LE LIVRE I DU « DE DIVINATIUNE
Mais voici des raisons plus décisives de croire que le livre I est emprunté à un ouvrage de Posidonius. Quintus définit la divination, « l'annonce et le pressentiment des choses réputées fortuites (1) ». Au contraire, Cieéron l'appelle simplement « un pressentiment, une science des choses futures (2) >. La définition de Quintus diffère non seulement de celle de son frère, mais encore de celle de Chrysippe, que nous avons citée plus haut. La définition de Quintus indique une extrême circonspection. En disant i les choses réputées fortuites s il semble répondre à la question faite par les adversaires du Portique et que Cieéron leur pose : « Peut-on avoir quelque pressentiment de ce qui n'est fondé sur aucune raison? Qu'entendez-vous quand vous dites qu'une chose est arrivée par hasard, par fortune, par accident, par événement, si ce n'est qu'elle aurait pu ou ne pas arriver, ou arriver autrement (3) ? > La définition de Quintus prouve qu'il croyait qu"il n'y avait rien de fortuit. Telle est la raison que Posidonius avait donnée pour défendre la divination (4).
Nous lisons dans le livre I du de divhmtione (5) une apologie de la divination par l'examen des entrailles des victimes. € Cette puissance répandue dans le monde entier peut nous guider dans le choix de la victime; et, au moment du sacrifice, elle peut changer les entrailles de manière qu'il s'y trouve quelque chose de plus ou de moins. > C'était un argument de Posidouius, comme on peut le voir lorsque Cieéron réfute la théorie de Quintus. « En vérité, dit-il. je rougis, non pas pour
son propro compte. On lui atlrlbuait même un Irailé sur la plus ridicule df^s divinations antiques, colle qui tirait ses pronostics du tressaillement des membres. Peut-être ce traité spécial n'était-il qu'un chapitre de son ouvrage sur la divination. Le Syrien d'Apaiiite ne pouvait être sensible aux arguments qui avaient frappé l'esprit délié du Rhodien. Posidonius fut un des hommes les plus doctes de l'antiquité, et en même temps un des plus crédules. Il répéta les assertions formulées avant lui dans l'i'cole et trouva même, dit-on, des raisons nouvelles pour justifier la divination. • (Bouché- Leclercq, ibid., 67.)
(1) I, 5, 9. — [i) I, 1, \. - (S) II. 6, 13. — (i) 1, o5, 125. - l-".) 3-2,
VOUS, dont j'admire la mémoire, mais pour Chrysippe, Antipater et Posidonius, qui soutiennent avec vous qu'une certaine vertu intelligente et divine répandue dans tout l'univers préside au choix de la victime (1) ». Chrysippe et Antipater sont nommés à côté de Posidonius : mais c'est dans un livre de ce dernier que Cicéron avait appris quelles étaient leurs opinions.
« Sans m'inquiéter de la cause, dit Quintus, je vois, et cela me suffit, la vertu purgative de la racine de scammonée, la vertu curative de l'aristoloche, bonne contre le venin des serpents.... Je vois aussi les effets qui suivent les pronostics du vent et de la pluie (2). » A la fin du livre nous lisons : « Ces avertissements de la nature ne peuvent guère se reconnaître dans ce genre de divination qui est, avons-nous dit, le produit de l'art. Posidonius cependant ne laisse pas de l'essayer ; il affirme qu'il existe des signes naturels de l'avenir. Ainsi Héraclide du Pont rapporte que les habitants de Céos observent chaque année avec grand soin le lever de la Canicule, et qu'ils conjecturent alors si l'année sera malsaine ou salubre (3). » Ces passages sont empruntés à Posidonius, comme on le voit par le livre II. « Alors, dit Cicéron, vous m'avez allégué mes pronostics, vous avez cité la scammonée, l'aristoloche et diverses autres racines dont vous voyez la vertu et les eti'ets sans en connaître la cause. Fausse comparaison. D'ailleurs le Stoïcien Boéthus, que vous citez, et même notre ami Posidonius ont recherché les causes des pronostics (4). »
Posidonius, comme son maître Panétius, avait en haute estime Platon ; c'est ce qui expliquerait pourquoi Platon est si souvent nommé avec éloge dans le livre I (ô).
(l) II, 13, 3b. — [i) I, 10, 16. Ce serait ici une sorte de divination par les signes naturels. — (3) I, 37, 130. — (-*) 20, 47-48.— (o) Quintus rapporte, d'après le CrùoH, un songe de Sacrale (,!, -23, oi) ; il traduit tout un passage de h Républiqui (l, i'^,60) ; il raconte l'histoire des abeilles qui se seraient posées sur les lèvres de Platon dans sa jeunesse (I, 36, 78) ; il cite l'oiiinion de Platon (I, 37, 80). « Croirons-nous donc de préférence Épicure? dit Quintus. Carnéade, i! est vrai, emporté par l'amour do la polémi([ue dit tantôt une chose, tantôt une autre. Mais que pense Épicure ? Assurément rien de noble ni d'élevé; et comment le placer au-dessus de Platon et de Socrale,