IV
rai, ou la bonne volonté. Cicéroii ne compren'l pas comment a pu se faire le passage du bien naturel au bien moral, parce qu'il ne voit pas la difl'érence qui existe entre ces deux, sortes de bien, et qu'il confond le second avec le premier : il ne voit pas non plus comment de l'accomplissement des devoirs ou des fonctions naturelles on a pu passer à la vie vertueuse. Il blâme les Stoïciens d'accorder d'abord ime si grande importance aux fonctions naturelles pour les négliger ensuite tout à coup. Le blé, dit-il, lorsque la tige est devenue un épi, n'oublie pas pour cela la tige ; si la vigne se cultivait elle-même, elle trouverait sans doute qu'elle vaut mieux que tous les soins qu'elle se donne ; mais elle continuerait de s'occuper de tout ce qui assure et entretient son existence (1).
Mais Caton a fait tout ce que demande Cicéron. Ainsi il décrit (2) le devoir imparfait, xaB^xav, qui consiste pour chacun dans la conservation de son être, dans la recherche de ce qui est conforme à sa nature et dans la fuite de ce qui lui est contraire. A l'arrivée de la raison et des idées pures, h-ioixi, l'iiomme reconnaît l'ordre et l'harmonie universelle, qu'il estime beaucoup plus que les premiers biens naturels, et il place le souverain bien dans l'accord avec cet ordre universel ; ce souverain bien ne se fait connaître que plus tard ; mais il est désirable par lui-même, tandis que les premiers biens naturels ne le sont pas. Les critiques adressées à la morale stoïcienne sont peut-être exactes, si l'on considère la doctrine de Zenon et de ses disciples immédiats; mais elles n'ont pas d'objet, si l'on s'en tient au livre III du de p,nibxis.
Cicéron donne trois définitions du souverain bien, ou plutôt trois explications de la formule « vivre conformément à la -nature » (3). La première, qui appartient à Zenon, est « vivre avec la connaissance de tout ce qui peut arriver naturellement » ; la seconde, dont il ne nomme pas l'auteur, est a vivre en accomplissant tous les devoirs moyens, ou le plus grand nombre d'entre eux ». La troisième définition : « vivre en jouissant de toutes les choses selon la nature, ou des plus grandes d'entre
(I) IV, §§ '26, 37, 38, 39. - (2) III, 6, "20, si]. — (3) IV, 6, 14.