‹ Essai sur les traités philosophiques de Cicéron et leurs sources grecquesChapitre 25 sur 70 · LE LIVRE I DES « TUSCULA>"ES · texte numérisé non relu

LE LIVRE I DES « TUSCULA>"ES

parle de l'àme comme si elle ne naissait pas avec le corps; il dit qu'elle est descendue du ciel et qu'elle doit y retourner. Or nous savons que parmi les auteurs qu'avait lus Sénèque était surtout Posidonius, qu'il compte parmi ceux qui ont le plus fait pour la philosophie (1), et qu'il met de pair avec les plus illustres Stoïciens (2).

Nous trouvons ensuite (3) plutôt « une déclamation de vieillard», pour employer le terme même de Cicéron (4), qu'une argumentation de philosophe. (Le langage de Cicéron est parfois contradictoire. Ainsi il prétend que « l'àme n'est pas un mélange et un composé, qu'elle n'est rien qui vienne de la terre, de l'eau, de l'air ou du feu » (.5), oubliant qu'il a dit que l'àme paraissait formée d'air subtil et de feu (6), et, ailleurs (7), qu'il ne savait si l'âme était un souffle ou du feu.i

■ Plus loin (8), on recoimait des idées empruntées à Platon, entre autres cette maxime qu'il met dans la bouche deSocrate: Toute la vie des philosophes est une méditation de la mort. Il semble que, pour toute cette partie, Cicéron se soit inspiré de Platon, mais sans pénétrer toute la subtilité de sa doctrine. Aussi bien son langage et sa façon de traiter le sujet indiquent qu'il subit ici l'influence des idées stoïciennes (9).

Nous croyons que Cicéron s'est servi jusqu'à présent d'an livre de Posidonius; mais quel est ce li vre?On ne saurait guère le dire ; car nous ne possédons plus la liste des ouvrages du philosophe grec. Peut-être est-ce le r-tp: à'^^yr,;, que mentionne Eustathe (10). Ce qui le ferait croire, c'est que Cicéron, sans traiter certaines

(i) Ep., 90, 20. — (-2) Ep., 33, 4; 104, 2-2 : 108, 38. — (3) Titsc, I, §§ 6-2-71.— (4) 1, 4,7. — (3) I, 27, 66. - (6) I, 19, 43. — (7) I, 23, 60. — (8) ii 71-73. — (9) Ainsi il dit (§ 74) que lo Dieu qui règne en nous nous défend de sortir de la vie sans son ordre. L'expression t doiiiiiiiuis ille in nobis Deux » rappelle la lettre 41 de Sénèque, qui prétend qu'i un esprit sacré habite en nous, que Dieu est près de nous, qu'il est en nous «. Ce Dieu n'est autre que le Sœ;'u.cov iv aCiToè; de Posidonius, ou la raison humaine se conformant h la loi delà nature. Cicéron pouvait avoir trouvé dans Posidonius les idées platoniciennes qu'il exprime ; car Posidonius avait beaucoup emprunté au Flv'don. — (10) Comment, sur Hom., p. 910, éd. de Rome..

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questions qui ont rapport ;'i l'àine, les mentionne cependant, de telle sorte qu'il parait en avoir lu plus long dans son modèle grec (ï). Quoi qu'il en soit, on ne connaît pas du tout quel était le caractère du traité sur rame de Posidonius. et l'on ne saurait dire que ce soit de cet ouvrage que Cicérou s'est inspiré. Ce qu'on peut, seulement affirmer, c'est qu'il s'est servi d'un livre de Posidonius.

Dans la dernière partie du livre I des Tusci'lanes (2), Cicérou dit qu'il ne fautpas non plus craindre la mort dans le cas où l'âme j)érirait avec le corps. Il s'appuie surtout sur l'argument déjà exposé au commencement du livre, que les morts n'étant plus rien ne sont pas malheureux, et que, n'ayant plus le sentiment, ils n'éprouvent pas le besoin des avantages de la vie dont ils sont privés. Ce raisonnement, commun à beaucoup de philosophes, était surtout employé par les Épicuriens (3). Presque toutes les idées de Cicérou paraissent ici empruntées au livre de Crantor -tp: 7:îv6îjç. Cicéron mentionne plusieurs fois cet ouvrage et Plutarque dit qu'il s'en est lui-même servi dans la Consolation à Apollonius. On ne peut guère douter qu'ils doivent tous deux au -ty. r.h^o-i^ non seulement les passages qu'ils avouent avoir pris à Crantor, mais encore les exemples et les arguments qui se trouven t à la fois dans les deux écrits (4). U'M.iiQwvàQYAxiochus, dialogue qu'on attribue à Platon, semble s'être également servi de Crantor. Il raconte, comme Cicéron et Plutarque, la fable de Trophonius et d'Agamède. On trouve aussi un passage analogue dans la première TusciUane et dans VAxiochus (5).

(1) Ainsi « l'ànie, dit CicOron (§ 67), ne voit pas, ce qui est très peu de chose, comment elle est faite. — Peut-être le voit-elle, ajoute-t-il; mais laissons cela ». Et plus loin {§ 70) : « Oi'i donc est l'âme ? dans la tète, je crois, et je pourrais en donner des preuves ; mais nous examinerons ailleurs quel est le siège de l'âme. » — ("2) I, c. 34, sq. — (3) Diog. Laert.,X, !-24; Scxlus Emp., Hijpoth., IH. -li'ô. — "(4) Voir chez .M. Heine (3" éd. des Tusc, introd., p. xix.) les passages communs à Cicéron et à Plutarque. — (3) Tasc, I, 37, 90: t Si l'on voulait bien comprendre, ce qui est plus clair que le jour, qu'après la destruction de l'àme et du corps l'animal est si partaiteuient anéanti que dès lors il n'est absolument rien,

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