LE LIVRE II DES « TUSCULA>"ES
croit : il me semble qu'on se laisse trop émouvoir par la vision et l'apparence mensongère de la douleur, et je soutiens qu'il est possible à qui le voudra de sup,poi-ter- quelque douleur que ce soit. » (1) La première phrase de ce passage semble s'adresser aux Stoïciens rigides. Mais le reste convient très bien aux Stoïciens modérés comme Panétius. Cicéron veut désigner les Stoïciens, lorsque, après avoir réfuté la doctrine d'Épicure sur la douleur, il ajoute : « Adressons-nous donc ailleurs, et donnons, comme il est juste, la préférence à ceux qui regardent "^ "^^ l'honnête comme le souverain bien et le honteux comme le souverain mal. j> On pourrait aussi entendre par là Tes Péripatéticiens; mais Cicéron ajoute : «Vous n'oserez en leur présence vous plaindre, vous agiter, » ce qui ne peut guère se rapporter qu'aux Stoïciens.
Le chapitre 21 commence par cette phrase : i Notre âme se s, H' divise en deux parties, l'une raisonnable, l'autre privée de raison. » Cette division rappelle la doctrine platonicienne. Mais un peu plus loin, Cicéron parle de « cette maitresse, cette reine absolue, la raison qui, par les efforts qu'elle a d'elle-même le pouvoir de faire, se perfectionne et devient la suprême vertu. » - On reconnaît ici la théorie stoïcienne du perfectionnement. t:5oxî-iî^ du sage. Dès lors jusqu'à la fin du livro nous trouvons de nombreuses idées stoïciennes (2).
(l) Tusc, II, 18, 42. — (2) Ainsi nous lisons II, '2-2, 51 : « Venons au sage. On n'en a point encore vu de parfait; mais les philosophes nous donnent l'idée de ce qu'il doit être, supposé qu'il y en ait jamais quelqu'un. > C'était une doctrine stoïcienne que personne n'avait jamais été complètement sage. (Cf. Sénèciue, de tranqail. iiiiimi, 7, 4; ep., 42^ ; de consl. sapieiit., 7.) — Plus loin ("22, oo) Cicéron dit : t Ne voyez-vous pas que l'opinion a plus de part dans nos souffrances que la réalité », ce qui est une maxime toute stoïcienne. Il en est de même des conseils qu'il nous donne de comprimer la colère et la passion (24, 38). Ces préceptes ne peuvent être empruntés qu'à un Stoïcien ; car les Pér U patéticieiis prescrivaient de régler les passions et non de les anéantir. — Le dernier chapitre contient une exhortation à la patience et à l'égalité d'àme qu'on doit montrer en tout temps. Ceci rappelle pluiieurs passages du de nflii-tis (1, g§ 69, 90, III, 1211) où Cicéron, après Panélius et les Stoïciens, nous dit qu'il faut avoir toujours le même air et le même visage, et qu'il n'y
L'analyse de la seconde Tusculane nous a fait reconnaître dans ce livre la doctrine générale des Stoïciens, du moins des Stoïciens modérés, Panétius et Posidonius, qui avaient adouci la rudesse primitive du Portique, pour l'accommoder aux exigences de la société romaine. On est donc conduit à supposer que le modèle de Cicéron a été ici Panétius, qui avait écrit sur Ue même sujet, les moyens de supporter la douleur, une lettre à 'Tubéron. Cette conjecture est confirmée par un grand nombre de passages semblables qui se trouvent dans le livre II des Tusculanes et celui du de ftnibits, probablement imité de Panétius (1).
Mais on a soutenu que c'était d'Antiochus, et non de Panétius, que Cicéron s'était inspiré {'2). — Cicéron reproche à Zenon de dire des niaiseries, en professant que la douleur n'est pas un mal ; non que Cicéron prétende qu'elleestunmalau même titre que la méchanceté ; mais il veut c^u'elle soit pénible, difficile à supporter, contraire à la nature. Panétius, dit-on, n'aurait pas eu de peine à lui accorder tout cela. Seulement jamais un philosophe stoïcien n'aurait osé porter sur Zenon, le fondateur du Portique, un jugement pareil à celui qu'exprime Cicéron. — Mais les Stoïciens n'avaient pas pour leur maître la même vénération que les Épicuriens. Il n'est pas extraordinaire de voir les nouveaux Stoïciens critiquer les anciens ; ainsi Posidonius réfutait point par point la théorie de Chrysippe sur les passions (3). De plus,
a riea de plus beau que de se montrer toujours égal dans (eut lo cours de sa vie et dans chacune de ses actions. Cicéron termine en disant : f Si la douleur envient à un tel excès que vous ne puissiez pas la supporter, vous voyez oii vous devez chorcher un refuge. » Ce refuge, c'est la mort, que conseillaient les Stoïciens pour éeliapper aux douleurs incurables et aux coups de la fortune.
(1) Voir l'indication de ces passages dans .AIM. Zietzschmann et Hartfelder (de Cicérone, etc., p. 44). — ('2) M. Hartfelder. — (3) Dire qu'il n'y a pas d'autre exemple d'un fait pareil chez les Stoïciens, et que, dans le cas cité, c'est Chrysippe qui est crilic|ué et non Zenon, semble insuffisant. Il était tout aussi hardi de critiquer Chrysippe, sans lequel le Porti(iue n'eut pas existé, que Zenon, son fondateur; de plus, Panétius n'avait pas craint, comme on peut le voir par le de officiis, de condamner absolument la manière de vivre des Cyniques. Zenon, au contraire, sesouve-