‹ Essai sur les traités philosophiques de Cicéron et leurs sources grecquesChapitre 12 sur 70 · LE LIVRE II DU «DE FIXIBUS». IV · texte numérisé non relu

LE LIVRE II DU «DE FIXIBUS». IV

pars (1) ». S'il n'y avait que deux parties on aurait le comparatif. Le superlatif in(li(^ue qu'il y a une troisième partie, siège des passions plus nobles, comme dans la doctrine platonicienne. On retrouve la même expression dans le livre V : Pison dit que le plaisir réside in levissima parte 7iaturœ (2). Or les Sto'iciens ne reconnaissent que deux parties dans l'âme. — Mais Posidonius avait adopté la division platonicienne (3).

Dans le livre IV l'examen de la morale des Stoïciens est précédé d'une critique générale de leur logique et de leur physique. Dans le livre I nous trouvons également une critique générale de la logique et de la physique épicuriennes. Ces deux morceaux sont placés dans la bouche du même interlocuteur, Cicéron. Les reproches qu'il fait dans les deux cas sont les mêmes : Épicuriens et Stoïciens ont beaucoup emprunté à leurs devanciers; ce qu'ils ont changé ils l'ont presque gâté, et, après avoir pillé les anciens philosophes, ils ne leur en témoignent aucun gré. On s'accorde à voir dans Antiochus le modèle de Cicéron pour le livre IV. C'est aussi à lui qu'il faudrait rapporter le début du livre L Au lieu d'être résumée dans le même livre, la critique de Cicéron aurait été partagée entre deux livres différents; mais elle serait tout à fait semblable à celle du livre IV. — Ces idées sont ingénieuses, mais ce ne sont que de simples conjectures. La critique de la logique et de la physique épicuriennes est trop sommaire pour que Cicéron ait eu besoin d'un modèle étranger. Pour la critique de la doctrine sto'icienne il était naturel que Cicéron suivit le plan adopté par lui pour les Épicuriens, quand même il s'inspirait d'un autre philosophe. D'ailleurs rien ne nous dit que ces remarques préliminaires ne lui appartenaient pas en propre.

Donc Cicéron a pu tout aussi bien s'inspirer d'un Sto'icien postérieur, comme Panétius ou Posidonius, que d' Antiochus. La première hypothèse est préférable à la seconde, parce que la polémique des Stoïciens s'adressait surtout aux Épicuriens, tandis que celle d'Antiochus devait avoir principalement pour

(1) H, 34, lis. — [i) % "2-2. — (3) Galiea, Plaça. Hippocrat. et Plat., p. -toi, éd. Kûhii.

SO CHAPITRE m.

objet de défendre son éclectisme contre le scepticisme de Carnéade et le probabilisme de Philon.

Une nouvelle preuve ù l'appui de cette conjecture, c'est, que la critique de Cicérou semble faite d'après un philosophe antérieur à celui dont il s'est servi pour l'exposition de Torquatus. Cicéron paraît ignorer certaines doctrines indiquées par Torquatus, à la suite des Épicuriens récents, par exemple le critérium du vrai placé non seulement dans les sens, mais encore dans les npoXviî'.; (1). Pour d'autres théories, comme les deux dernières explications de l'amitié, Cicéron en fait une critique superficielle qui ne peut venir que de lui seul. Il n'est pas étonnant qu'il n'ait pas trouvé cette critique dans un ouvrage de Panétius : ce philosophe n'avait pu combattre des doctrines qui ne devaient se produire qu'après sa mort.

Nous avons raisonné jusqu'ici comme s'il était vrai que Cicéron eût scrupuleusement suivi un modèle grec. Cette supposition peut ne pas être exacte. Nous avons revendiqué pour Cicéron dans le livre I une indépendance plus grande que celle qu'on lui accorde généralement. Peut-être devrons-nous faire de même pour le livre II.

Mais Cicéron montrerait dans sa critique de la doctrine d'Épicure une connaissance précise, qui ne se borne pas aux contours du système, et s'étend jusqu'aux particularités qu'on rencontre dans les écrits d'Épicure. Il cite le -ip: -ilyj^ et les xjpir. Sc^a; d'Épicure, une lettre de lui à Hermarchus et son testament, enfin une expression de Métrodore. Il est tout à fait invraisemblable que Cicéron ait pu faire ces citations d'après les ouvrages d'Épicure. Comment les aurait-il lus, lui qui les méprisait si fort? (2). Il faut donc qu'il se soit servi du livre d'un philosophe où était réfutée la doctrine épicurienne.

Examinons chacun des passages indiqués. Cicéron cite la phrase d'Épicure où il dit qu'il ne saurait ce que c'est que le bien s'il retranchait les plaisirs (3). C'était une parole célèbre que Cicéron répète plusieurs fois avec de légères variantes. —

(1) I, 9, 31. — (2) Tusc, II, 3, 8. - (H) D^ fin., II, 3, 1 ; Cf. Tusc, IIl, i8, 41 ; de nat. deor., 1,40, Ui ; in Pison., 69.

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