LE LIVRE III DES » TUSCULANES
La troisième Tusculane n'est guère différente de la seconde : elle indique les moyens de supporter, non plus la douleur, mais la tristesse, ou la douleur morale. Cicéron pouvait ici s'abandonner à sa propre inspiration. Il n'était pas obligé, comme dans les sujets difficiles et purement techniques, de s'attacher étroitement à un modèle grec.
On voit, en lisant le livre III des Tus^yiilanes. que Cicéron expose des idées empruntées à différents philosophes. Il n'avait pas eu besoin de recourir spécialement à leurs livres ponrle cas présent, et il peut rapporter leurs opinions de mémoire. Aussi bien il avait traité précédemment un sujet analogue dans sa Consolation. Alors il s'était principalement inspiré du t.=.z\ 7:£-/Q:j;de Crantor. Dans le livre III des Tusculanes il cite aussi ce philosophe. Mais l'ouvnigedont il semble s'être surtout servi est le T.îp: r.xK)-/ de Chrysippe (1). Cet écrit avait qiuitre livres ;
(I) Heine, introd. à la o^ éd. des Tusc, p. X.\I ; Kiihner, prolégoiii. à l'éd. des Tusc, p. 7.
les trois premiers traitaient de l'essence des passions et de leurs dittërentes espèces et s'appelaient "Asv.y.â; le quatrième, 0Epa-îJT'.-/.;v ou rfi'.y.i't, indiquait les moyens de guérir les passions.
Dès l'introduction du livre III, on lit une comparaison de la philosophie avec la médecine qui rappelle des pensées de Chrysippe (1). Plus loin nous trouvons encore des idées empruntées à Chrysippe (2). Celui-ci enseignait que, si l'homme pouvait se développer conformément à la nature, sans action extérieure qui vint le troidîler, il arriverait de lui-même à la vertu parfaite. Cette opinion est vivement combattue par Galien (3). L'idée que, suivant la croyance du peuple romain, les passions étaient des maladies de l'àme, semble aussi exposée d'après un modèle stoïcien. « D'abord, dit Cicéron, discutons si vous voulez bien, à la manière des Stoïciens qui se plaisent ù serrer leurs raisonnements; ensuite je çie donnerai carrière, suivant ma coutume (4). » Ainsi il commencerait par s'attacher étroitement aux Stoïciens, comme on le voit en rapprochant le livre III des Tusculanes (5) et Stobée (6). Cela ne veut pas dire que plus tard Cicéron abandonne les Stoïciens. En effet Chrysippe reste toujours sa source principale. Il le cite plusieurs fois (7). La division des passions (8) est empruntée à Chrysippe, comme on le voit par Stobée (9), et par Diogène de Laerte (10). Les vers d'Euripide que nous trouvons dans la troisième Tn.yculane (11) viennent aussi de Chrysippe, comme le montre Galien (12). De même le mot d'Anaxagore qui, en apprenant la mort de son Jils, répondit : « Je savais que j'avais engendré un mortel (13). » Tout ce qui est dit de l'opinion des Cyrénaïques appartient à Chrysippe (14). De même pour Iapreuv;e que__le chagrin repose sur une jmagination volontaire, quoiqu'ici Chrysippe ne soit pas expressément nommé (1.5).
(I) Galien, p «7. — [■!) Tmc, III, 1, i — (") P. 460. - (4) Tii.&<:., III, 6, 13. — (5) Ibid.. m, 8, n. — (6) Ed. elh., p. II-2. — (7) Tasc, 111, g§ 3-2, S9, 61. - (8) Ibid., 11, 24. — (9; Ed. eth., p. 174.— (10) VII. 111. - (II) §§ 29, 59, 67. — (12) P. 418. — (1.3) Tukc, III, 14, 30.— (14) Tmc, m, 22, 32. Galien, p. 283. — (13) Cf. Tusc, IIl, 28, 68; Galien, p. 417.