‹ Essai sur les traités philosophiques de Ciceron et leur sources grequesChapitre 5 sur 23 · INTRODUCTION. V · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. V

apprend à le mieux connaître et à l'estimer à sa juste valeur.

Les recherches du genre de celle que nous entreprenons produisent chaque année, de l'autre côté du Rhin, une foule de dissertations trop souvent subtiles et peu convaincantes. Mais nous croyons que ces études minutieuses sont légitimes pour les traités philosophiques de Cicéron, où l'auteur avoue lui-même qu'il ne remplit guère que l'office de traducteur.

Peut-être ne réussirons-nous pas à indiquer avec précision les modèles de Cicéron, parce qu'ils n'existent plus, ou parce que l'auteur latin, dans son éclectisme et sa science insuffisante, a confondu les écoles et les philosophes particuliers, ou effacé les traits qui leur étaient propres. Mais nous savons que Cicéron doit presque toutes ses idées aux Grecs. Le chimiste n'ignore pas que le diamant n'est que du charbon lumineux : il ignore comment la nature transforme le charbon en diamant. Mais le diamant garde toujours son prix. Il en sera de même pour les traités philosophiques de Cicéron : ils tiennent lieu des originaux perdus, et, lorsque ceux-ci subsistent, ils nous montrent comment la sagesse grecque s'était, en passant en latin, dépouillée de sa hardiesse spéculative, pour devenir plus raisonnable et plus pratique.

Des philosophes venus après Platon et Aristote il ne nous reste que quelques fragments et des citations ou des témoignages épars dans les auteurs anciens. On peut reconstituer l'histoire de la nouvelle Académie au moyen de Sextus Empiricus, et celle de la philosophie épicurienne avec Lucrèce et Diogène de Laerte, qui nous a conservé plusieurs morceaux d'Épicure lui-même. Mais pour le Portique primitif et les seconds Stoïciens, comme Diogène, Antipater, Panétius et Posidonius, Cicéron est la source la plus ancienne et la plus importante, sinon unique. S'il nous manquait, nous serions réduits à passer sans transition de la Morale à Nicomaque aux Letty^es à Lucilius. Or tout le monde sait qu'il s'est produit dans l'intervalle une transformation importante. La morale, qui, chez Platon et Aristote, est encore exclusivement celle de la cité, est devenue chez Sénèque la morale universelle, des esclaves comme des

Page 1