‹ Essai sur les traités philosophiques de Cicéron et leurs sources grecquesChapitre 21 sur 70 · LES TUSCULANES · texte numérisé non relu

LES TUSCULANES

Dans le de finibus, Cicéron avait cherché quel est le souverain bien ou le bonheur ; restait à indiquer les moyens de parvetiir à ce souverain bien. Tel est l'objet des Tusculanes. Nous demandons aujourd'hui à la morale de nous dire ce qu'il faut faire pour vivre honnêtement; les anciens lui demandaient surtout la manière de vivre heureux : la morale pour eux était une sorte de philosophie du bonheur. Les Tusculanes sont une suite de dissertations sur les moyens d'éviter la douleur.

Au mois de juin 709 (45 av. J.-C), Cicéron priait Attieus de lui envoyer le traité de Dicéarque sur l'âme et sa Descente dans l'antre de Tropli07iius (1). Il est probable qu'il voulait se servir de ces ouvrages pour les Tusculanes , dont la composition remonterait à cette époque. Mais ce ne fut qu'au mois de mai 44, après le meurtre de César, qu'Atticus reçut la première Tusculane, qui fut promptement suivie des quatre autres. On pourrait croire que Cicéron a publié les Tusculanes avant le meurtre de César; car il ne fait aucune allusion à cet évéuement qui dut lui causer beaucoup de joie. Mais Cicéron écrit à Atti-

(I) .-!(/ .U(.,XIII, 3i.

eus, en mai 44, qu'il était moins dangereux pour lui de parler contre César de son vivant, que maintenant contre son parti (1). Dans la recherche des sources des Tusculanes, on peut se demander d'abord d'où viennent les vers qu'on trouve en grand nombre dans ce traité. C'était un usage chez les philosophes grecs depuis Aristote, et surtout chez les Stoïciens, de parsemer leurs écrits de citations tirées des poètes. Cicéron suivit cet exemple ; il fit beaucoup d'emprunts aux anciens poètes tragiques de Rome (2); lorsque ceux-ci lui manquaient, il traduisit plusieurs fois des passages d'auteurs grecs. Les vers isolés n'ont pas été pris aux poètes eux-mêmes, mais dans les livres des philosophes imités par Cicéron. En effet, la plupart de ces vers sont intimement mêlés à des fables, ou à des exemples grecs. On sait par Cicéron lui-même, ou par d'autres indices, qu'ils appartenaient surtout à Crantor et à Chrysippe.

Le livre I.

/. La première Tusculane traite du mépris de la mort, et ; examine le problème de l'immortalité de l'àme. Les anciens avaient donné à ce problème des solutions différentes. Les premiers hommes, qui voyaient les morts leur apparaître en songe sons la même apparence que pendant la vie, ne voulaient pas croire qu'on mourût tout entier. Pour eux l'àme continuait à vivre d'une vie sourde dans le tombeau, où elle éprouvait les mêmes besoins et les mêmes désirs que pendant l'existence terrestre. Telle est l'origne de la religion du foyer. C'est pour les âmes des morts qu'on entretenait continuellement le feu sur l'autel de la famille, et qu'on consacrait des offrandes. On

(1) XIV, 17. — (-2) Cicéron citait le plus souvent leurs vers de mémoire et non d'après l'original. Aussi commet-il parfois des erreurs. Ainsi, en transcrivant un vers de la tragédie des Niptre.i de Pacuvius [Tuic, \, iO, 46), il appelle la nourrice d'Ulysse Anticlée, tandis que son vrai nom était Euryclée. Il est certain que Pacuvius a traduit sa pièce de Sophocle ; il n'est pas vraisemblable que Sophocle ait donné à la nourrice d'Ulysse le nom que tons les poètes attribuent à sa mère, ou que Pacuvius n'ait pas suivi son modèle sur ce point ; l'erreur vient plutôt de Cicéron.

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