‹ Essai sur les traités philosophiques de Cicéron et leurs sources grecquesChapitre 64 sur 70 · LES LIVRES I ET II DT" « DE OFFICIIS · texte numérisé non relu

LES LIVRES I ET II DT" « DE OFFICIIS

rempli par l'examen de cette question: quels sont les motifs justes de commencer la guerre, et comment doit-on se comporter à l'égard des ennemis vaincus. Ce problème est traité du point de vue non du philosophe, mais de l'homme d'État romain. Le morceau qui suit, sur la grandeur d'âme, est écrit exclusivement pour les Romains qui prenaient dans l'État une haute situation.

Nous ne saurions méconnaître l'époque où l'ouvrage a été écrit et quel en est l'auteur, lorsque nous entendons Cicéron se plaindre à plusieurs reprises que ceux qui ambitionnent une puissance prépondérante deviennent si facilement dangereux pour la République, et blâmer ceux qui, par crainte des fatigues et à cause de l'incertitude des résultats, ne briguent pas les emplois publics. Nous reconnaissons également Cicéron dans le parallèle entre le capitaine et l'homme d'État, et les détails que nous lisons sur les diverses sortes de discours (1) font songer aux renseignements analogues que contiennent le de oratore et YorcUor. Enfin un Romain seul pouvait parler des différents métiers comme fait Cicéron (■>).

L'indépendance de Cicéron apparaît encore davantage dans le livre IL Un grand nombre des préceptes qu'il y donne ne peuvent s'adresser qu'à un jeune Romain qui voulait acquérir de la gloire et de la popularité. Ce ne saurait être une traduction d'un traité grec. La partie purement philosophique du livre est peu considérable et souvent embrouillée. Cicéron a pris à Panétius le plan général et les divisions de son ouvrage ; mais il ne faut pas attribuer au philosophe grec les obscurités qu'on trouve parfois chez Cicéron. Les principes posés sont prouvés plutôt historiquement par des exemples, que d'une manière théorique par des arguments : mais dans ces exemples on retrouve la riche expérience de Cicéron et son talent d'écrivain, quifont oublier ce que ses démonstrations ont parfois de superficiel et d'insuftisant au point de vue philo-sophique.

encore, comme Sénèiiu»; [Ep., 8), qu'ils sont plus uliles à la sociLUe que s'ils s'occupaient des a.faires publiques.

(1) I, eh. o7, et II, cli. li. — (-2) I, c!i. U-1. CI'. Heine, ibid., -li, sq.

.jOS CHAPITRE XII.

Nous avons vu plus haut que, suivant Cicéron, l'ouvrage de Panétius était incomplet, non seulement parce que l'auteur grec n'avait pas étudié les conflits de l'honnête et de l'utile, mais encore parce qu'il avait omis certaines questions particulières. Cicéron reproche à Panétius de n'avoir pas défini le devoir (1). Il s'étonne de cette omission ; car, dit-il, toutes les fois que l'on veut traiter un sujet complètement et avec méthode, il faut qu'une définition serve de point de départ, afin que l'on voie bien ce dont il s'agit dans la discussion. Mais nous ne saurions dire à qui Cicéron avait emprunté la définition qui manquait chez Panétius : car on en chercherait vainement une après le passage que nous venons' de citer. Peut-être la définition que Cicéron donnait du devoir en général s'est-elle perdue. Nous lisons seulement une définition des devoirs moyens : « le devoir moyen est une règle d'action dont l'homme peut donner une raison plausible • (2). Quant au devoir parfait, Cicéron le définit dans la phrase précédente : i tout ce qui est essentiellement conforme au bien ». On pourrait alors demander à Cicéron de nous dire ce que c'est que le bien, et il s'expose à la critique qu'on a faite à certains ouvrages modernes de définir le bien par le devoir et le devoir par le bien.-

A la fin du livre I (3) nous lisons : « Il arrive souvent qu'entre deux choses honnêtes il faut établir une comparaison et se demander laquelle l'est davantage ; c'est là une question négligée par Panétius. > Cicéron essaye dans le reste du livre de combler cetrelacune. Le fait-il d'après ses propres lumières, ou

1 (1) I, i, 7. — (-2) I, 3, 8. Mais ce paragraphe semble interpolé; il n'est qu'un composé embrouillé et maladroit d'un passage du livre IH, 3, 14 et peut-être du (/<• î^nibus, UI, 17, S8 ; il est impossible que Cicéron, si pressé (ju'il fût, ait LVrit avec aussi peu de clarté. Nous avons déjà trouvé ailleurs (de fin., 111, 10, 35) un chapitre qui parait interpolé. Peut-être ne faut-il voir là que des cxtni:s empruntés par Cicé.'-on aux ouvrages qu'il a sous les yeux, sans qu'il prenne la peine de les rattacher à ce qui précède et à ce qui suit, sans même qu'il s'aperçoive de l'incohérence dans la suite dss idées. — La définition que C;céron donne des devoirs moyens est la traduction exacte de celle que nous lisons chez^Diogène de Laerte, Vil, 107. Mais celui-ci n'indique pas le philosophe stoïcien à qui il emprunte cette définition. — (.3) 43, 15-2.

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