LE LIVRE I DES « TUSCUL.\>"ES
Stoïciens. On trouve l;i même opinion chez Séuèque (1), et l'on a supposé avec beaucoup de vraisemblance que ce dernier imitait ici le protrepticos de Posidonius (2). On rencontre les mêmes idées au commencement du livre V des Tusculanes, qui semble emprunté à Posidonius. C'est certainement de Posidonius que vient la phrase : « Un seul jour bien employé suivant tes préceptes (de la philosophiej est^ j3réféi;njjle à^rimjjjo^^^ passerait à commettre des fautes (3). » On retrouve la même phrase dans Sénêque (4). Dans ce passage Cicéron fait l'éloge de la philosophie, à laquelle il attribue, comme Sénêque, l'invention des arts et l'origine de la société.
On rencontre d'autres particularités qui ne peuvent être attribuées qu'à Posidonius, et qui s'éloignent beaucoup de la doctrine générale des Stoïciens. Ceux-ci faisaient venir les passions de l'âme elle-même. Ne reconnaissant qu'un principe d'action qu'ils mettaient dans l'âme, et ne séparant pas les sens de l'âme, dont ils étaient comme les instruments, les Stoïciens ne pouvaient accorder au corps le pouvoir de porter le désordre dans l'âme (5). Posidonius rejeta nettement l'opinion de Chrysippe et des autres Stoïciens. Il leur demandait pourquoi les passions grandissaient tellement qu'elles n'obéissaient plus à la raison. Pour lui, il en revint à la doctrine de Platon, et distingua dans l'âme non des parties, mais trois facultés (6). Les paroles de Cicéron (7) s'accordent bien avec cette théorie. Si les passions de l'âme se rapportent au corps de telle sorte que, par son union
étonner chez Panélius ; car, d'après le scholiaste d'Aristophane {Gren., vers •1493), il disait ((iic les vers chantés alors par le chœur ne concernaienl pas Socrate, mais un poète dramatique inconnu.
(1) Ep., 90. — {i) Bake [Posidùiiii rdifiuiœ. p. Sii). — ('i) Tusc, V, 2, 0. — (4) Ep., 78, -2S. — (3) Cont'onnénienl à cette doctrine, Panélius disait que le corps était plutôt troublé par l'ànic que l'Ame par le corps. (Tusc, I, 3-2, "9.) Aussi niait-il que l'àme séparée et délivrée du corps fût exempte de maladie; mais plaç.ant dans l'àme elle-même les causes de maladie, il faisait ce raisonnement : ce qui soutfre périt ; les âmes souffrent ; donc elles doivent périr. Cette opinion ne peut se concilier avec ce qu'on lit plus haut. {Tusc, l, 19, 44.) C'est une preuve nouvelle que Panélius n'a pas été le modèle de Cicéron. — (6) Galien, de jihicit. Hipp. et PL, p. 43-2. - (7) Tusr., 1, 19, 44.
contagieuse, il trouble l'intelligence, la séparation de l'âme d'avec le corps délivre l'intelligence de ces mouvements tumultueux.
La doctrine de Posidonius est encore éclaircie par plusieurs passages du livre I du de divinatione, qui, comme nous le montrerons plus loin, est emprunté à Posidonius (1). Le plus fort des arguments que Quintus Cicéron donne en faveur de la divination naturelle, c'est que le corps produit les erreurs et les troubles de l'âme: donc, si elle est délivrée de lui, elle prévoit l'avenir par la force divine qui est en elle (2).
Cicéron dit qu'il ne voit pas pourquoi la doctrine de Pythagore et de Platon sur l'immortalité de l'âme ne lui paraîtrait pas vraie (3). Nous apprenons par Galien (4) que Posidonius dans son livre des passions, où il attaquait Chrysippe et ses sectateurs, empruntait ses théories sur l'âme à Pyttiagore et à Platon, qu'il nommait expressément.
Cicéron n'admet pas que l'âme rei;oive une empreinte, comme la cire, et que la mémoire soit les traces de cette empreinte sur l'esprit (5). Il croit que les notions des choses sont innées et que, par conséquent, l'âme existe avant la naissance de l'homme. Le résumé de cet argument est: Comme les âmes ne naissent pas, elles ne meurent pas non plus. Or, Panétius disait que les âmes naissent et que, par suite, elles sont mortelles (6). Les Stoïciens postérieurs durent réfuter cet argument, ou se ranger à l'opinion de Panétius. Nous apprenons par Lactance (7) que les Pythagoriciens et les Stoïciens, de peur qu'on ne dit que l'âme mourait avec le corps, puisqu'elle naissait avec lui, prétendirent que lesàmesneprenaientpasnaissance, mais que plutôt elles entraient dans les corps. Cette doctrine est contraire au sentiment primitif du Portique; mais- les Stoïciens postérieurs, pour sauver l'immortalité de l'âme, s'adressèrent sans doute à Pythagore et à Platon, comme nous avons vu plus haut que fit Posidonius. Ainsi Sénèque, en beaucoup d'endroits,
(t) Cf. de dwinat., I, §§ S3 ; l"io-131. — (-2) De dirinnt., I, 30, 63. (3) Tusc, 1,21, 49. — (4) Galion, liîrf., p. 401.— (3) I, io, 61. — ((3)1, 79. — (7) Dw. instit., 111, fS.