LIVRE X Dt; « Dû XATLTIA DliDnU.M
grec ait servi de modèle à l'auteur latin. On trouve chez Philodème des détails iiui maiii^uent chez Cicéron et réciproquement. L'ordre suivi pur le premier n'est pas reproduit par le second (1).
Une autre diflférence entre Philodème et Cicéron, c'est que le premier dans son récit garde toujours beaucoup d'impartialité et de mesure,tandis que Velleiuscalomnie et injurie les philosophes dont il rapporte, parfois avec inexactitude, les opinions (2). C'était peut-être pour Cicéron luie manière de rendre plus
(I) Suivant M. Solnvenke {sur /«< sources de Ciciron dans le de nat. ileor., Fleck. Jalirb., 1879, loiiie 1 19, p. 30, sq ), on ne trouve chez Cicdron rien qui corresponde aux passages de Pliilodéme, 77, l-l'i ; ■20-25. 79, 3-19; r>S-'3.i. 80, i6-8-2, 13. Diogène de Babylone, dont Philodème nous parle assez longuement (8-2, 14-8'», 8), n'a que trois lignes chez Cic-jron. Nous ne trouvons chez celui-ci aucune trace de la critique générale que l'auteur grec fait des Stoïciens (84, 8-8S, 24), tandis qu'on lit chez Cicéron une sortie contre Cl;rysippe. Par contre, nous rencontrons chez Cicéron des détails qui manquent chez Philodème. Ainsi nous lisons [de mit. deor., I, in, 39) : « Dieu c'est le feu et cet éther dont j'ai déjà parlé. Ce sont aussi les élémeiUs dont il est la source et (|ui en découlent naturellement, l'eau, la terre, l'air. » El plus loin (ibid., 40) : « Chrysippe dit que Jupiter est aussi cette loi éternelle, invariable, qui est notre guide et la règle de nos devoirs, loi qu'il appelle nécessité fatale, éternelle vérité des choses futures. » Cicéron développe ici ce que Pliilodéme ne fait qu'indiquer par les mots /.il Tov vô;j.ov. Le second passage est d'autant plus remarquable que r£'.u.a3;j.Év7i, considérée comme vérité éternelle, est aussi combattue plus loin (1,20, ao), et que nous retrouvons ia même définition dans le de divimitione (I, 53, 123). Chez Philodème, la critique des superstitions populaires et religieuses tient sûi.vante pages; elle précède celle des différents philosophes, tandis qu'elle la suit chez Cicéron, où elle est condensée en douze lignes. On ne saurait guère dire, avec M. Lengnick, que l'ordre dans lequel sont placés les fragments de Philodème est purement arbitraire et dû aux éditeurs modernes; car à la critique des Stoïciens succède tout naturellement l'exposition des doctrines religieuses des Épicuriens. Il est vrai que Cicéron nous avertit qu'il ne doit qu'à lui-même la disposition de ses écrits philosophiques {de /»n.,I,2,6i. — (2) Il va longtemps qu'on s'étonne de l'ignorance et del'injustici! de Cicéron dans cette partie de son livre. On a rejeté l'odieux de ce procédé sur le pauvre auteur grec qui était devenu l'objet du mépris des savants. Un Épir'.urien, dit-on, aveuglé par sa propre doctrine, ne peut ni bien comprendre les autres, ni rapporter exactement leurs opinions. Cicéron était un
facile la critique faite par Velleius (i). Ainsi Yelleiits préteiui qu'Anaximène a dit que l'àme prenait naissance, pour qu'il puisse se moquer d'un dieu mortel. Il est possible que Gicéron ait prêté à dessein cette légèreté à Yelleius. On dirait qu'il l'annonce par avance : « Velleius commença son discours avec cet air d'assurance qui se voit chez les philosophes de son parti, ne craignant rien tant que de paraître douter, en un mot comme s'il n'eût fait que revenir à l'heure même de l'assemblée
homme indulgent, mais très pressé; il a reproduit ndolemenl cet amas dû sottises et d'injures, comme tout le reste. Telle est l'opinion de Jl. Le:;gnick (|>. 16) ; mais plus loin (p. ii) il avoue qu'il est impossible d'attribuer ce qu'il y a de trop acerbe dans l'exposition de Velleius à Philodi>me, qui, comme nous le savons, était un homme élégant et poli, tout à fait étranger à ce goût de raillerie amère. Philodème en est si éloigné qu'il se montre môme trop doux en présence des altaques des Stoïciens. Ceux-ci se moquaient des Épicuriens et de leur façon puérile de parler des dieux, de les décrire, do se les représenter sous la forme humaine (Gomperz., p. 79, 28). Philodème se contente de répondre que les Stoïciens forcent la mythologie pour l'accommoder à leur système. Dans le reste il s'abstient presque toujours de juger, et rien en lui n'indique l'iîpicuricn, si ce n'est deux ou trois fois uno ironie pleine d'urbanité. (VJ'. 84, ■') ; l.i, 3.) — La critique do A'elleius esi tout autre. (Cf. I, 13, 38, où il traite d'absurde la coutume de diviniser les hommes illustres après leur mort.) On n'a qu'à comparer ce que dit Philodème d'.4naxagore, de Protagoras, dePersée, de Parraénide et d'Empédocle (8S, '24) avec les passages correspondants de Cicéron pour admirer la modération du philosophe grec en voyant les paroles injurieuses de Velleius. On ne saurait croire que tous ces propos outiageants soient empruntés à Philodème. Celui-ci se contente de bl.lmer légèrement le Stoïcien Perséc : • Il est évident, dit il, que Persée fait évanouir la divinité, ou qu'il ne sait rien sur sa nature. » (73, 3.) Au contraire Velleius ne mentionne aucun philosophe sans l'accabler d'outrages.
(l) Parfois Cicéron fait donner à Velleius de fausses explications de choses qu'il connaissait bien. Nous lisons, rff nat. ileor., I^ 13, 29 : • Que dire de Démocrite qui met au nombre des dieux les images et leurs détours, la nature qui produit et émet ces images, notre connaissance et notre intelligence? Celte doctrine n'est-elle pas complètement erronée? » L'expression • les images et leurs détours • est, ditSchômann (p. 33, note), une hendiadyse bizarre choisie pour faire ressortir \xi? l'étrangeté de l'expression l'élran^u'clé des choses. De même les expressions abstraites > notre science et notre intelligence ï sont mises à dessein pour « notre esprit qui voit et qui comprend ■. De plus, Velleius attaque ici une opinion partagée par les Épicuriens. Ceux-
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des dieux et des iiiterniondes d'Épicure (1). » Plus loin il fait dire à Velleius par Cotta (2) : « Vous-même tout à l'heure, quand vous avez comme assemblé un sénat de philosophes, et recueilli leurs diverses opinions, vous disiez que ces grands hommes n'avaient pas le sens commun, que c'étaient des visionnaires, de vrais fous. »
Les diftërences eiitre Philouême et Cicérou sont en partie inexplicables si Ton suppose que le premier a copié le second, tandis qu'elles s'expliquent très facilement si tous deux ont puisé à un original commun et plus développé, dont l'un et l'autre se servit en y faisant plusieurs modifications, en partie acciden. telles, en partie volontaires. Mais, avant d'étudier cette hypothèse, il faut chercher quel a été le modèle de Cicéron pour la partie non historique de l'exposition de Velleius ; car nous n'avons peut-être pas affaire à une source autre que pour le fragment historique.
Entre le premier fragment et la partie historique il semble qu'il n'y ait aucune liaison (.3). Après une critique des Stoïciens. Velleius passe à Thaïes (4), puis il revient aux Stoïciens et combat les doctrines religieuses de Zenon, Ariston, Cléanthe, Persée, Chrysippe et Diogène de Babylone, comme s'il n'avait pas encore parlé du Portique. De même il critique deux fois la théologie de Platon. On ne peut expliquer ces répétitions qu'en disant que la revue historique est un morceau étranger inséré après coup.
Mais la partie historique ne peut avoir été ajoutée après l'achèvement du livre : Cotta la mentionne en trois endroits différents (5). Qu'il ne réfute pas dans le détail la critique de Velleius, c'est ce qui se comprend facilement. Cicéron n'avait
ci disaient quj la nature divine produirait ol omettait dos images. — Les louions croyaient que Dieu était iiniuanent à la matière. Velleius leur fait dire que Dieu, quant à sa prùsence et à son action, était séparé de la malière, et dù'S lors il lui est facile de les réfuter. — Suivant Velleius (I, 16, îfi), pour Anaxagore l'inlclligence était inlinie. Philodéme dit que, selon Anaxagoro, c'est 1 iulclligenco quia mis l'ordre dans le cliaos où tout était mêlé à finfini (OH,t^). (1) I, 8, 18. — |-2) I, ■^^, 9't. — Cil Krische, ihuL, p. 23. — U) I, 10, -io. (3) 1, §§ 63, 91, 9-i.
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SOUS les yeux pour le discours de Cotta aucun modèle où il trouvât cette réfutation. Aussi bien il ne regardait pas comme nécessaire de redresser les erreurs et les méprises historiques des Épicuriens.
Le fragment historique ne peut non plus avoir été introduit après la composition du discours de Velleius : on ne comprendrait pas alors la brièveté de la première partie dogmatique. Le mot exposvA (1) ne saurait guère se rapporter aux chapitres qui précèdent ce fragment (2) ; car on n'y trouve pas comme ensuite une exposition de doctrines théologiques, mais une critique dédaigneuse de théories qu'on suppose déjà connues.
Mais, si le fragment historique n'a pas été ajouté après coup, ce qui précède (3) parait emprunté à une autre source que ce fragment (4). On ne voit pas comment ce peut être la faute de Cicéron seul si dans son livre nous trouvons deux fois la critique de Platon et des Stoïciens. C'est un grave défaut de composition. On cite quelque chose d'analogue dans le 'de divinntione (5) ; mais alors la répétition vient évidemment de la rapidité avec laquelle Cicéron composait. Ici le seul moyen d'explication, c'est de dire qu'à la première critique Cicéron en a joint une seconde empruntée d'ailleurs. On ne saurait croire que cette première critique et le fragment historique qui suit aient pu se trouver dans un écrit bien ordonné, tel que nous devons supposer qu'était le modèle de Cicéron. Ou l'auteur grec voulait combattre successivement les doctrines théologiques des philosophes les plus considérables, comme c'est le cas dans le fragment historique de Cicéron et chez Philodème.oubien il voulait seulement réfuter les Stoïciens et ceux dont ils s'inspiraient, comme fait Velleius dans la partie qui précède le fragment historique. Cicéron, pour les deux premières parties de l'exposition de Velleius, semble s'être servi de sources différentes.
La seconde partie dogmatique (6) du discours de Velleius, parait ne pas avoir la même origine que la première (7). En
(1) I, 16, -4-2. — (-2) I, §§ 18, 24. — (3) Ihid. — (4) Schiche, ZeiUchrift fiir rfr(s aymn , 1880, p. 374 —(3) 11, ^20, 49. —(6)De nat. ilear., I, §§ 4-2- 37. — (7)' I, §§ 18-24.