LE LIVRE I DES « TUSCULANES
une preuve que Cicéron avait sous la main quelque livre de Panétius auquel il empruntait ces ai-guments.
Mais Panétius, se séparant ici des autres Stoïciens, enseignait qu'il n'y avait absolument pas d'immortalité pour l'àme (1) et qu'elle périssait avec le corps (2).
On a prétendu, au contraire, qu'aucun écrivain ne rapportait que Panétius, sur la question de l'immortalité de l'àme, se fût écarté des antres Stoïciens. Le passage cité montrerait seulement qu'il n'approuvait pas l'opinion de Platon, suivant (^ui l'àme existait avant la naissance de l'homme et persistait éternellement après sa mort. Or personne, en se déclarant Stoïcien, ne pouvait admettre cette opinion. Quant aux deux raisons ijue Panétius donnait contre l'immortalité, elles n'indiqueraient pas si l'àme périssait avec le corps, ou seulement après un certain intervalle de temps (3).
Cette argumentation est plus spécieuse que décisive. Sans doute un Stoïcien orthodoxe devait combattre la doctrine de l'immortalité, en tant que celle-ci consistait dans ime durée infinie et non dans une certaine persistance après la mort. Mais les objections de Panétius n'ont pas seulement cette signi-
(1) Zeller, IH^, o(i3; Steinhart (a.vL PniiHin.i, dans reiicycl. d'Ersch et Grubei) ; va» Lynden, de Paiiœt'm. — (-2) Tim., I, 3'2, 78. M (Le Maître). « Quant à nos amis les Sloiciens, avons-nous tort de les abandonner, du moins ceux d'entre eux qui disent que les rtnies subsistent encore quelque temps au sortir du corps, mais non éternellement? — A (L'Auditeur). ' Non, pour ceux-là du moins qui, d'un côté, accordent ce qu'il y a de plus difficile, à savoir que l'àme, quoique séparée du corps, peut subsister, et qui, d'autre part, ne veulent pas que l'àme puisse durer toujours. De ces deux points, non seulement le dernier est aisé à croire, mais il suit naturellement du premier. > — .^1. t Vos critiques sont justes, et il en est ainsi. Que penser donc de Panétius, qui se révolte contre Platon?.... Il ne rejette de toutes ses doctrines que celle sur l'immorlalité, et il appuie la négative sur deux raisons: l'une que la ressemblance qui se remanjue non seulement dans les traits, mais encore dans l'esprit, fait voir que les àmcs sont engendrées ; d'oii il conclut que les âmes sont morlellos, parce que tout être qui est produit doit être détruit, comme tout le monde en convient; — l'autre que tout ce qui peut souffrir peut aussi être malade; que tout ce qui est malade est mortel, et que par conséquent les âmes, puisqu elles peuvent soutl'rir, ne sont pas immortelles. » — (3) Heine, ibid.
fication ; c'est ce qu'on voit par la manière dont Cicérou les mentionne. Il distingue nettement Panétius des Stoïciens qui disent que les âmes existent encore un certain temps après la mort. Ceux-ci sont réfutés dans ce qui précède et il ne reste plus que deux hypotlièses possibles, celle de Platon et celle de Panétius ; la première qui reconnaît aux âmes une durée indéfinie après la mort, la seconde qui leur en refuse aucune, quelle qu'elle soit. La même conséquence apparaît clairement par les objections que Cicéron emprunte à Panétius, surtout la seconde. Ceux qui laissaient subsister l'âme jusqu'à l'embrasement du monde devaient fonder la négation de sa durée indéfinie, non sur ce fait que l'âme pouvait devenir malade et mourir, mais sur ce que l'âme ne saurait échapper au sort de l'univers (1).
Nul écrivain, dit-on, ne nous rapporte que Panétius, sur la question de l'immortalité de l'âme, se séparait des autres Stoïciens. Panétius aurait nié non pas rimmortalité temporaire, mais l'immortalité indéfinie, avec préexistence à la vie humaine. Mais Asclépius dit que Panétius affirmait que l'àme était mortelle (2). Asclépius ajoute que Panétius voulut confirmer sa doctrine par le témoignage de Platon; il prétendait que le Phédon était apocryphe. Dans ce dialogue Platon affirme nettement l'immortalité personnelle, tandis que dans ses autres écrits on peut croire qu'il a entendu l'immortalité dans le sens du retour de l'âme humaine au sein de l'âme universelle, ce qui est à peu près la doctrine stoïcienne. Ce qu'il importait à Panétius, c'était de détruire l'importance des objections qu'on pouvait tirer du Phédon. Voilà pourquoi il nia l'authenticité de ce dialogue (3).
Mais quel est l'auteur grec suivi par Cicéron ? L'idée que les premiers hommes étaient plus sages que nous appartenait aux
(I) L'opinion de M. Zeller a iU: r-epriso par M. Corsscn {de Posidonlo Rhodio, Bonn, 1878) et admise par M. Heine (préface de la 3e éd. des Tiisc, p. XIX).— (-2) Schol. Arislot., S76a, 35 tf. Hirzel, I, 23-2. M. Zeller etd'autres doutent que le Panétius dont parle Asclépius soit le fameux pliilosoplie stoïcien ; mais M. Hirzel a raison de soutenir que c'est bien lui dont il s'agit. — (3) Ce fait avait déjil été révélé par une épigramnie de Vantholofji-ii palatine (9, 358, éd. Dùbner). Cette hardiesse dans re.xégèsc ne doit pas nous