LE DISCOURS DE VELLEIUS
On a trouvé à Herculanum, dans une maison qu'on croit être celle de Pison, le beau-père de César (1), les fragments d'un traité grec attribué d'abord à, Phèdre, puis à Philodème. qui aurait été le modèle de Cicéron dans la partie du de natura deorum où Velleius passe en revue les opinions des principaux philosophes sur la nature des dieux(2). Mais dans ces derniers temps
(1) L'emplaconient de celle maison répond aux paroles de Ciccron qui nous dit qu'on voyait la maison do Pison de sa propre villa ;"i Pouzzoles. Do plus, presque tous les manuscrits qu'on y a trouvas appartiennent îi l'école épicurienne, dont Pison purlai,'eait les doctrines, et beaucoup d'entre eux portent le nom de Philodème, l'ami intime et l'ancien tuteur de. Pison (Mayor, éd. du de naX. deor., I, introd., XLIH). — (2) • En ISÛO de Jlùrr annonça, dans ravortissemcnt placé en tète du traité de Philodème sur la luusiqiw, que, parmi les papyrus découverts à Herculanum, le 3 novembre 1753, il v avait un guvrage intitulé » Phèdre, sur lu nature Je.v dieux. • Il ajoutait : « Phèdre était un ami de Cicéron, qui lui emprunta beaucoup dans son de natura deorum. » De .Mùrr avait obtenu ces détails sur le contenu de certains manuscrits des savants napolitains, ses correspondants.... Mais ce n'étaient là que des ouï-dire. Les éditeurs napolitains et anglais des manuscrits d'Herculanum ne connaissent pas Phèdre;.... le titre de son ouvrage, de même que le titre pareil du traité de Cornutus, n'est pas un litre grec, mais la traduction littérale d'un litre latin, probablement celui de l'écrit de Cicéron. En 1810 parut en Angleterre une impression de l'ouvrage découvert à Herculanum avec une restauration, souvent fautive, due aux Napolitains. Chr. Petersen donna eu 1833, h Hambourg, une nouvelle édition restituée et expliquée. » (Krische, ibid , p. 29.)
Ce qui faisait attribuer à Phèdre ces fragments, c'est que Cicéron demande à Atticus (XllI, 39) de lui envoyer le -spl Oetûv de Phèdre. Mais Blomfield (ad OEsch. Adumem., p. 209) et iMeier (article Oi'i.'i/ora.v, d.ms l'eiti-ijd. d'Ersch et Gruber) rapportèrent cet écrit à Philodème. On s'ai'cordc généralement aujourd'hui k reconnaître comme vraie l'opinion de Blomfield et de Meier, et à voir dans les fragments en question des débris du -is'. ;jC£,Gi;a; de Philodème. (Cf. Nauck, Mélanges gréco-romains, H, 583-638.)
M. Gomperz, dans une lettre à AI. Diels {dox. grœci, p. 529), donne les détails suivants sur le titre véritable des fragments trouvés à Herculanum.
LE LIV'RE I DU « DK NATUR.i DEORUM». 205
des doutes se sont élevôsàce sujet(l). Que Cicéronse soit servi du T.ip\ t'j7î?>-J.o:q, c'est ce que l'accord de certains passages rend très vraisemblable, mais ne permet pas d'affirmer avec; une
• On peut voir, ou du nioius on pouvait voir en 1867 quelque chose du tilre
-•pi ;jo2J3ï;a;.Voicicequi roste j^gp,. quoique l'I, dans l'édition paraisse
eff;ii;é et soit représenté par des points, do même que lAOAHMOY et EYSEBEIAS. On ne peut plus en voir davantage dans l'original. Aussi, comme me le disaient alors les dessinateurs, la restitution du titre n'est qu'une conjecture. Que restait-il de ce litre à l'époque de Hayter, envoyé à Naplos par Georges, prince de Galles, au commencement du XIXo siècle? • 11 y a, dit-il, un <î> nmtilé, avec la trace très apparente de si.t lettres (pii le suivent. Sons le "t et les six lettres effacées il y a un H, suivi de trois signes effacés. Ensuite vient un 9 endommagé, après lequel on voit une lettre effacée, puis un reste d'Q et un autre signe efficé. Ce fragment, qui ne fait qu'énumérer les opinions des autres philosophes sur les dieux, me justifie, je crois, d'avoir restitué le titre (^T.ipou
T-.if.': 0:wv. . Hayter avait donc '" rj 0 C f|"0"lu'on ne s'explique pas (|u'il n'ait pas lu complètement IIEPI. a Ce fragment, continue Hayter, n'a pas élu trouvé dans la liasse de manuscrits qui contient les ouvrages de Pliilodème. Après le «î" il n'y a que six lettres effacées et non neuf. En outre le style est tout à fait différent de celui de Pliilodème dans ses autres écrits. » ■ Mais Hayter, dit M. H. Sauppe, dans son Commentaire siir le traité de la piété de Philodéme (Gotlingue, lS6i, p. 4), oubliait souvent certaines lettres par négligence; parfois, trompé par ses conjectures, il croyait qu'il y avait dans le manuscr-il des choses qui n'y trient pas. » t Dans toutes les affirmations de Hayter, dit de son coté Tri. Gomperz, on voit clairement l'idée préconçue qui les a suggérées. 'N'ous êtes aussi persuadé que moi que ces fragmonls appartiennent à l'écrit de Philodème. Mais il ne faudrait pas s'imaginer que ce fait soit primitivement attesté par les manuscrits, comme le titre des Napolitains pourrait le faire croire à tort. C'est une conjecture, quoiqu'elle soit vraiscmlihilile au plus haut degré. •
Outre les écrits cités, on peut lire sur celte question l'opuscule de L. Spengel : Aus deii ItemdaniscUen Rolleii Phitolemux -.ip\ £j7:p£Îa;, Munich, 1863. Les fragments connus jusqu'alors ont été complétés et publiés à Naples (Hemilaneniinm i-oUectio altéra, H). M. Gomperz a donné à Leipsick, en ISbB, sous le litre: Hercukinischen StwUen une édition des fragments du livre dePliilodème sur la piété et du -ip\ otjijiî'.wv -/.a': orjfis'.wîîuv. Krische avait publié, en 1840, à Gotlingue, l'ouvrage cité plus haut, où il étudiait avec science et sagacité les fragments de Philodème. Cette étude a été reprise, mais peut-être d'une façon moins heureuse, par Lenguick : Ad emendn.;id-ts expUrrmdn^ijnf lihros de natura deornm, elc. Halle, 1871, .M. Diels {dox. grœci., p. o'^l) rapproche les fragments de Philodème (éd. Gomperz) des passasses corres|)ondants de Cicéron {de natin-a denr., 1, 10, ■25, sq.).
(1) Schomann, 4» éd. du de nnt. deur., introd., p. 18.
complète certitude; car les données et les jugements contenus dans l'écrit de Philodènie devaient se retrouver dans maint autre traité épicurien,
Mais parler de l'accord de quelques passages seulement, c'est oublier que l'écrit de Philodème ne nous est parvenu que mutilé, et que, si nous l'avions conservé sous une forme plus complète, nous remarquerions certainement le même accord sur un plus 'grand nombre de points (1). D'ailleurs si la ressemblance est d'un certain genre, un petit nombre de rapports suffit pour prouver qu'un ouvrage dépend d'un autre. Il semble qu'il y ait une parenté de cette espèce si Philodème et Cicéron citent plusieurs fois les mêmes écrits d'autres philosophes et dans ces écrits les mêmes passages. On ne saurait croire que dans maint autre traité épicurien on ait mentionné l'ouvrage sur la nature (ojaixoç) d'Antisthènes(2), plus loin le livre III du dialogue d'Aristote sur la philosophie (3); puis les mêmes endroits des livres I et II de l'ouvrage de Chrysippe sur les dieux (4) ; enfin l'écrit du Stoïcien Diogène de Babylone r.ep''. r?;ç 'AO-/;va; (5).
Mais Cicéron et Philodème n'ont-ils pu emprunter les mêmes citations à un ouvrage commun qu'ils auraient copié tous deux? Nous savons par Cicéron que Philodème était très érudit. Depuis Aristote on appliquait la maxime : xstvi -ri tôv* ofXwv. Personne ne craignait de piller ses maîtres le plus qu'il pouvait (6).
Il y a peut-être entre l'exposé de Philodème et celui de Cicéron des différences qui empêchent de croire que le philosophe
(I) Hirzel, ], p. 5. — (2) Philod., 6<\. 'Gomperz, 72, 1^, et Cicéron de mit. deor., I, 13, ?>i. — (3) PhiloM., 72, 7b ; Cie. I, 13, 33. — (4; Philod., 77, 15-80, 26; Cic, I, 15, 39.— (.=>) Philod., 82, 14; Cic, I, 13, 41. — (fi) f.icé ron (I, 12, 31) et Philodème (71, 6J) feraient tous deux une citation inexacte des lilémornhles de Xc'nophon. ftlais la faute vient ici de Cicéron. Celui-ci,' dans son résumé en peu de mois, paucioribus rerbis, n'a pas reproduit, mais dénaturé la pensée de Xénophon, dont Philodème, en une demi-page, avait rendu l'opinion avec détail. Le seul changeaient fait par Philodènie était d'avoir remplacé des pluriels -ri; p-oo:pi; tûv Osôlv par des singuliers to-j 6:o-j ■rijv ^opor^v. Cicéron, en ajoutant oporterc {fnrmnm D-i quœri non op'irlere) a modifié le sens de la pensée.