‹ Essai sur les traités philosophiques de Cicéron et leurs sources grecquesChapitre 13 sur 70 · LE LIVRE II DU « DE FINIBUS · texte numérisé non relu

LE LIVRE II DU « DE FINIBUS

SI

Il rapporte une des v.jp-.a-. od^a-. (1); mais les maxwies fondame7itales cVÉpicure devaient être bien connues, puisque les Epicuriens les apprenaient par cœur. — Cicéron transcrit une lettre d'Épicure àHermarchus (2). Cette même lettre est donnée dans Diogène de Laerte comme ayant été écrite à Idoménée. Gassendi en conclut qu'elle a été envoyée à tous les deux: car elle est conçue de telle sorte qu'elle a dû être adressée à tous les disciples d'Épicure. On en avait sans doute conservé plusieurs copies identiques, dont l'adresse seule était différente. Il n'y a dès lors rien d'étonnant que Cicéron ait lu quelqu'une de ces copies. — Quant au testament d'Épicure, dont Cicéron cite une phrase (-3), il devait être assez connu pour qu'on put en parler sans avoir particulièrement étudié la philosophie épicurienne. — Reste l'expression de Métrodore qui ressemble à une formule : cum coi-pus bene constitutum sit, et sit exploratum ita futurum (4). Cette expression, comme toutes les formules, devait être venue aux oreilles de ceux même qui n'avaient du système épicurien qu'une connaissance superficielle. Aussi la trouvonsnous répétée plusieurs fois dans Cicéron (.5). Les citations empruntées à Épicure et Métrodore sont donc du nombre de celles qu'il était facile de faire sans connaître à fond la doctrine épicurienne, et il n'est pas besoin, pour en rendre compte, de supposer que Cicéron avait sous les yeux un modèle grec.

Si la critique de Cicéron était personnelle, a-t-on dit, il eût dû la faire de son propre point de vue. Or la doctrine qu'il professait était le scepticisme de la nouvelle Académie. — Mais Cicéron ne pouvait critiquer la morale d'Épicure au nom du scepticisme; ses arguments devaient être autre chose que de simples probabilités.

Cicéron se reporte souvent aux paroles de Torquatus et sa critique a la prétention de s'adresser non à la doctrine épicurienne en général, mais à l'exposition donnée au livre I. Toutefois l'ordre et la suite des propositions épicuriennes seraient ditîérents dans les deux livres. — Mais il ne faut pas demander

(1) D. /;,„., 11, 7, -21. - (i) II, 30, 96. - (3) H, 31, lOl. - (4> U, iS, 9i. -lo) Tnsc, 11,6, 17 eL V, 9, i'.

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à un orateur comme Cicéron l'enchiiinement rigoureux qu'on est en droit d'attendre d'un philosophe de profession. D'ailleurs on remarque entre les deux premiers livres un rapport aussi étroit qu'on pouvait l'espérer de Cicéron.

Aucun des arguments qu'on avance pour prouver que le \i\'re II du de ftnibits n'appartient pas en propre à Cicéron ne nous semble probant; reste à montrer que nous avons des motifs pour lui en rapporter en grande partie l'inspiration et la composition.

La critique générale de l'Épicurisme qui se trouve au commencement du livre I semble n'être que la première partie de celle que nous lisons au livre II. Or cette critique présente des traces de précipitation et des inexactitudes qui ne permettent guère de l'attribuer à un autre que Cicéron lui-même. Épicure, nous dit-on, a, dans la physique, tout emprunté à Démocrite ; ce qu'il change, il le gâte. — Cependant Épicure fait tomber les atomes en vertu de leur poids, ce qui n'avait pas été reconnu ou du moins clairement énoncé par Démocrite (1).

Quant au livre II, la critique de Cicéron est plus libre, plus personnelle (2). Il suffit, ce semble, de faire voir dans ce livre des longueurs et des inexactitudes pour en rapporter la composition à Cicéron lui-même. Or c'est ce que l'on trouve en rapprochant le livre II du livre I. Cicéron s'attache à l'exposition de Torquatus : mais cette concordance ne va pas sans des méprises, des oublis, des preuves écourtées ou trop longues (3).

(1) Voir le chapitre XI sur les sources du de fato. — (-2) Madvig, préf. de la 2e (Sd. du de fiiiibtiSj p. LXII. t Cicéron, dit-il, réfute Epicure avec ses seules forces, suo Marte Epicurum refeilit. • — (3) Cicéron se fâche de ce que Torquatus trouve que « voluplas » n'est pas l'équivalent exact de f.oovi]' (II, 4, 1-2, sq) ; cependant Torquatus nous semble avoir raison. — Cicéron prétend (II, 6, sq.) qu'.4ristote reconnaît une double fin, la vertu et le bonheur. C'est une erreur : selon Aristote la fin est le bonheur, et le moyen de l'atteindre, la vertu. — Cicéron s'indigne (II, 7, 21) de ce qu'Épicure dit qu'il n'y aurait pas lieu de blâmer les plaisirs des voluptueux, si ces plaisirs les délivraient de la crainte des dieux, de la mort et de la douleur. Le raisonnement d'Épicure ne semble pas aussi absurde .ri.' le croit Cicéron; Epicure ne blAinerait pas les voluptueux s'ils avaient, des qualités qui sont incompatibles avec la vie de plaisir; donc il blâmera toujours les voluptueux.

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En résumé Cicéron, dans le livre II du de p.nibu^, parait s'être inspiré d'un Stoïcien postérieur, mais sans le copier ni reproduire exactement son ouvrage. Nous avons déjà dit, au sujet du livre I, que Cicéron était ici plus indépendant qu'on ne le pense en général. C'est ce qu'on reconnaît clairement pour le livre II par les inexactitudes et les longueurs que nous avons signalées.

Cu raisonnement est si naturel qu'il sera reproduit par Benthaai : « Je. ne hlAnierais pas, dit-il, le plus odieu.x auteur du plus horrible des crimes, si la somme de ses plaisirs devait jamais surpasser celle de ses peines. • (Introd. aux principes de la morale.)

La critique de la pensée d'Épicure fait perdre de vue à Cicéron son dessein, qui est de prouver que le plaisir n'est pas l'absence de douleur, et il ne trouve moyen de revenir à son sujet qu'aprOs avoir combattu (II, 9, 26) la division des désirs proposée par Epicure. Mais la division que Cicéron voudrait lui substituer se trouve dans la lettre d'Épicure à Ménécéc (Diog. Laert., X, i'27). — Cicéron nie (II, 11, oi) que l'exemple des bètes nous apprenne ce que c'est que le bien ; car leur nature peut être, sinon corrompue^ du moins foncièrement mauvaise. C'est ici un argument de grande valeur; niais Cicéron ne fait que l'indiquer, tandis qu'il développe longuement des preuves sans importance ou évidentes d'elles-mêmes. — Cicéron dit (II, 11, 3-4) : « Toute définition du bien et du mal doit avoir son principe dans l'analyse des penchants primitifs et de leurs objets. Ainsi pour les anciens Académiciens et les Péripatéticiens le bien consistait à vivre scion la nature, c'està-dire à jouir des biens primitifs de la nature humaine en y joignant la vertu. » Il y a ici une phrase dont on ne voit pas tout d'abord la liaison avec les précédentes, ce qui a fait supposer à M. Madvig qu'il y avait une lacune dans le texte. C'est une preuve nouvelle de la négligence de Cicéron. De plus, ni Platon, ni .\ristole n'ont, parlé des .-ocSti zs-ri oj^iv. Aristote et Poléinon ne partaient pas des -sojTa -/.sTi o-j;'.v pour arriver au souverain bien ; ils leur accordaient seulement une certaine importance pour la possession du bonheur. Il est donc inexact de dire que le souverain bien d'Aristote dépend des premiers avantages naturels. — De même Cicéron attribue à Platon (II, 14, 43), d'après une prétendue lettre de ce philosophe à Archytas, un sentiment de la solidarité universelle inconiiu à l'antiquité avant les Stoïciens.

Les chapitres 16-19, où Cicéron prouve que les quatre vertus fondamentales, prudence, justice, force et tempérance, n'ont pas leur fin dans le phiisir, renferment presque exclusivement des exemples lires de l'histoire romaine, et ne sauraient être empruntés à un livre grec. Parfois même on trouve de l'incohérence dans les idées et Cici'ron pass^ brusquement d'un point de vue à un autre, par exemple 'd la tin du chapitre lô. Toute

Cicéron croyait facile la critique de la doctrine épicurienne, parce qu'il n'en a pas toujours compris la nature ni les raisonnements (1).

cette partie ressemble un peu trop à une amplification oratoire. Toniuatus avait répondu d'avance à certaines critiques de Cicéron, eu montrant que dans les actions en apparence les plus désintéressées, par exemple le supplice du jeune Torquatu-s, il se glisse une part d'intérêt. Cicéron semble ne pas comprendre la portée de cette explication, qui avait été cependant indiqmje par son adversaire : hœr, ratio late pntet (I, 10, 36).

Passant à l'amitié, Cicéron commence par deux chapitres de considérations générales, et ce n'est qu'ensuite qu'il consacre un chapitre uni([ue à l'examen des trois théories de l'amitié proposées par les Épicuriens. D'après la seconde de ces théories, qui fait sortir te désintéressement de l'intérêt, on aime d'abord son ami pour soi, ensuite pour lui. C'est une transformation de sentiments analogue à celle qui se produit chez l'avare, lorsqu'il commence par aimer l'argent pour ce qu'il procure et finit par l'aimer pour lui-même. Cicéron n'a pas vu l'importance de l'argument; il se contente de dire que si l'on aime son ami pour lui, il y a des cas où l'on agit bien sans chercher ni attendre de plaisir. Pour la troisième théoiie, qui tondait l'amitié sur un contrat, Cicéron montre seulement tout ce que ce contrat oftVc d'incertain et de fragile si l'on n'a d'antre règle que l'utile, d'autre but que le plaisir. 11 u'a pas compris que ce n'était ici qu'un cas particulier de la théorie épicurienne du droit reposant sur l'utile et sur un contrat réciproque.

La dernière partie de la critique de Cicéron est dirigée contre la théorie du bonheur. Cicéron croit que la fausseté de la doctrine épicurienne est évidente. « Nous nous arrêtons troj) longtemps, dit-il, sur des choses manifestes. » (II, 27, 83.) Souvent les choses ne paraissent claires que parce qu'on n'en voit pas les ditîicultés. — Épicure dit que la durée ne rend pas le bonheur plus grand ; mais alors, réplique Cicéron, la douleur no s'augmente pas non plus en se prolongeant (II, 27, 8S). Cicéron aurait pu faire de la théorie épicurienne une critique plus profonde en remarquant que, si la durée n'ajoute rien au plaisir, Épicure est inconséquent avec lui-même en rejetant la doctrine d'Aristippe pour la remplacer par celle de l'utilité. Aussi bien dans toute cette partie Cicéron semble aller un peu au hasard; il revient (§ 89) de la durée du bonheur ii sa sécurité, dont il avait parlé en premier lieu; il blâme avec un grand appareil scientifique la recommandation faite par Épicure de célébrer son jour natal, lorsqu'il n'y avait \!i qu'un sentiment facile à comprendre ; voyant qu'il s'égare, il veut, dit-il (§ 104), revenir à son sujet et il nous donne un raisonnement épicurien qui ne se lie pas du tout à ce qui précède. Les ■derniers chapitres ne contiennent que des arguments oratoires. On trouve (%^ 113 et ttS) des anacoluthes (jui indiquent la rapidité avec laquelle ce livre a été composé.

(l) Il semble que Cicéron ait réfuté la morale d'Épicure un peu au hasard

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Les Romuins avaient vu dans la doctrine d'Épicure non ce qu'elle était en réalité, c'est-à-dire une philosophie du renoncement et une sorte d'ascétisme, mais un encouragement au plaisir (1). Ce ne fut pas elle, comme on l'a souvent répété à la suite de Montesquieu, qui corrompit les mœurs romaines ; ce fut la conquête de l'Asie et du monde, parce qu'elle fit entrer ■ dans Rome d'immenses richesses et les vices de toutes les nations. Mais la philosophie du plaisir servait aux grands personnages de Rome à excuser leurs débauches. L'Épicurisme avait ses vrais disciples, comme Atticus qui fuyait les excès de toutes sortes, et ses disciples infidèles, mais restés Romains, comme Cassius qui avait conservé toute l'énergie de sa race(2>). Mais il y avait aussi, et c'étaient les plus nombreux, les Épicuriens comme Pison, qui, suivant Cicéroii, semblait sortir d'une étable à pourceaux ; enfin tous ceux qui voulaient le renversement de la république, César à leur tète, étaient Épicuriens. On comprend dès lors que Cicéron n'ait pas toujours été juste pour C) la philosophie d'Épicure. Fabricius, entendant Cicéron exposer dans un festin cette philosophie, s'écriait : « Plaise aux dieux que Pyrrhus et les Samnites adoptent ces maximes aussi longtemps qu'ils nous feront la guerre. » De même Cicéron, réfutant Torquatus, dit que de tels préceptes ne doivent pas être combattus par les philosophes, mais réprimés par les censeurs (3). C'est qu'il craignait de tels enseignements pour les mœurs romaines et la constitution de l'État.

Les Épicuriens à Rome formaient < le parti des indifférents.

et d'après sa propre inspiration. Nous lisons dans une lettre à .4tticus(Xni, 38) : « Il n'était pas jour, et j'étais A écrire contre les Épicuriens, lorsque de la même plume à la lueur de la mèuie lampe, je me suis mis à brouiUonner pour vous je ne sais quoi, que je vous ai fait expédier nuit close encore. » Cette lettre est du mois d'août 7U9, au moment même où Cicéron travaillait au àe finibus.

(U Voir C. Martha, le poème de Lucrèce, in-blj 1873, p. 14, sq. — (2) Cassius répondait à Cicéron lui reprochant de mettre sa pliilosophie dans la cuisine, que ceux qu'il appelait amis des plaisirs étaient aussi amis de la justice et du bien, cultivant et pratiquant toutes les vertus. (Ad fum., XV, VJA— (3)I»c A'n.,ll, 10, 30.

Qu'ils aient été artistes et poètes, personne ne le niera ; honnêtes gens même pour la plupart, nous l'accordons volontiers. Mais ce qui nous frappe d'abord en eux. c'est qu'ils furent de mauvais citoyens. L'histoire a le droit de leur demander un compte sévère, car ils ont été pour beaucoup dans les excès des empereurs qui précédèrent les Antonins, et dans la dissolution des mœurs publiques à Rome. Le scepticisme n'est inofî'ensif que dans la vie spéculative ; en politique il n'est qu'un moyen commode et coupable de ne pas faire son devoir. Ceux-(;i repu gnaient trop à l'action, à la passion généreuse et à la lutte ; tous les grands intérêts des sociétés modernes leur étaient devenus étrangers : ils n'en souhaitaient et n'en défendaient aucun; ils étaient morts politiquement (Ij. >

Mais la doctrine d'Épicure était peut-être nécessaire pour relâcher les liens de la vieille famille et de la vieille cité romaine. Si ces liens avaient subsisté dans toute leur force la distance fût restée infranchissable entre le patron et les clients, le maître et les esclaves ; Rome n'eût pas cessé d'être ce qu'elle était primitivement, une ville de rapine et de violence : les patriciens n'auraient vaincu et soumis le monde que pour l'exploiter à leur profit. Les derniers défenseurs de la république étaient presque tous Stoïciens ; mais ils conservaient les préjugés de leur caste et regardaient les provinces comme des pays conquis envers lesquels on n'est tenu ni d'observer la justice ni de garder des ménagements. C'est ainsi que Brutus ruinait par l'usure les habitants de Salamine (2). L'épicurien César ne citait pas les maximes des philosophes, mais il les appliquait. Il répara deux iniquités de la République en rebâtissant Corinthe et Carthage ; il ouvrit le sénat aux plus braves Gaulois et Espagnols de ses légions ; il accorda le droit de cité à tous ceux qui, dans Rome, cultivaient la médecine et les arts libéraux ; enfin il avait préparé un code de lois dont l'usage, d'abord restreint à l'Italie, se fût étendu peu à peu à tous les pays soumis à la domination romaine. Mais le poignard de Brutus recarda

(1) E. Gebhart {De l'Italie: Li vie italiemisà Pompéi, p. 3.")). — (2) Ad Att.,\l,\.

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pour longtemps cette mesure habile et généreuse, et Cicéron, avec l'étroitesse de vue qu'on lui ajustement reprochée, ne cessa de glorifier les meurtriers de César. De même il ne voyait dans l'Épicurisme que les dangers immédiats qu'il faisait courir à, son pays. Cependant ce fut la doctrine d'Épicure qui, à Rome, contribua plus que toute autre à ruiner cet égoïsme national qu'on appelle le patriotisme, et qui prépara le terrain pour les idées stoïciennes d'égalité et de fraternité universelles.

I>es livres III, IV et V tlii « de linihus s.

Le livre III du de linihus. Incohérences ou manque d'ordre, qui n'excluent pas un plan rigoureux. On ne peut dire que l'auteur imité soit Chrysippe, Diogène de Babylone, Antipater, Panétius, Posidonius, Hécaton. Doute final. Caractère de Caton. — Le livre IV. Cicéron est réfuté d'avance par Caton. La première partie du livre est imitée d'Antiochns ; le passage sur les paradoxes vient d'un auteur inconnu ou de Cicéron lui-même. — Le livre V. Le commencement est kispiré de Théophraste; tout le reste, d'Antiocluis. Iniitalion dAristote par Cicéron. Caractère du de finibus.

LE LIVRE m DU . DE FINIBUS ..

Dans le livre III du de finibus Caton expose la morale stoïcienne. Il commence par prouver , d'après les penchants primitifs de riiomme, que le souverain bien consiste dans la vertu, c'est-à-dire à vivre conformément à la nature (1). Vient ensuite une autre preuve de la même proposition. Cette preuve s'appuie sur le raisonnement suivant : Tout ce qui est bon est louable, tout ce qui est louable est honnête, donc tout ce qui est bon est honnête. Cette nouvelle argumentation, a-t-on dit, ne démontre rien qui n'ait été prouvé plus haut. Cicéron a dû ajouter quelque chose emprunté d'ailleurs au modèle principal qu'il suivait (2). Mais si la conclusion du raisonnement est la même, les prémisses sont différentes (3); la seconde preuve n'est pas superflue, elle confirme la première : ce que la première avait déduit de la nature de l'homme, la seconde le tire dit concept du bien ; c'est la preuve dialectique, tandis qu'on pourrait appeler la première la preuve anthropologique.

La question de la nature du souverain bien une fois épuisée,

(1) 111, §§ \6-iQ. — (-2) Madvig, p. 831. — (.S) Hirzel, II, -2, 3GS.

■IS8 'fi '-i-M'L'iï (s) - 'i-'s 'ce '01 'III (?) - 'ss '91- 'm (i)

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LE LIVRE m DU « DE FINIBLS «. 91

qu'il ait conservé quelques paragraphes isolés qui se rattachent mal à l'ensemble des idées. Cependant Caton fait un éloge enthousiaste de l'étroit enchaînement qui éclate dans la morale stoïcienne telle qu'il l'a développée (1). En plusieurs endroits de son discours (2) il appelle l'attention sur la rigueur logi(iue qui en lie entre elles les difi'érentes parties et unit les conséquences aux principes (3). On ne saurait donc nier qu'il y ait un plan dans le livre III. Les diverses parties de ce livre ne doivent pas leur place au hasard ou à la fantaisie et sont disposées d'après un ordre réfléchi. Cet ordre ne vient pas de Cicéron lui-même : il l'a trouvé dans un ouvrage grec. Quel est cet ouvrage?

Le syllogisme : « Ce qui est bon est louable ; ce qui est louable est honnête, donc ce qui est bon est honnête j (4) doit appartenir à Chrysippe; car Plutarque, qui le répète avec une légère variante, l'attribue à ce philosophe (5). De même l'endroit où Caton parle des penchants primitifs de l'homme (G) est tout à fait semblable à celui où Diogène de Laerte traite le même sujet d'après Chrysippe (7). Caton dit que le paon n'est créé que pour sa queue (8) ; Plutarque attribue la même opinion à Chrysippe (9). Enfin ce que nous lisons sur lapina et \s pinotercs (10) se trouvait dans un écrit de Chrysippe sur le beau et le plaisir (11). Nous savons que les Grecs n'étaient pas loin d'identifier le bien et le beau; on a cru même reconnaître dans cette assimilation du bien au beau le fond de la doctrine primitive du Portique : l'honnête (honestv.m) ne serait, conformément à l'étymologie, que le beau (honur). Le livre de Chrysippe pouvait donc se rapporter au souverain bien tel que le comprenaient les Ei^icuriens et les Stoïciens.

Mais Cicéron, pour exposer la morale stoïcienne, qui avait subi avec le temps plusieurs modifications, n'a pas dû choisir un livre de Chrysippe, qui n'avait donné que la forme primitive de cette morale. Nul doute toutefois qu'une grande partie de sa

(1) m, -2-2, 74. - (-2) III, §S 26, /*!, 50,53. — (3) Cf. Hirzd, II, «, i;i38- •'ni. — (i) III, 8, 27. — ^Dl De Stok. repuy., 13, p. 1030 G. — (G) III, 4, In. — (7) VII, SS.— (S) m, 3, 18. — (9) De Stoic. rennij., p. 1044 C. — (10) m, 1',), 03. — (1 1) .VthénéL', III, p. 89 D.

doctrine et jusqu'aux expressions dont il s'était servi n'eussent été reproduites chez les Stoïciens postérieurs qui avaient adopté la sévérité de ses principes. C'est donc chez un de ces Stoïciens qu'il faut chercher le modèle de Cicéron pour le livre III du de finibus.

On peut remarquer que Cicéron nomme Diogène de Babylone à côté de Chrysippe (1). Sur les points où il y avait divergence entre les Stoïciens il adopte le sentiment de Diogène (2), si bien qu'il semble l'avoir pris pour guide. Il cite son opinion sur les richesses (3) si mal à propos qu'il ne l'aurait jamais fait s'il n'avait eu son livre sous les yeux et ne lui avait beaucoup emprunté. Lorsque Caton explique la diftei'euce qui existait entre les Péripatéticiens et les Stoïciens (4), il rapporte la doctrine générale du Portique, mais tous ces détails paraissent venii* d'un Stoïcien contemporain de Carnéade, comme était Diogène de Babylone, ou qui vivait après lui. Cependant on a nié que Ci céron ait imité un ouvrage de Diogène de Babylone, parce qu'il cite des Stoïciens postérieurs à lui.

La manière dont Caton place le souverain bien dans l'effort pour acquérir les avantages primitifs conformes à la nature (•")) répond à la définition donnée par Antipater, le disciple de Diogène de Babylone. Toutefois nous lisons ailleurs : « Quant à la bonne renommée,... Chrysippe et Diogène, que j'approuve fort, disaient qu'à part l'utilité, elle ne vaudrait pas la peine qu'on remuât pour elle le bout du doigt. Mais les Stoïciens postérieurs, ne pouvant résister aux objections de Carnéade, convenaient que la bonne renommée méritait par elle-même d'être préférée et acquise, a (6) Au premier rang de ces Stoïciens était Antipater. Xous ne pouvons donc supposer qu'il a été la source de Cicéron, puisqu'on rejette expressément son oi^inion.

Restent parmi les Stoïciens illustres Panétius et Posidonius, dont Cicéron a pu se servir. Panétius faisait consister le bien à atteindre un but ; Antipater le plaçait plutôt dans l'effort pour atteindre ce but. L'opinion adoptée par Caton (7) est celle d'Anti-

(1) IH, 17, 57. — (2) III, 10, 33. — (3) III, § 49. — ('») III, li, 41, sq. (5) III, 6, 22. — (6) 111,17, 57. — i7) 111, 6, 22.

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