LE LIVRE I DU » DE DIVIXATIONE
Posidouius avilir plus de goût pour les sciences naturelles que la plupart des Stoïciens, ce qui le rapprochait de l'école péripatéticienne et de son chef. Sa méthode d'investigation avait quelque analogie avec celle d'Aristote, ce qui, suivant Strabon (Ij, le fit blâmer par les Stoïciens récents. On comprend dès lors que, dans un livre qui ne contient que des idées stoïciennes, A.ristote soit cité comme un homme d'un génie extraordinaire et presque divin (2). Le goût de Posidonius pour l'érudition lui fit traiter avec faveur Démocrite, pour qui les anciens Stoïciens n'éprouvaient, à ce qu'il semble, que de l'aversion. Quintus l'appelle un auteur considérable (3j; il le cite à côté de Platon (4) et le mentionne plusieurs fois.
« Que Carnéade. dit Quintus, et après lui Panétius, cessent de rechercher avec tant de soin si Jupiter donna l'ordre à la corneille de croasser à gauche et au corbeau à droite. » (5) C'est une objection que Panétius, à la suite de Carnéade, taisait ans partisans de la divination. Ce n'est que dans l'ouvrage d'un philosophe postérieur à Panétius que Cicéron a pu trouver, cette remarque. Cette observation s'explique très bien si le livre Idu traité sur la divination est emprunté à Posidonius. Celui-ci devait connaître, puisqu'il les partageait pour la plupart, les opinions de son maître. C'était peut-être sous l'influence des critiques de Carnéade que Panétius avait commencé de douter de la divination, et, pour échapper à ces critiques, que Posidonius
dont l'opinion, en l'absence de toute démonstration, l'emporterait encore par sa seule autorité snr celle de tous ces petits philosophes? > I, 30.. 62. Nous lisons de même dans la première Tu.sculane : « Quand même Platon n'apporterait point de preuves, il m'ébranlerait par son autorité toute seule, tant je suis prévenu en sa faveur ("il, 49). Et ailleurs : « Je vois, dit à Cicéron son auditeur, combien vous estimez Platon. Je le trouve admirable dans votre bouche, et j'aime mieux me tromper avec lui que de raisonner juste avec d'autres (17, 39). • Or la première partie du livre I des Tuscuianes semble èlré empruntée a Posidonius. — Galien dit que Posidonius attachait un grand pri.x à l'accord de Platon avec Pythagore; dans les deux passages des Tusculanes cités plus haut Platon et Pythagore sont nommés ensemble. (I) II, 3, 8. — (2) I, 25, 53. - (3) I,i3, 5. — (4) I, 37, 80. - (3) I, 7, 12.
avait modifié la définition qu'on donnait ordinairement de cette science (1).
Posidonius, comme nous l'apprenons par Diogène de Laerte (2), avait parlé de la divination dans deux ouvrages, l'un sur la divination proprement dite, l'autre sur la physique. Cicéron ne mentionne que les cinq livres sur la divioation, et il semble ne s'être servi que de cet ouvrage.
Nous trouvons cités dans le livre I du de divinatione beaucoup d'autres philosophes que Posidonius. Ce fait s'explique d'abord parce qu'un écrivain comme Cicéron, qui avait de l'érudition philosophique et avait étudié certains points particuliers, pouvait emprunter de nonabreux exemples à son excellente mémoire (3). Cette opinion parait plus équitable que celle de certains critiques qui n'accordent aucune indépendance à Cicéron , et veulent qu'il reproduise servilement un modèle grec.
D'ailleurs, de ce qu'un pliilosophe est cité par Cicéron, il ne s'ensuit pas que celui-ci ait lu ses ouvrages. Il nomme certains philosophes parce que l'auteur grec qu'il imite les avait nommés. Or, il est très vraisemblable que Posidonius, pour la composition de ses livres sur la divination, s'était servi des ouvrages antérieurs où le même sujet était traité, et qu'il les avait même copiés en partie.
On a cru que plusieurs exemples du livre I n'avaient pas été empruntés par Cicéron à Posidonius, mais qu'ils étaient cités d'après la critique de la divination faite par Clitoniaque (4). Cicéron les aurait mentionnés dans le livre I pour les réfuter ensuite dans le livre IL Cette opinion est ingénieuse et repose
(1) I, 5, 9. — (2) VII, 149. — (3) € Le goût pour la pliilosopliiû, dit Cicéron, ne m'est pas si nouve.iu qu'on se l'imagine. Dès ma jeunesse j'ai beaucoup cultive celte science, et même quand il y paraissait le moins je m'en occupais plus que jamais. On peut s'en convaincre par cette quantité de maximes pliilosophiques dont mes harangues sont remplies, par mes liaisons intimes avec les plus savants honimesj qui m'ont toujours fait l'honneur de se rassembler chez moi, par les grands maîtres qui m'ont formé, les illustres Diodoto, Philon, Aatiochus, Posidonius i (De nal. deor., I, 3, 6). — (-i) Schiclie, ibid., 19 et 21.