‹ Essai sur les traités philosophiques de Cicéron et leurs sources grecquesChapitre 67 sur 70 · CARACTÈRE DP « DH OFFICIIS · texte numérisé non relu

CARACTÈRE DP « DH OFFICIIS

Cicéron est un partisan de l'ancien ordre de choses. Pour lui les conservateurs sont toujours les boni viri. comme si on ne ponvait alors être démocrate et honnête homme. Il blâme sévèrement (1) le consul Philippe pour avoir dit qu'il n'y avait pas dans Ptome deux mille personnes possédant un patrimoine, non qu'il conteste l'exactitude de cette affirmation, mais il ne veut pas qu'on encourage les revendications des prolétaires en leur montrant combien sont peu nombreux les membres de /l'aristocratie. Aux yeux de Cicéron les hommes de bien sont surtout ceux qui ont du bien. Il reproche aussi durement à Catilina et à ses amis leur pauvreté que leurs crimes. Il recommande les devoirs de charité ; mais il veut qu'on i)lace bien ses bienfaits (2); il n'a que du mépris pour les métiers mécaniques ; s'il admet l'agriculture, c'est qu'elle a été pratiquée par les anciens Romains. Il permet aussi le grand négoce, qui était fait par les chevaliers (3) ; mais il condamne le petit commerce qui était aux mains du petit peuple. Il nous recommande seulement de traiter les esclaves comme des mercenaires (4) ; et il s'excuse presque de regretter la mort de l'un d'entre eux (5); il ne blâme les combats de gladiateurs que comme des prodigalités ruineuses (6). C'est qu'un homme d'État conservateur ne pouvait guère élever la voix en faveur des esclaves et des gladiateurs, lorsque la révolte de Spartacus, la défaite d'un préteur et de deux consuls venaient de faire trembler l'Italie.

Il y avait à l'époque de Cicéron des philosophes qui n'avaient pas comme lui de raisons politiques pour défendre ou excuser l'injustice. Cicéron n'écrivait que pour l'élite de la société romaine. D'autres ne dédaignaient pas d'endoctriner le simple peuple. Les Stoïciens surtout savaient accommoder leur enseignement à l'intelligence de leurs auditeurs et s'efforçaient de faire partout des prosélytes. Dans Horace (7). le portier de Cris-

(1) II, 21, 73.— ("2) S.-epc idoneis hominibus de re familiari impertiendum. II, 13, S4. — (o) 1,4-2, loi. — ('i) Op"rniii, exi(jeni)'xm, piata pm'beini". I, 1:5,41. — (3) • .le viens do perdra .Sosilhée, qui me servait de lecteur, et j'en suis plus affligé qu'on ne devrait, ce me semble, l'être de la mort d'un esclave. > .i(( Au., 1, 1"2. — (6; De (.//'., Il, 16, 35. -- (7) Sut., II, vi, 45.

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piiius propage les idées du Portique parmi les gens de sa con- (litiou. Ces prédicateurs d'un nouveau genre devaient se montrer moins froids sur les questions d'humanité que l'illustre auteur du de officiis. Sénèque n'était que leur interprète lorsqu'il disait que les esclaves étaient des compagnons de servitude et d'humbles amis (1), et lorsqu'il flétrissait la coutume barbare d'égorger des hommes dans le cirque comme passe-temps (2).

Les préjugés de parti ont plus d'une fois aveuglé Cicéron. Ainsi il trouve légitime le meurtre de Tibérius Gracchus et Scipion Nasica reste pour lui un héros (3). Il condamne les lois agraires, qui auraient forcé les nobles de rendre les terres du domaine public, mais aussi qui auraient empêché la ruine de la classe moyenne et, par suite, l'établissement du pouvoir personnel. Cicéron glorifie le meurtre des tyrans et il compare l'habile et généreux vainqueur de Pharsale aux pires scélérats de la fable et de l'histoire (4). Il approuve sans hésiter (.5) le sénat qui, après les Fourches Caudines, cassa le traité et livra le consul Postumius, conduite que Niebûhr qualifie avec raison de » farce abominable ». Ce sont là des détails qui nous choquent dans l'ouvrage de Cicéron et qui sont comme les marques de l'époque où il écrivit et du parti auquel il appartenait.

Mais les préventions politiques de Cicéron ne réussissent pas toujours à fausser son jugement. Il n'ose contester la légitimité de la conquête du monde par les Romains ; mais il regrette la destruction de Corinthe (6). Surtout il condamne avec énergie les rapines des proconsuls dont les troubles civils et les révolutions intestines de Rome sont la légitime punition (7). Après avoir loué (8) la conduite des Athéniens qui, sur le conseil d'Aristide, refusèrent d'incendier la flotte des Lacédémoniens, comme Thémistocle le proposait, Cicéron ajoute : « Us agirent mieux que nous, qui faisons payer tribut à nos alliés et

(I) Jïp., 't~. — (2) Intérim jugulentur homines, ne nihil agatur. Kp-, 7. — (3) Du «//■., I, "22, 76; II, 12, 43. — (4) I, 8, 26; 14, 43; H, 8, 27. — (3) III, 30, 109. — (6) I, II, 35 ; III, il, 46. On peut voir là r.imende bonorahie de Rome à la Grèce institutrice du genre humain. — (7) Jure pler.ttmar. Il, 8, 28.— (8) III, 11, 49.

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