‹ Essai sur les traités philosophiques de Cicéron et leurs sources grecquesChapitre 33 sur 70 · LE LIVRE IV DES « ÏUSCULANKS · texte numérisé non relu

LE LIVRE IV DES « ÏUSCULANKS

Dans la division des passions, Cicéron s'accorde d ordinaire avec Diogène de Laerte, Stobée et Andronicus ; mais lorsqu'il ne trouve pas de mots latins qui correspondent aux mots grecs, il omet certaines passions particulières; ou bien, au contraire, pour que la langue grecque ne paraisse pas plus riciie que la langue latine, il en ajoute, qu'il définit un peu négligemment, et plutôt d'après son caprice que d'après l'usage (1).

La plus grande difficulté, c'est lorsque Cicéron parle des mo7^M, des œgrotationes, des vitia et des proclivitates. La faute est ici à lui et aux Stoïciens. Ciirysippe s'était trop occupé de rapproclier les maladies du corps et celles de l'àme. et il était tombé dans des arguties (2); Cicéron n'avait pas compris Chrysippe ; de plus, il donna une mauvaise disposition à son sujet. Ainsi, après avoir parlé du ?norbus et de Yœcjrotaf.io, et les avoir comparés entre eux (3), il dit qu'il va passer à leur comparaison, ce qui est fait. Enfin il ne se sert pas de dénominations fixes et appliquées à un seul objet. Il oppose Vcegyotatio au morbus (4), et il définit Vœgrotalio (5) comme les

(I) Ainsi, parmi les passions qui dépendent du chagrin, Cicéron nomme d'abord 1m mOmes que les philosophes grecs (Cf. 8, IT; Stobée, Ed., H •ISO; Diog., VII, III), et il ajoute wr(iw»ow ou (ruritmlinem Jnboriolam, dolorem ou œgritmUnem crwianlem, molextiam ou œijrUudinem permanmtern, détînition qui n'est ni claire ni conforme à i'élymologiû et à rusarre De même parmi les espèces de metus il compte timorem qu'il définit metlm mali appropinq%uintis, oubliant que melns, dans la doctrine des Stoïciens se rappoite toujours à un mal prochain (Cf. 1, 14). Dans ce même passage il appelle conturbntionem une espèce do metus, tandis que, dans d'autres endroits (10, 2-2; Top., 12, .S2), il emploie (•onJiir-&ano dans le même sens que perturbatio. Entin il définit formidinem • metmi permanentem., quoique ce mot paraisse plutôt signifier une crainte excessive qui paralyse '(Cf Barrault, SymiMjmis latins, p. G47). Parmi les espèces de vutuptns, les Grecs définissaient la zr-Xr;,;./ . ;;oovi;v ?y.'ô,-.'^; xaTx/.^'Xo-j«v . ; Cicéron' donne un sens trop restreint au mot correspondant delectatio, en l'appelant . voliiptalem smvitate auditiis animum delenientem .. De même i! s'est laissé tromper par les Stoïciens, qui définissaient le -o'Oov « s:T'.9u;ji.;av 7.2t'£=wtï Toù ô-ovTo; ., et il appelle le desidxrium . libidinem ejus qui' nondum adsit videndi .. Desiderium c'est proprement le regret des choses dont on jouissait et qu'on ne possède plus. — (2) Tusc, IV, lO, ii. Galien. p. 4:î2 et 437. — |3) Tiisc, IV, ch. 10. — (4) Tn.«c., IV, 10, 23 et 13 "9 ",h\ Ibid.,'ll, 26. '" ■ ^ '

150 riIAPITRE VI.

Grecs faisaient le morius. Plus loin il appelle les proclivitaies « œgrotationes (1). » De plus, son langage est souvent très négligé ("2).

Jusqua présent Cicéron a peut-être abrégé ce qui se trouvait dans les ouvrages des Stoïciens ; mais il n'est pas douteux qu'il rende leurs pensées mot pour mot. Dans la seconde partie (o) il cherche moins à convaincre le lecteur qu'à lui plaire et à l'amener à son opinion par toutes sortes d'ornements oratoires. Mais ici, quoique Cicéron se montre plus libre, il s'inspire encore d'un modèle stoïcien. On le voit par la façon dont il reproche aux Péripatéticiens de vouloir tirer parti des passions au lieu de les détruire, comme fait le Portique. Il leur reproche* aussi d'avoir dit que « la jalousie est avantageuse, soit qu'elle vienne de ce qu'un autre jouit comme nous d'un bien que nous possédons, soit qu'elle vienne de ce que nous ne possédons pas un bien dont un autre jouit (4). • Aristote reconnaissait entre l'envie çQivîv, et la malveillance. ir.:yr.pvAT/.'.xi, une "\ jTtU~noihmée indignation, v£;j.ij'.v, qui est le juste dégoût qu'on éprouve en voyant le bonheur immérité d'autrui. — Ce n'est qu'en se plaçant au point de vue stoïcien que Cicéron a pu combattre la doctrine d'Aristote sur les passions. D'ailleurs il n'expose que quelques particularités de cette doctrine, et il est clair qu'il les emprunte au Stoïcien dont il se sert pour les réfuter. -^

C'est seulement de la colère que Cicéron a parlé avec quelque soin; il ne dit que quelques mots des autres passions. On trouve ici beaucoup de rapport avec le livre III. Si l'on compare les passages analogues dans les deux livres, on est amené à croire qu'ils sont empruntés au même ouvrage stoïcien, tant la manière générale d'étudier le sujet et les arguments pris à part se ressemblent.

Dans la troisième partie (5), où il examine les moyens d'apaiser les passions, Cicéron semble s'être servi de l'ouvrage d'un rhéteur plutôt que d'un philosophe. Mais il ne faut pas oublier que le livre IV de l'ouvrage de Chrysippe sur les passions

(1) Tusc, IV, 1-2,-28. - (2) Ibid., 11, -2â - (3) Cf. 15--27. — (4) Thsc, IV, 21, -16. - ^5) Ch. 27-37.

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