‹ Essai sur les traités philosophiques de Cicéron et leurs sources grecquesChapitre 17 sur 70 · LE LIVRE IV DU « DE FIXIBUS · texte numérisé non relu

LE LIVRE IV DU « DE FIXIBUS

de Carnéade. On pourrait donc supposer que la critique de la morale stoïcienne est due à ce philosophe qui avait soutenu contre les Stoïciens une vive polémique. Mais Carnéade n'avait pas compris la vertu dans le souverain bien (1). Or, dans tout le livre IV, Cicéron nous dit que la vertu est la partie la plus importante du souverain bien, mais qu'elle ne le constitue pas à elle seule, et doit être unie aux. biens naturels.

On a dit que le livre IV était emprunté à Philon de Larisse (2). Mais cette conjecture ne saurait être démontrée; de plus elle est invraisemblable. Ce n'est pas Philon, mais Ajitiochus qui a prétendu, à la suite de Carnéade, que, sur tous les points essentiels, la morale stoïcienne s'accordait avec celle des Académiciens et des Péripatéticiens et que Zenon n'avait aucun motif de se séparer de l'ancienne Académie (3).

Lorsque Cicéron expose les trois significations différentes données à la formule secundimi naturarn vivere, nous trouvons une confusion qui ne peut être rapportée qu'à Antiochus. Nous avons dit que les deux premières explications avaient été réunies par Diogène, Archédème et Antipater dans leur formule du souverain bien. Non seulement Cicéron les sépare, mais encore il trouve la seconde différente de la première ; celle-ci définirait le bien de telle façon qu'il ne pourrait se trouver que chez le sage, tandis que d'après la seconde formule il se rencontrerait encore chez d'autres que le sage. Cicéron se trompe, à la suite d'Antiochus, lorsqu'il dit que la troisième définition du bien, comme l'ont écrit les Stoïciens eux-mêmes, est identique à celle donnée par Aristote et Xénocrate (4). Les anciens Péripatéticiens faisaient consister le bonheur dans la possession de tous les biens ou des plus considérables et des plus nombreux; mais la vertu était de beaucoup le plus grand des biens. La vertu tenait donc le premier rang dans le souverain bien, comme le déclaraient expressément Aristote et Xénocrate.

(1) IV, 18, 49. — (2) Gœrenz, éd. du de finibus, p. XXVI; Grysar, les Acadévticiens Philon et Antiochus, Cologne, 1849, p. Il, et K. F. Hermann, de Philone disputatio altéra, p. 7. — (3) Zeller, III», 591, nule, 3e édit. — (4) IV, 6, 13.

Cicéron, dans la troisième explication du secundum naturain vivere, substitue aux biens proprement dits les choses selon la nature, ou les avantages naturels, que Speusippe et les Stoïciens séparaient de la vertu. Dès lors la vertu n'aurait plus de place dans le souverain bien, ce qui est justement le cas dala formule de Carnéade, comme Cicéron le reconnaît lui-même (1). Ces confusions viennent évidemment de ce qu'Antiochus, dans son désir de concilier les doctrines , avait négligé chez les anciens philosophes la rigueur de l'expression unie à celle de la pensée. Il est vrai que, dans cette dernière partie, il y a peut-être quelque méprise du fait de Cicéron. Ailleurs Cicéron donne une définition plus exacte du souverain bien suivant les anciens philosophes, en ce qu'il ajoute la vertu aux -pû-ra -/.atà 9jj-.v (2).

Nous trouvons de nouvelles erreurs, lorsque Cicéron expose, certainement d'après Aiitiochus, l'opinion des anciens philosophes et surtout des Péripatéticiens, sur la diflérence de valeur entre les choses {œslimalio, à;(a) (3). C'est ici une expression stoïcienne, comme l'idée qu'elle exprime. Aristote et les anciens philosophes n'en ont pas parlé. Mais Antiochus la leur avait attribuée.

Une autre preuve qu' Antiochus est bien l'auteur imité dans le livre IV du de finibus, c'est que Cicéron nous dit (4) que la doctrine stoïcienne avait été critiquée avec esprit par M. Pison, qui expose au livre V les idées d'Antiochus sur le souverain bien. Cicéron n'a pas encore tini la critique de la morale stoïcienne ; mais il abandonne ici son guide ordinaire, Antiochus.

Cicéron passe à la critique des paradoxes stoïciens. Antiochus était loin de les accepter tous ; il s'était prononcé expressément contre l'égalité de toutes les fautes (5). ilais il avait probablement défendu les autres paradoxes avec non moins de vivacité que les Stoïciens eux-mêmes (6). Le paradoxe sto'icien par lequel commence Cicéron est justement la proposition fameuse suivant

(1) IV, 18, -49; II, 1-2, 38 et 13, «; V, 8, ii. — (2) II, 11, 34; V, 8, 21 ; Acad., II, 42, 131. — (3) IV, -21, 58. — (4) IV, 26, 73. — (3) Acad., II, 43, 133. — i6) Acad., II, 44, 13(3.

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