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dans tout le passage cité plus haut, il n'y a qu'un mot un peu vif. lorsque Cicéron dit à Zenon que sa réponse est pitoyable, et qu'elle ne fait- pa.s qu'il ne souffre point. Enfin Cicéron n'a probablement pas trafluitmot à mot sou modèle, et il peut très bien ne devoir qu'à lui-même cette réponse.
Cicéron, après avoir critiqué Zenon, ajoute : « Je trouve beaucoup plus raisonnable d'avouer qu'il faïit mettre au rang des maux tout ce qu'abhorre la nature, et au rang des biens tout ce qu'elle désire. » Ce serait ici la doctrine d'Antiochus plusieurs lois exposée (1): tout animal à peine né recherche ce qui est conforme à sa nature, et rejette ce qui lui est contraire ; c"est de cette faron qu'on connaît le bien et le mal. — Mais Topinion que préférait Cicéron convenait parfaitement à la doctrine et à l'esprit de Panétius, surtout dans une lettre où il n'avait dit nulle part que la douleur n'était pas un mal. Il atteignait ainsi le but qu'il s'était proposé et qui était de concilier la doctrine stoïcienne avec celle des anciens Académiciens et des Péripatéticiens. Cette opinion est confirmée par la définition qu'il donnait du bien, et que nous a conservée Clément d'Alexandrie : « Panétius taisait consister le souveram bien à • vivre d'après les principes naturels (2). >
Nous trouvons, au milieu d'un raisonnement tout stoïcien, une opinion particulière à Panétius. « Si vous perdez une seule vertu, dit Cicéron, ou. pour parler plus juste, car la vertu ne peut se perdre, si vous avouez qu'il vous en manque une* seule, sachez qu'elles vous manquent toutes (3) ». Seule la philosophie stoïcienne soutenait que la vertu ne pouvait se perdre. Telle était du moins l'opinion de Cléanthe, adoptée par Panétius et Posidonius, tandis que Chrysippe, dont Antiochus reproduit souvent la doctrine, était d'un avis contraire.
Toutefois on peut faire encore quelques objections. Cicéron
nanl qu'il avait élc disciple de Cratès, cl (jue la philosophie stoïcienne était sortie de rticole cynique, avait évité de se prononcer contre cette dernière. Cette réserve avait été imitée par les partisans de la pure doctrine du Porlique ; car on la retrouve dans le livre III du Je finihus ('20, 68).
(I) Df lin., IV, 10, 23; V, 9, ii ; 10, -28, elc. — (2) Stromales, II, p. 416, B.— (3) Ttti.:., 11, 14, 3-2.
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passe en revue les quatre vertus fondamentales : prudence, tempérance, justice et courage (l).Mais Diogène de Laerte dit que Posidonius comptait quatre vertus, Panétius seulement deu.x : la vertu contemplative et la vertu active (2). N'est-ce point i(-i une différence avec le passage de Cicéron ? — La contradiction n'est qu'apparente. Panétius pouvait très bien adopter la division d'Aristote en deux vertus principales, puis, en même temps, la division plus commune et plus usitée en quatre vertus. Panétius ne s'en est sans doute pas tenu à la division d'Aristote ; il a dit quelles vertus rentraient dans chacune de ces grandes classes. Posidonius, qui adoptait la division en quatre vertus, a dû se conformer sur ce point à la doctrine de son maître. Cette division se trouve dans le de officiis. On sait que les deux premiers livres de cet ouvrage sont empruntés à Panétius, et que, si sur un point aussi grave que la division des vertus Cicéron s'était séparé de son modèle, il n'aurait pas manqué de nous le dire.
Nous lisons plus loin : « L'àme se divise en deux parties, dont l'une est douée de raison, l'autre en est privée (3). » A s'en tenir à l'opinion vulgaire, ce principe est tout à fait en désaccord avec la doctrine de Panétius, qui, suivant Tertullien, distinguait six parties de l'àme (4). — Mais, de même que Panétius avait pu adopter à la fois la division d'Aristote en deux vertus principales et la division ordinaire eu quatre vertus, ne pouvait-il aussi avoir séparé l'âme en partie raisonnable et en partie privée de raison, et en même temps en six parties, à savoir la raison et les cinq sens ? La première division se trouve fréquemment dans le de of/iciis, d'où l'on peut conclure qu'elle n'était pas étrangère à Panétius.
Panétius conseillait à Tubéron, peut-être au commencement de la lettre qu'il lui écrivit sur les moyens de guérir le chagrin, d'apprendre par cœur le petit livre inestimable de Crantor sur le deuil (5). En traitant le même sujet Panétius s'était probablement inspiré de l'opuscule de Crantor. 'Mais l'auteur de la Con-
(1) II, 1;î, 31, sq. — (-2) VII, 9-2. — (:;) r».<c., II -21, ',7. - (4) De aiiinm, ch. U. —(0) Acad., H, 44, 135.
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solation à Appollonius en a fait autant. Donc si le livre U des Tusculanes est réellement imité de la lettre de Panétius à Tubéron. nous devons y trouver certains passages qui ont leurs analogues dans Plutarque. C'est en effet ce qui existe (1).
On pourrait prétendre que la lettre de Panétius à Tubéron n'était pas assez étendue pour servir de modHe à Cicéron. Mais la seconde Tusculane est la plus courte de toutes. Si l'on retranche les citations des poètes, et surtout les deux longs morceaux empruntés à Eschyle et à Sophocle, on verra qu'elle se réduit à un petit nombre de pages. D'ailleurs il ne faut pas se représenter la lettre de Panétius à Tubéron sur le modèle de celles de Cicéron à Atticus. C'était l'habitude des philosophes grecs d'écrire à leurs amis ou à leurs disciples des lettres où ils développaient, sous une forme populaire, certaines parties de leur doctrine. Ainsi Épicure e.xpose sa physique dans la lettre à Hérodote, sa théorie des météores dans celle à Pythoclès et i sa morale dans celle à Ménécée. Ces lettres, surtout les deux premières, sont assez considérables. La seconde Tusculane. si l'on omet les citations, ne dépasse guère en étendue certaines lettres de Sénèque à Lucilius. Ce peu. d'étendue est même une raison nouvelle de croire que la seconde Tcsc^/ane est empruntée à la lettre de Panétius à Tubéron (2). Le modèle de Cicéron pour le livre II des T usculanes parait donc avoir été non Antiochus. mais Panétius.
Mais il ne faut pas oublier que c'est ici une simple conjecture.
(1) Plutari[uc (rli. 'ii) dit qu'il faut considérer l'exciniile de ceux qui ont supporté avec courage la mort de leurs tiis; Cicéron nous donne un conseil semblable (-2"2, b2). — Plutar([ue (eh. ;!7) blùme l'inconséquence et la lâcheté (le plusieurs philosophes; Cicéron fait de même (eh. -Ti). — Plutarque nous avertit de ne pas nous lamenter sans mesure comme des femmes ; Cicéron nous adresse une recommandation analogue (.5§ o0-31). Plutarque (ch. 2-2) dit i(ue c'est le propre d'une àme efféminée et sans courage ne s'abandonner au chagrin, auquel les femmes sont plus portées que les hommes, les barbares que les femmes. Ensuite il raconte comment les diÔ'ércnls peuples supportent te chagrin; il nomme entre autres les Celtes, qui sont remplacés chez Cicéroa parles Celtibi'Tiens et les Cimbres, plus connus des Romains. — (■2) Celte opinion est celle de M.M. Zietzschmann et Zeller.
Cicéroa développe plutôt en orateur qu'en philosophe la pensée qu'il ne faut pas craindre la douleur, et il n'indique nulle part de quel auteur il s'est inspiré. De plus il avait déjà traité en partie le même sujet dans la Consolation ; il lui suffisait donc de se reporter aux idées qu"il avait exprimées alors. Il n'est pas douteux qu'il avait lu la lettre dePanétius àTubéronsur les moyens de supporter la douleur, et il en avait certainement conservé des souvenirs. Mais ces souvenirs s'étaient sans doute confondus avec tous ceux qu'il avait puisés dans d'autres ouvrages analogues. De là l'allure plus libre qu'on remarque dans la seconde Tusculane. Cicéron possède bien son sujet ;-il blâme les exagérations de toutes les écoles, celle d'Épicure comme celle de Zenon, et il donne à ses pensées un tour et une ampleur tout oratoires.
Les livres 131, IV et V «les « Tusciilnnes ».
Le livre III des Tiisrulanei, sur la tristesse, est inspiré surtout flu nîp\ -zHwt de Chrysippe. — Le livre IV, sur les moyens de guérii- les passions. Inexactitudes de Cicéron. Crilique des Péripatéticiens. Le livre IV est, comme le livre III, inspiré de Chrysippe. Pourquoi les Stoïciens voulaient détruire les passions. — Le livre V : la vertu suffit au bonheur. Le commencement du livre vient de Posidonius, la tin d'un Épicurien récent, probablement Zenon. Brulus et la thèse soutenue dans la cinquième Tusculane. — Les Tusculanes ne sont pas imitées d'un seul auteur grec, Posidonius ou Philon. Caractère général des Tuscuhnes.