‹ Essai sur les traités philosophiques de Cicéron et leurs sources grecquesChapitre 34 sur 70 · LE LIVRE IV DES « ÏUSCCLANES · texte numérisé non relu

LE LIVRE IV DES « ÏUSCCLANES

était consacré au sujet même que traite Cicéron. On trouve dans cette partie beaucoup de pensées d'origine stoïcienne. Par exemple, Cicéron dit que toutesJes.pja5si(HlS sonJ;j:.olontaires et le résultat (riin jugement (1) ; il prouve (2) que la colère résistera lajaison presque par les mêmes arguments que plus haut (3). Cependant il déclare qu'il ne veut pas reproduire la~tlîéorie des Stoïciens, mais parler comme tout le monde. Ip7 "" ne clierclie pas les raisons (ju'une école particulière a données pour apaiser les passions, mais celles qui sont le plus capables / de persuader les esprits, et qui sont communes à tous les phi- \ losophes, qu'ils placent le souverain bien dans l'honnête, dans / le plaisir ou dans l'union de l'honnête et du plaisir (4). '<

La quatrième Tusculane n"a pas l'allure aisée de la seconde et de la troisième. On sent que Cicéron s'attache davantage à ~. un modèle grec, à qui il emprunte la définition des diverses passions. On trouve dans la quatrième Tusculane beaucoup de, pensées qu'on lit déjà dans la troisième. Cicéron se félicite d'avoir parlé les deux premiers jours de la mort et de la douleur, soit hasard, soit dessein réfléchi (.5); mais il aurait dû fondre en un seul les livres III et IV, en laissant de côté l'énumération des passions qui est bien subtile et bien sèche. Il donne tous ces détails d'après l'ouvrage de Chrysippe sur les passions; c'est aussi d'après lui qu'il critique la doctrine d'Aristote, qui est cependant plus raisonnable que celle du Portique. Mais Cicéron a reproduit les idées principales du modèle qu'il avait sous les

(1) Tusc, IV, 31, 63. — (-2) Ihid., 37, 79. - (3) Ibiil, 17, 39.— (4) 11 faut noter seulement que Cicéron porte sur l'aniour un jugomoiit plus sévtire que ne faisaient la plupart des Stoïciens. En effet il dit {34, 7"i) qu'il n'y a pas d'amour qui soit e.xempt de trouble et digne de la constance du sage. Les Stoïciens, au contraire, voulaient qu'il y eût deux sortes d'amour, l'un impudique, plein de soucis et d'angoisses, l'autre, l'amour du sage, conforme aux préceptes de la sagesse et qu'ils délinissaient : t L'effort pour lier amitié, produit par la vue de la beauté « (Cf. Stobée, Ed., II, lis ; Diog. Laert., VII, 113 et 130). Peut-être les paroles de Cicéron sontelles une preuve nouvelle qu'il a imité dans la quatrième Tusculane un des Stoïciens primitifs, comme Chrysippe, qui étaient beaucoup plus rigides que les Stoïciens postérieurs. — (3) T«.<f , IV, 30, 67. --

yeux, Siins y rien chiuiger, eu se couteutant d'omettre ce qui était trop épineux, et d'égayer la tristesse du sujet par quelques développements personnels. -^ '~^Aussi bien le précepte stoïcien qui recommandait d'anéantir les passions pouvait être alors de quelque utilité. On comprend qu'Aristote, qui faisait consister la vertu dans le développement régulier de toutes les tendances de notre nature, ait prescrit de maîtriser les passions, non de les .détruire. La morale d'Aristote est l'expression la plus complète de l'esprit d'ordre et de mesure qui apparaît surtout dans l'histoire d'Athènes sous Périclês. Mais, après Alexandre, l'intluence d'Athènes dut le céder à celle de l'Orient, dont les nouveaux maîtres de la Grèce portèrent sur le trône les mœurs dissolues et les habitudes despotiques. C'était également d'Asie qu'étaient venus les premiers philosophes du Portique. On a voulu (1) voir là la cause du caractère particulier de leur doctrine qui fait, pour ainsi dire, violence à la nature et se raidit contre elle, au lieu de l'ordonner de la façon la plus harmonieuse et la plus belle, comme dans la Morale à Nicomaque.

C'était, dit-on, une réaction contre le relâchement d'Epicure. -=• Mais c'était aussi une protes^ta^i^ncoiijrej^esprit général ilu temps qui portait les forts à abuser de leur pouvoir et les faibles à souffrir les insolences des puissants. Revendiquer lesdroits des petits n'eût servi de rien; il fallait faire peur aux grands, et le meilleur moyen de prévenir les suites terribles de leurs passions, c'était, semble-t-il, de les anéantir. Ainsi s'explique le paradoxe stoïcien de l'égalité de toutes les fautes. Nous ne croyons pas aujourd'hui que ce soit la même chose d'égorger son père et de mettre à mort un poulet. Mais alors un esclave était moins pour son maître qu'un cheval de prix ; le maître avait sur l'esclave droit de vie et droitde mort, droit de torture et droit d'outrage. On comprend dès lors quels funestes effets pouvaient avoir les passions des puissants, et comment les Stoïciens essayaient de prévenir ces effets en prêchant l'ataraxie et l'insensibilité. Il ne faut pas oublier non plus que

(1) L. OUù-Lapruiie, /a Morule d'Arhtote, p. G9, sq.

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