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causes adjuvantes et les causes principales par l'exemple du cylindre. La pierre ([ui iiouss^ un cylimlre est la cause principale de son mouvement; mais sa révolution vient de sa forme et de sa volubilité ; ainsi le destin nous meut en ce qu'il contient les causes adjuvantes ; mais c'est la- volonté elle même qui règle les devoirs, les desseins, les actions (1).
On trouve dans Aulu-Gelle une exposition plus complète de la doctrine de Chrysippe(2). Après avoir fait cette citation d' Aulu- Gelle, un juge pénétrant, Bayle, ajoute: » La distinction de Chrysippe entre les causes externes qui nécessitent et celles qui ne nécessitent pas ne lui est d'aucun usage.... Il ne faut pour s'en convaincre que lier ensemble sa comparaison du cylindre et l'aveu qu'il fait que les qualités intérieures de l'àme qui la poussent vers le mal sont une suite naturelle et nécessaire du destin. Il dit qu'il y a des âmes bien formées dès le commencement qui essuient sans dommage la tempête qui tombe sur elles de la part du fatum, et qu'il y en a d'autres si raboteuses et si mai tournées que, pour peu que le destin les heurte, ou même sans aucun choc du destin, elles roulent vers le crime par un mouvement volontaire.... De sorte que, reconnaissant d'ailleurs une Providence divine, il fallait qu'en bien raisonnant il regardât Dieu comme la cause de tous ces crimes (3). » Mais Chrysippe refusait d'admettre ces conséquences; il voulait que l'homme fût responsable de ses actions. On a remarqué que c'étaient les écoles fatalistes, comme les Stoïciens et les Calvinistes, qui avaient eu la morale la plus austère. Cependant la logique forçait Chrysippe d'arriver aux conclusions qu'indique Bayle, après Plutarque (4).
La doctrine d'Épicure sur le destin est tout à fait contraire à
par sa seule présence, suffit à produire les phénomènes; l'autro n'est pour cette production qu'une cause purement négative.
^1) io, 34. — [-2) Nocttx ait., VI, "2. — (3) Dictionnaire, II, p. 171, v. Clir'jsippe. — (4) La doctrine de Chrysippe rappelle ici celle de Stuart Mill, qui dit que nos actions dépendent de notre cara 1ère ; mais notre caractère est fatalement déterminé ; pour que nos actions fussent libres, il faudrait nue notre caractère le fût également.
celle du Portique : la théorie du clinamen est la négation absolue du fatalisme physique des Stoïciens. Nous allons exposer cette théorie non seulement d'après le de fato, mais encore d'après le de Jinibiis et le de natura deorum. Nous aurons recours à Lucrèce pour l'intelligence de certains passages insuffisamment expliqués par Cicéron (1).
Aristote avait remarqué, contre Démocrite, que tous les corps, quel que soit leur poids, tombent avec une vitesse égale dans le vide. Dès lors on ne pouvait plus admettre l'explication qui faisait rencontrer les x>lus légers par les plus lourds. Tombant avec une vitesse égale dans le vide, les atomes ne devaient jamais se rencontrer; par suite la formation de tout agrégat d'atomes, ou corps, et de tout monde était impossible. Alors Épicure imagina le clinameti : les atomes dans leur chute déviaient un peu de la ligne di-oite et pouvaient ainsi se rencontrer.
L'hypotlièse du cUnatnen n'expliquait pas seulement la formation du monde ; elle sauvegardait encore la liberté humaine. Reconnaître la pesanteur aux atomes, c'était leur donner une puissance intérieure, mais qui restait fatale (2). Tout le monde serait alors soumis à un déterminisme rigoureux. ]\Iais, nous dit Épicure, « il vaudrait encore mieux croire les fables qu'on raconte sur les dieux que d'être l'esclave de la fatalité des physiciens. Dans le premier cas du moins on peut tléchir les dieux en les honorant, mais la nécessité est sourde aux prières (3) ». C'est aussi au nom delà liberté que
(1) Voir l'arlicle de SI. Guyau sur la coiiUinjence et la liberté dans Épicure. (Revus philox., juillet l!5T8, et Morale lï Épicure, p. 71.) — (■2) NecessHin intestinum. Lucrèce, II, ':!'J1. — (3) Diog. Lnerte, X, 134. Nous lisons aussi dans les fragments de la physique d'Epicure édiles par M. Gomperz (compte rendu des séances de l'Acud. de Vienne, tome 83, I8TG, p. 87), « qu'on nous adresse des avertissements parce que la cause de nos actions réside en nous-mêmes et dans notre constitution primitive, et non dans les influences fatales du milieu, ou dans les accidents du hasard •. Les fatalités dont parle ici Épicure sont précisément celles que les Stoïciens alléguaient contre la liberté, et qu'on trouve e.xposées et critiquées dans le de fato. M. Zeller (111, a', i-lh) ne comprend pas que M. Gomperz arrive i conclure du fragment cité plus haut qu'Épicure était riélerniiniste.
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les Épicuriens repoussiiient la Providence stoïcienne et la divination, « cette vieille qui dit la bonne aventure, anns faUdica (.1) ». « Vous avez, dit Yelleius aux Stoïciens, placé au-dessus de nos tètes un maître éternel (-1). » La liberté pour les Épicuriens ne consiste pas, comme pour les Stoïciens, à se conformer aveuglément aux lois de l'univers, mais à s'en affranchir.
On s'est demandé ce qui avait pu faire imaginer à Épicure le clinamen^ cette théorie si contraire à toutes les données physiques. Les objections d'Aristote avaient contraint Épicure de corriger le système de Démocrite, suivant lequel il suffisait de la pesanteur pour expliquer la formation du monde. Peutêtre est-ce à cause de la théorie péripatéticienne de la volonté qu'Épicure prend tant de soin de placer la déclinaison dans l'atome, afin de sauver le libre arbitre chez l'homme. A l'époque de Démocrite on accordait pour la vie pratique plus d'importance à la raison et à la science qu'à la volonté et à l'intention (3). Les sophistes, comme aujourd'hui les partisans de la philosophie positive, croyaient que la raison et l'instruction pouvaient tout chez l'homme : quant à la volonté, on n'y pensait pas (4).
« Épicure, ditCicéron, ne modifia le système de Démocrite que pour le gâter. Il eût mieux valu confesser simplement son ignorance qu'imaginer une hypothèse insoutenable (5). » Mais peut-être l'hypothèse du cUnarnen n'est-elle pas aussi absurde qu'elle le paraît au premier abord. Cicéron lui-même fait dire à Torquatus qu'il prouvera que plusieurs erreurs de Démocrite ont été relevées et corrigées par Épicure (6). « Si tous les atomes, dit Cicéron, déclinent également, ils ne pourront se rencontrer; car la direction du mouvement pourra bien chan-
(l)Cic., denat. dw)-., 1,8, 18. — (i) !h,d., 1, 20, 5i. — (3)HirzeI, I,i6.S. — (i) On s'étonne parl'oi.s de trouver chez Socrate une doctrine rigoureusement déterministe f|ue Platon conserva en l'adoucissanl. .Mais Socrate, comme la plupart des grands iiommes, ne taisait qu'exprimer avec une. claire conscience une opinion que la plus grande partie de ses contemporains partageaient sans s'en rendre compte. — fol De /in., 1,(3,-21. — ((3) Ibid., i, 8, 29.
ger, mais le parallélisme subsistera; si les uns déclinent, et que lès autres puissent à leur gré tomber verticalement, c'est attribuer des fonctions différentes aux atomes (1). n La première hypothèse ne fait que changer les termes du problème,- dont la solution resterait impossible ; dans la seconde les atomes peuvent se fuir ou se rencontrer : la liberté est sauvée.
Mais, a-t-on dit. comment cent atomes qui se penclient, sans savoir ce qu'ils font, formeront-ils un jugement par lequel l'âme se détermine, avec connaissance de cause, au choix de l'un des deux partis qui se présentent ? On peut répondre que l'àine pour Épicure, n'étant c^u'un composé d'atomes subtils, s'il ne commençait par accorder la déclinaison à tous les atomes en général, il lui était bien difficile de la placer dans l'àme.
Le grand reproche que Cicéron et beaucoup d'autres font à l'hypothèse du cUnamen, c'est que la déclinaison des atomes est un effet sans cause (2). On a répondu que la volonté et le désir sont des causes suffisantes pour expliquer ,1e mouvement de déclinaison des atomes (3).
Cicéron dit que la déclinaison des atomes ne saurait expliquer les harmonies du monde (4). Les Stoïciens, partisans du déterminisme absolu, célébraient les beautés de la nature et y
(1) Ibid., I, t'., -H). — [i) Ibid., I, 0, 19. — (3) Veut-on seulement entendre par cause la cause physique, l'hypothèse d'Épicme pourrait encore se détendre. Descartes disait que la somme du mouvement dans l'univers était constante, qu'il n'y avait que la direction qui changeât. Leibnitz crut prouver qu'elle-même la direction du .iiouvement était confiante. Dans ces derniers temps on est revenu aux idées de Descartes. M. Bonssinesq, s'appuyant sur la théorie des solutions singulières découverte par Poisson, prétend que ce que les mathématiques nous montrent vrai d'une façon abstraite doit se trouver réalisé quelque part. (Voir P. Janel, philosophie franc, contemp., p. 388.) Or il y a des endroits particuliers de certaines courbes, appelés points de retour, où la formule mathématique se trouve également satisfaite, soit qu'on avance, soit qu'on recule. Les êtres vivants auraient ce privilège d'avoir à chaque instant à résoudre de ces problèmes singuliers, où une même équation admet plusieurs solutions différentes. Ainsi dans le dinamen la tliéoric mécanique du mouvement serait scrupuleusement observée, sans que pour cela la liberté subit aucune atteinte. — (4) De fin., I, 6, -iO.