‹ Essai sur les traités philosophiques de Cicéron et leurs sources grecquesChapitre 28 sur 70 · LE LIVRE II DES «'TUSCUL.VNES · texte numérisé non relu

LE LIVRE II DES «'TUSCUL.VNES

philosophes grecs des préceptes et des exemples pour traiter la question qui est l'objet de la seconde Tusculane.

Les trois premiers chapitres du livre II des Tusci'Aanes sont remplis par des considérations sur la philosophie (1). Cicéron reproduit peut-être ici quelques-unes des idées exprimées dans l'Horlensius. Cicéron aborde ensuite son sujet, qui est les moyens de supporter la douleur. Mais ce n'est qu'au chapitre 6 qu'il commence de traiter véritablement la question. Il appelle efféminée et énervée l'opinion d'Aristippe adoptée parÉpicure, suivant laquelle la douleur serait le plus grand des maux. Il se moque d'Épicure qui dit que, même dans le taureau de Pérille, le sage s'écriera : « Que ceci est agréable ! que j'en suis peu ému ! » (2)

Nous trouvons ensuite plusieurs citations ; d'abord six vers du Phûoctète d'Accius. Les deux premiers sont également dans le livre II du de finibus (3). Viennent ensuite deux fragments considérables ; le premier est emprunté aux Trachiniennes de Sophocle, le second au Prométhée d'Eschyle. Ce sont probablement des traductions faites par Cicéron dans sa jeunesse. Les philosophes grecs, excepté Chrysippe, n'avaient pas de si longues citations, et Chrysippe, dont le langage était si épineux, ne saurait avoir été le modèle de Cicéron.

Cicéron ne paraît pas s'inspirer du Portique ; car il critique la doctrine stoïcienne sur' la douleur (4). Il semble s'éloigner d'autant plus des Stoïciens qu'il ajoute (5) : « Je trouve plus raisonnable d'avouer qu'il faut mettre au rang des maux tout

(1) M. Zietzschmanii(da Tusc. disputât, fontibus, Halle, 1868) a étudié les sources de la seconde et de la cinquième Titsculanes. — (-2) Tmc., II, 7, 18. — (3) 29, M. — (4) Tusc, 11, 1-2, -29. « Parmi les Stoïciens, dit-il, on a recours à de petites subtilités pour prouver que la douleur n'est pas un mal : comme s'il était question du mot et non de la chose. Zenon, pourquoi me tromper? Vous m'assurez que ce qui me parait horrible n'est point un mal. Et moi, curieux de savoir par quelle raison, je vous le demande. « Parce « que, dites-vous, rien n'est un nialq^ue ce qui déshonore, ce qui est un vice, b Réponse pitoyable, et qui ne tait pas que je ne souffre point. Je sais que la douleur n'est pas un crime; cessez de vouloir me l'apprendre; mais prouvezmoi qu'il m'est indifférent de souffrir ou de ne pas souffrir. » — (3; Tusc, II, il!, 30.

ce qu'abliorre la nature, et au nuig des biens tout ce qu'elle désire. » C'est ici une doctrine tout à fait contraire à celle des Stoïciens, qui refusaient de compter parmi les biens l'objet des désirs naturels, parce qu'ils ne reconnaissaient d'autre bien ( que le bien moral. Mais peut-être la critique de Cicéron ne ( s'adresse-t-elle qu'aux Stoïciens primitifs.

Nous lisons ensuite cette maxime stoïcienne : < Si vous peruî'-dez une seule des vertus, ou, pour parler plus juste, puisqu'on ne saurait perdre la vertu, si vous avouez qu'il vous en manque une seule, sachez qu'elles vous manquent toutes. » Telle était en particulier l'opinion de Panétius : suivant une élégante comparaison, que nous a conservée Stobée (1), Panétius regardait les vertus comme placées les unes à côté des autres sur le point de mire d'un archer.

Dans les chapitres suivants Cicéron semble parler en son propre nom ; mais il ne faut pas trop se fier à cette apparence. Les Stoïciens récents, comme Panétius et Posidonius, ne négligeaient pas leur style et l'ornaient de traits historiques. Tous les exemples cités par Cicéron sont grecs, :i l'exception de deux empruntés à l'histoire romaine et à la vie commune. Ce qui ferait croire aussi que Cicéron ne cesse pas d'avoir sous les yeux un ouvrage grec, c'est qu'il accuse de pauvreté la langue grecque, parce qu'elle n'a qu'un seul mot pour rendre « dolere et lahorare. » Cependant^" àXvîTv et -îveïv paraissent répondre exactement aux deux mots latins, de même qu'à labor et dolor correspondent tîvcç et à^>Y'? (2)-

Plus loin Cicéron parait revenir aux arguments philosophiques. « Rechercher, dit-il, si la douleur est un mal, c'est l'aft'aire des Stoïciens, qui veulent nous prouver la négative par de petits arguments entortillés, où il n'y a rien de palpable. Pour moi, je ne pense pas que la douleur soit ce qu'on

(1) Ed. eth., 112, Heer. — (2) Cicéron semble être tombé dans celte erreur, parce qu'il a lu dans son modèle grec o'.Xojtôvouç, qu'il a cru ne pouvoir rendre que par « stiuUo^ox vel potins awaiites doloris », lorsque la véritable tradvction était « iiuluntrius • ou < labor in.fns >, le premier et le dernier mot de la phrase de r.icrron (Ttw: , II., 15, 35).

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