‹ Essai sur les traités philosophiques de Cicéron et leurs sources grecquesChapitre 55 sur 70 · LE LIVRE I DU « DE DIVINATIONE · texte numérisé non relu

LE LIVRE I DU « DE DIVINATIONE

le récit de Suidas est emprunté directement à Clirysippe, tandis que le fait n'est arrivé à la connaissance de Cicéron que par des intermédiaires. Il a l'air de le reconnaître lui-même, lorsqu'il dit que ce songe et celui de Sinionide sont fréquemment cités par les Stoïciens.

« Il me semble, die Quintus, qu'à Texemple de Posidonins nous devons attribuer la force et toute la vertu de la divination à Dieu d'abord,.... puis au destin, entin à la nature (1) ». Cicéron n'aurait pu indiquer d'une façon aussi précise la doctrine de Posidonius, s'il n'avait pas lu le livre de ce philosophe, ou même s'il ne l'avait pas eu sous les yeux.

Le modèle de Cicéron n'a donc pas été Chrysippe, mais un Stoïcien postérieur, probablement Posidonius. 11 faut chercher les preuves de cette conjecture. Quintus parle des méthodes divinatoires employées par les augures, les aruspices, et ceux qui font métier de prédire l'avenir, a Condamnées par les Péripatéticiens, ces méthodes, dit-ii. ont été défendues par les Stoïciens (2) ». Mais les anciens Stoïciens ne devaient pas connaître la science des aruspices et des augures romains, et, s'ils la connaissaient, il est peu probable qu'ils la défendaient. D'un autre côté Quintus réfute l'opinion de Carnéade qui disait que c'était par hasard que beaucoup d'oracles s'étaient réalisés (3). Carnéade est traité défavorablement. : dans son goût pour la polémique il affirmerait tantôt une chose, tantôt une autre ; on le range parmi les philosophes peu importants, « minvtos 2)hilosophos (4) ». Le Stoïcien dont s'est servi Cicéron doit être un des jeunes représentants de l'école, postérieurs à Carnéade.

Parmi ceux-ci se trouve Panétius. Mais on ne saurait songer à lui : sans nier absolument la divination, il doutait de sa possibilité (5). Peut-être Panétius hésitait-il à rejeter complètement la divination, parce qu'il vivait à Rome, chez un peuple qui croyait à la science des augures et des aruspices. Il n'avait pas les mêmes raisons d'être circonspect à l'égard de la divination par les astres, pratique tout orientale, à laquelle l'État

(1) I, 53, 1-io. — (1) I, oA, 7->. — ,",) I, I .^ -23. — (4) I, 30, U-2. - (5) De dw., I, 3, G; Aaid., H, :-!o, 107.

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romain n'accordait pas sa protection. Aussi Panétius la rejetait absolument (1). Dans le livre I, au contraire, on défend les prédictions des astrologues qui ressemblaient à celles des Chaldéens (2). Par conséquent le livre I ne saurait être emprunté à Panétius.

Parmi les Stoïciens récents on compte Diogène de Babylone, qui avait écrit un livre sur la divination. Il ne peut non plus avoir été le modèle dont s'est servi Cicéron pour le livre I. En effet nous lisons : « Diogène le Stoïcien accorde aux Chaldéens la faculté de prévoir certaines choses, par exemple quelle est la nature et quelles sont les principales aptitudes d'un enfant ; mais il leur refuse tout le reste C;5) ». Il limitait ainsi le domaine de la divination chaldéenne. Mais nous ne trouvons rien de tel dans le livre I, qui ne peut avoir été emprunté qu'à un Stoïcien qui admettait sans réserve l'astrologie.

Antipater, le disciple de Diogène, avait composé deux livres sur la divination. Il avait, comme Chrysippe, rassemblé beaucoup d'exemples de songes prophétiques (4). i Mais, dit Quintus, il fallait donner des cas plus importants (5) k. Cicéron en composant le livre I, n'avait pas plus sous les yeux l'ouvrage d'Antipater que celui de Chrysippe (6).

Il ne reste, parmi les Sto'ïciens récents, que Posidonius, l'ami et le maître de Cicéron. Posidonius était le disciple de Panétius. Mais il ne s'en tint pas à son doute prudent, et revint à la croyance générale des Stoïciens en la possibilité de la divination (7). De ce que Posidonius avait écrit cinq livres sur la divination, on peut conclure qu'il avait étudié ce sujet avec une prédilection particulière.

(1) §§ 88-98. — (-2) §§ 91, 93. — (o) 11, 43, 90. — (4) I, 3, 6. — (5) I, 20, .39. — (6) € Je passe sous silence, dit Quintus, une foule ds fails semblables recusillis par Antipater. Aussi bien ils vous sont connus, et i! est inutile de vous les rappeler » (I, 34, 123). — ("î) • Ce que Panétius avait gardé de la foi en la divination ramena bien vite ce qu'il en avait éliminé. Son élève Posidonius écrivit un gros livre sur la mautique, et redressa les idoles que le maître avait renversées, en y ajoutant peut-être des superstitions nouvelles, par exemple la croyance aux apparitions divines et une foi absolue dans l'astrologie qu'il pratiquait pour

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