‹ Essai sur les traités philosophiques de Cicéron et leurs sources grecquesChapitre 32 sur 70 · LE LIVRE III DES « TUSCCLANES · texte numérisé non relu

LE LIVRE III DES « TUSCCLANES

Cicéron critique (1) les Epicuriens, parce qu'ils combattaient' J le moyen de se consoler indiqué par les Cyréaaïques. Ce moyen"} consistait à s'attendre toujours à tous les malheurs possibles,^ en vertu deTaT maxime que s tout ce qui est soudain est plusN violent, » maxime dont Chrysippe avait reconnu la justesse. Les passages des tragiques grecs cités dans toute cette partie paraissent empruntés à Chrysippe. On admet l'efficacité de la consolation recommandée par les Épicuriens, qui conseillaient de rappeler aux attiigés les agréments de la vie ; mais c'est à condition qu'Épicure reconnaisse les mêmes agréments que les Sto'iciens. Cicéron. dans cette critique d'Épicure, montre plus de liberté que dans le reste du livre: on y retrouve des

pensées déjà exprimées dans le Ijvje II du de p.tiibus. Le court

exposé de la théorie péripatéticienne sur le chagrin (2) appartient certainement à Clirysippe. La conclusion, dans laquelle Cicéron montre que la doctrine des Péripatéticiens et des Épicuriens offre aussi la possibilité de guérir le chagrin, présente souvent des pensées analogues à celles qu'on trouve dans le livre IV (3) : dans tous les cas elle est empruntée au livre IV du -iy. -aOwv de Chrysippe. Cicéron indique, à la fin du livre III des Tusculanes, les divers moyens de consolation proposés par les différents philosophes. Chrysippe suivait la même lîîéthode.

Mais Cicéron n'a pas fait des emprunts au seul Chrysippe. Il cite la Consolation que Clitomaque avait envoyée aux Carthaginois, ses compatriotes, après la destruction de Carthage (4); il rappelle des pensées de Crantor (-5); il nomme aussi Antiochus (6). Mais les citations qu'il fait d'Antiochus, Crantor, Clitomaque et autres philosophes sont isolées et n'indiquent pas une lecture immédiate de leurs ouvrages (7). Au'contraire, les nombreuses traces qu'on trouve des opinions de Chrysippe ne

(1) Tu.^c, 111, §§ 28-oi. - fi) Tmc, III, |§ TI-7-i. - (3) Cf. 111, 33, 79, et IV, 28, 60; 111, 31, 7(5, et IV, 29, 63.— (4) III, 24, 54. — (5) III. §§ 12 et 71. — (6) III, 27, 59. - (7) On sait qu'après la mort de Tiillie, CiiXTon avait lu^ dans la liibliothèriue d'Alticus, tous les écrits qu'il avait trouvés sur les movens d'adoucir le cliaiîrin.

peuvent s"expli(iiier qu'en disant que Cicéron avait son traité sous les yeux.

Le livre IV.

La quatrième Tu.sculane examine les moyens de guérir les passions. Les Stoïciens avaient surtout étudié les passions et la manière de les combattre ; car ils les regardaient comme des causes de trouble et de, souffrance pour l'àme.

On peut divi.ser le livre IV des Tusculanes en trois parties ; dans la première Cicéron expose rapidement la doctrine des Stoïciens sur les passions et sur les maladies de lame (1); dans la seconde il critique les Péripatéticiens ("2), et dans la dernière il indique les remèdes aux passions proposés par les différents philosophes (3).

Cicéron annonce, au commencement de la première partie, qu'il suivra la description de Pythagore et de Platon, qui partagent 1 ame en deux parties, l'une raisonnable, l'autre sans raison, et qui placent les passions dans la partie privée de raison. Nous avons vu, dans la première Tusculare, que Cicéron, pour la doctrine de l'immortalité de l'âme, s'était inspiré de Posidonius; celui-ci, abandonnant les idées de son maître Panétius et des anciens Stoïciens, en était revenu à Pythagore et k. Platon. Nous trouvons ici quelque chose d'analogue. Mais, en examinant les définitions que Cicéron donne ensuite des passions, on reconnaît qu'elles sont toutes empruntées aux anciens Stoïciens, qui regardaient les passions corame desJugements, et, par sidte, les plaçaient dans la partie raisonnable de l'àme. Cicéron dit lui-même qu'il reproduit les définitions de Zenon et de Chrysippe; en effet parmi ces définitions il en est beau-' coup qui sont rapportées à ces philosophes par Diogène de Laerte et Stobée. On retrouve dans l'abrégé attribué à Andronicus de Rhodes les définitions données par Cicéron. Celui-ci s'est donc servi de cet abrégé ou du ^rsp'i ■zx'bw) de Chrysippe. Des fragments de ce dernier ouvrage sont cités par Galien, et répondent à certains passages de Cicéron (4).

(1) Tusc, c. 4-13. - (-2) C. lri--27.— (3) C. ^27-30. - (4) Cf. Heine (3e éd. des Tusc, inlrod., p. XXlIij.

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