effets du hasard. » Cicéron oublie qu'il avait d'abord donné (3) à son exposition un tout autre but. Les chapitres sur les bienfaits de la Providence pour l'humanité (4) semblent donc empruntés à Panétius.

L'explication qui précède (5) ne manque pas de vraisemblance. Mais on a fait des objections et l'on a soutenu que, pour la quatrième partie, comme pour toutes les autres du livre II, Cicéron s'est inspiré de Posidonius (6). — On ne saurait croire, a-t-on dit, que Cicéron n'ait pas indiqué les lacunes de la source principale dont il s'est servi. Lui qui, dans le de officiis, complète et corrige si souvent Panétius par Posidonius ou par ses propres idées, il ne néglige jamais de nous le dire. Il n'oublie pas

(1) II, 6-2, 155 et 61,153. - (2)11, 53, 133 et 61, 153. — (3) I, 53, 133. — (4) %% 133-154. — (5) Hir/.el, I, p. 195, sq. — (6) Schwenke, ihid., p. 137.

LE LIVRE II DU « DE NATURA DEORUxM ». 233

de mettre en relief ses services et ses connaissances : ici il n'aurait pas songé à faire remarquer sa circonspection.

Mais Cicéron, contrairement à ce qu'il a pu faire parfois dans le de offwUs, n'apporte ici aucune opinion qui lui soit propre. De plus, Posidonius avait peut-être étudié, dans son ouvrage sur les dieux, les mêmes questions que Panétius dans son traité de la Providence ; mais il avait dû le faire d'une façon moins complète et moins précise ; car ce n'était là qu'une partie de son sujet, et non son sujet tout entier, comme pour Panétius.

Les divisions du livre II ne sont pas toujours scrupuleusement observées. Ainsi l'argument de Zenon en faveur de la divinité de l'univers (1) et des étoiles (2) eût été plus à sa place dans la seconde partie que dans la première (3).

Sans doute, lorsque Balbus dit que le monde et tout ce qu'il contient ont été faits pour les dieux et les hommes (4), il paraît nous annoncer le commencement d'une nouvelle partie de son exposition où il étudierait surtout la finalité par rapport à l'homme. Mais il est probable que cette proposition n'était pas formulée avec cette rigueur dans l'original grec que Cicéron avait sous les yeux. Cette phrase doit appartenir à l'auteur latin qui ne connaissait pas le but particulier de ce passage, et qui ne savait pas ce qui venait ensuite. Nous na trouvons plus tard rien que de bien ordonné et qui se lie facilement à ce qu'on a dit sur la finalité et la beauté qui éclatent dans le monde. Balbus prouve la sollicitude des dieux pour les hommes d'abord par la considération du corps et de l'esprit humain, puis par l'examen du reste de la nature, enfin par la divination. Dès lors l'objection qui consistait à dire que l'on prouve deux fois que le monde est fait pour les hommes n'existe plus.

Ces remarques ne nous paraissent pas expliquer les répétitions signalées plus haut dans le discours de Balbus, et surtout ce fait que l'on commence de traiter une partie qu'on n'ex-

(1) II, §§ 20-2-2. - (2) II, §§ 39-44. — (3) Mayor, ibid., XXII. - (4) II, § 133.

pose expressément que bien plus loin (1). Il est donc probable que Cicéron a pris au -rzept zpovoi'aç de Panétius la quatrième partie du livre II (2), celle où Balbus examine la finalité plus spécialement par rapport à Ihomme.

Mais la partie qui précède (3) étudie aussi la Providence, seulement d'une façon plus générale et dans son application à toute la nature. Ne pourrait-on pas dire que cette partie, comme la suivante, est tirée du livre de Panétius sur la Providence (4) ?

On ne saurait rapporter à Posidonius ce qui est dit de la grosseur de la lune, qui serait un peu plus de la moitié de la terre (5), tandis que, d'après Stobée (6), la lune, suivant les Stoïciens, était plus grosse que la terre. Or, lorsque Cicéron trouve une erreur dans son modèle grec, il ne manque pas de la signaler, ce qu'il ne fait pas ici. — Toutefois la mesure astronomique mentionnée plus haut pouvait ne pas être dans le livre grec que copiait Cicéron. Elle n'a rien qui dépasse les connaissances scientifiques qu'on est en droit d'attendre du traducteur d'Aratus. De plus, Cicéron déclare dans ce passage qu'il renonce aux subtilités de la discussion, c'est-à-dire qu'il ne se tient pas exclusivement à l'ouvrage grec qui lui sert de modèle.

On ne saurait donc affirmer que la troisième partie de l'exposition de Balbus soit empruntée à Panétius plutôt qu'à Posidonius. Cependant on peut supposer que Cicéron n'avait pas seulement employé le livre de Panétius pour la question particulière de la providence des dieux à l'égard des hommes, mais pour le sujet tout entier, qui comprend la Providence et la finalité en général (7).

(l) M. Schiche {ihid., p. 379) a soutenu l'opinion de M. Schwenke, qui croit que le discours de Balbus est tout entier imité de Posidonius. Mais aucune des raisons qu'il donne, et que nous ne voulons pas rapporter, de peur d'allonger outre mesure une discussion aride, ne nous semble convaincante. - (-2) II, |§ i3-2-io4. — (3) II, 30, 75-53, 133. - (4) Telle est, comme nous l'avons vu plus haut, l'opinion de M. Rose ; telle est aussi celle de MM. Hirzol et Zeller (III a", 559, note 2). — (5) II, 40, 103. — (6) Ed., I, 554, éd. Heer. — (7) L'iiypolhèse qui regarde Posidonius comme la source, non seulement de la troisième partie (30. 75 — 53,

La première partie de l'exposition de Balbus (1) semble appartenir à Posidonius dont l'ouvrage sur les dieux est cité au dernier chapitre du livre I. Mais en est-il de même pour la seconde partie (2), où l'on examine les attributs de Dieu ?

L'exposition astronomique faite par Balbus (3) ne concorde pas avec celle de Cléomède, qui avoue, à la fin de son livre, avoir beaucoup emprunté à Posidonius. Le modèle de Cicéron n'aurait donc pas été Posidonius. — Mais Cléomède en beaucoup d'endroits s'écarte de Posidonius sans le dire expressément.

Cette réponse n'a pas satisfait certains critiques (4) et ils ont cherché qui Cicéron avait dû imiter dans la seconde partie du discours de Balbus. Ce ne saurait être Panétius : Balbus dit qu'il y a des dieux qui ne sont pas des hommes divinisés (5), tandis que Panétius le niait absolument.

Cicéron termine une lettre à Atticus par ces mots : « Je désire que vous m'envoyiez les livres dont je vous ai parlé précédemment, et surtout l'ouvrage de Phèdre sur les dieux, <î>aîopo'j TTspl Ô£wv, et IlaXXaîoç (6). »

433) de l'exposition de Balbus, mais encore de la quatrième (53, 133 — 61, 154) a une circonstance en sa faveur : c'est que Posidonius est le seul Stoïcien dont nous apprenions, par Diogène deLaerte (III, 138 et 148), que, sous le titre d'î 7:£pi 6ewv, il avait écrit un ouvrage sur la nature des dieux et sur la Providence. Or, dans le livre I de cet ouvrage, il traitait de l'essence divine et dans le livre III de la Providence, ce qui correspond à la première et à la troisième partie de l'exposition de Balbus.

Une preuve plus importante, ce serait si l'on pouvait montrer que la quatrième partie du livre II est réellement imitée du livre IV de Posidonius. Mais cette démonstration nous semble impossible, quelque séduisante que soit riiypothèse de M. Schiche, d'après laquelle la réfutation de Velleius par Colta, au livre I du de natura deoriim, est inspirée du livre V de Posidonius, livre qui est cité à la fin du discours de Cotta. Cicéron aurait ainsi emprunté pour le livre II du de natura deorum, comme pour le livre I du de divinatione, chacune des parties de son exposition à un livre particulier d'un ouvrage de Posidonius.

(1) II, 1-16, 44. - (-2) II, 17, 45-30, 75. - (3) II, 20, 53. - (4) M. Hirzel. — (5) II, 24, 62. — (6) XIII, 39. s Un manuscrit porte 'EXXâoo;, dit Petersen ; les autres varient entre IIAAIAOS et IIIIAAAOS. Si l'on compare ces différentes leçons, il semble qu'il faut lire IIAAAAAOII. Comme les deux génitifs dépendent de r,tp\, et que la conjonction latine « et » n'a pas été interposée, il devait y avoir un K, abréviation de xal.

On ne sait ce qu'il faut entendre par naAXâBoç. Aussi a-t-on parfois adopté la leçon 'EXXséSoç ; il s'agirait du célèbre ouvrage intitulé Bi'o; 'EXXaSoç. Justement, dans une lettre antérieure à Atticus, Cicéron demande plusieurs écrits de Dicéarque, le zEpl (j'ux^ç et la xaxaPaatç, descente dans l'antre de Trophonius, pour le premier livre des Tusculanes, le ■zp'.rioXmv.ôq et la lettre à Aristoxène (1). Le Bioç 'EAAaooç aurait traité des questions analogues à celles que renfermait le zpirSMv.y.éç. Quant au ^dopo-j TCsptaatov (c'est ainsi qu'il faudrait lire), il examinait peut-être, comme le Trepl àuyjqq et la y.aTaêaaiç, le problème de l'immortalité de l'âme discuté dans la première Tusculane. — Ces conjectures ne manquent pas d'une certaine vraisemblance, et la leçon 'EXXaSoç qui, paléographiquement, peut tout aussi bien se défendre que IlaAAaçc;, semble préférable au point de vue du sens.

Mais, a-t-on dit, s'il agissait ici du Bioç 'EXXaooç, l'expression de Cicéron serait d'une brièveté qui dépasserait tout ce qu'on peut permettre au style épistolaire. Cette négligence surprend d'autant plus que le titre de l'écrit de Phèdre est donné d'une façon très précise. Toutefois la surprise diminue, si l'on admet la leçon xepiaawv. De plus, on trouve une phrase de Cicéron presque aussi concise : « Dicœar^cM Trept (]^uxy;ç utrosque velim mittas et xaTaêaaswç (2) ».

Quoi qu'il en soit, on a rejeté la leçon 'EXÀâSoç pour en chercher une autre. Le Mediceus donne HMIAOS. Si l'on songe que ce mot est le dernier de la lettre, et qu'une altération est plus facile à la fin que partout ailleurs, on accordera, dit-on, que la leçon ordinaire lictWàlcq ou 'EXXàooç se laisse facilement changer en 'ATcoAXoGwpcu. Au point de vue formel et matériel ce changement mérite la préférence. Le génitif, dépendant de xept Ôewv qui précède, ne soulève aucune difficulté.

Mais nous avons vu par la phrase de Cicéron citée plus haut, que le génitif 'EX^âcoç étaitparfaitement justifié. Quant à la leçon 'AT:oXXoS(opcj, au point de vue paléographique, elle ne saurait

(I) XIII, 31, M. — (-2) Ad AU., XIII, 32.

absolument se soutenir. De plus, rien ne nous oblige à croire qu'Apollodore « le grammairien » ait exposé dans un ouvrage sur les dieux la théologie stoïcienne. Il est vrai que, comme il avait entendu Diogène de Babylone et Panétius, nous pouvons supposer qu'il y avait beaucoup d'idées stoïciennes dans ses interprétations allégoriques et mythologiques : mais ce n'est là qu'une simple conjecture.

Si Apollodore n'a pas été le modèle de Cicéron pour la seconde partie de l'exposition de Balbus,àquel Stoïcien postérieur pouvons-nous songer ? Antipater, d'après Plutarque (1), commençait un ouvrage par la définition de la divinité, comme fait Cicéron lui-même au début de la seconde partie de l'exposition de Balbus. Mais la définition d'Antipater diffère de celle donnée par Balbus (2).

Ne serait-il pas plus simple de dire que la seconde, comme la première partie du livre II, est empruntée à Posidonius ?

Mais Posidonius accordait beaucoup à l'autorité de Platon. Or, dans le Phèdre (3), Socrate se moque des interprétations rationnelles qu'on essaye de donner des récits mythologiques. L'abus que Platon, dans le Cratijle., fait de Tétymologie prête à rire et montre qu'elle n'a pour lui aucune portée scientifique. Chrysippe se servait beaucoup de ces interprétations mythologiques. Aussi Galien lui reproche-t-il d'employer l'étymoiogie, sans fournir de preuves sévèrement scientifiques (4). Au contraire, il loue Posidonius pour sa méthode de démonstration. Posidonius est, dit-il, le plus savant, ÈztJTY][xoviy.w-:aToç, des Stoïciens. parce qu'il s'est exercé dans la géométrie. Mais celui qui se sert de l'étymoiogie h la façon de Chrysippe ne saurait être, suivant Galien, è7UijT'/;[jLov'.xoç àv/^p. Ce seraient là des preuves suffisantes pour affirmer que Posidonius, dans son ouvrage sur les dieux, ne s'était pas occupé d'interprétations mythologiques à la façon de Chrysippe.

Ce raisonnement ne manque pas d'une certaine justesse; mais il prouve seulement que Posidonius n'employait pas la mytho-

(1) Stokor. repug., 38, 3.— (2) II, 17, 45. - (3) '2id D.— (4) De placit. Hipp. et Plat., p. 215.

logie et l'allégorie à la place des preuves scientifiques, comme avait fait Chrysippe. En effet, on ne trouve aucune trace d'interprétation mythologique ni étymologique dans Cicéron aussi longtemps qu'il donne une démonstration purement philosophique. Mais il s'agit ensuite de mettre d'accord la religion populaire avec la théologie stoïcienne. Si Posidonius avait dédaigné de le faire, il aurait dû renoncer à se reporter en quoi que ce soit aux croyances populaires et au culte établi ; mais, en qualité de Stoïcien, il ne pouvait y consentir. L'objet de tout le passage est d'expliquer les croyances religieuses de la foule (1). On le voit par la conclusion: « Quelques noms que la coutume ait donnés aux dieux, il faut les vénérer et les adorer. » Les interprétations mythologiques et étymologiques de Balbus ne prouvent donc pas que le passage où elles se trouvent n'est pas emprunté à Posidonius.

Ce serait plutôt un argument en faveur de celui-ci. Posidonius imitait la mesure et la discrétion de Platon, qui aime à terminer ses dialogues par un mythe. Lorsque la science s'arrête, Platon s'adresse à l'imagination. C'est un des traits qui distinguent son intelligence poétique de l'esprit sévèrement scientifique d'Aristote. Les étymologies du Craiyle nous font sourire : mais peutêtre ne paraissaient-elles pas si puériles à Platon. Son exemple, loin de détourner Posidonius d'expliquer rationnellement les symboles mythologiques, l'aurait plutôt déterminé à le faire, mais en se tenant dans de justes limites et sans tomber dans les mêmes exagérations que Chrysippe. Galien blâme Chrysippe ; mais entre l'excès et l'abstention complète il y a l'usage légitime, et nulle part Galien ne nous dit que Posidonius se soit abstenu d'expliquer par la raison les croyances de la religion populaire. L'interprétation des mythes ne datait pas de Chrysippe et ne finit pas avec lui. Suivant M. Grâfenhan (2), Zenon avait déjà rapproché At'a, Jupiter, de la préposition oia, et Z^va de Çwv ; ses disciples, comme Posidonius, l'imitèrent dans ces comparaisons. Bien plus, M. Grâfenhan nous dit que Cornutus avait puisé dans le xepl Gecov de Posidonius, le contenu de son

(I) II, §§ 63-71. — (-2) Hist. de laphiloL, II, 25.

propre ouvrage sur la nature des dieuœ, où il s'occupe, autant qu'Apollodore lui-même, d'interprétations mythologiques (1). En résumé, Cicéron semble s'être inspiré du xspl ôewv de Posidonius pour les deux premières parties du livre II du de natura deoru?n (2). Il a dû revenir à l'ouvrage de Posidonius lorsqu'à la fin du livre, il parle de la divination comme preuve de la providence divine (3). Dans ce qui précède, où il étudie la Providence, d'abord en général (4), puis plus spécialement par rapport à l'homme (5), il a pu se servir du xspl xpovoiaç de Panétius. Toutefois on n'est en droit de l'affirmer avec quelque assurance que pour le second des passages cités (6).

Le livre III.

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