LA « CONSOLATION
études philosophiques avaient adouci sa douleur. U Hartensms fut ?,\x\.\\àe^ Académiques, Aude pnihus et des autres traités philosopliiques, qui se succédèrent avec rapidité, dans l'espace de moins de deux ans.
Les plus grands philosophes de la Grèce, Démocrite, Platon, Aristote, Théophraste, Épicure et toute la suite des illustres Stoïciens avaient indiqué les moyens de calmer la douleur (1). Les Grecs, avec leur esprit si ingénieux et si souple, avaient cherché quels étaient les raisonnements qui avaient le plus de pouvoir, suivant le genre de malheur, l'âge, le sexe, la condition de celui qui était atteint. On avait vu un illustre avocat athénien , Antiphon, exilé à Corinthe, se faire consolateur publif. .-Ur; célèbre philosophe de l'Académie, Crantor, dans un livre adressé à un père sur la luoit de ses enfants, ofl'rit à la douleur paternelle tout ce que la philosophie avait-^depuis des siècles accumulé sur la vie et sur la mort de confédérations calmantes... Tous les consolateurs de l'antiquité, Cicé.'on, Plutarque, Sénèque, d'autres encore se sont servis de l'ouvrage de Crantor, et Font fait connaître argument par argument, et comme par feuillets détachés à la postérité. Comme il résumait tout ce que la sagesse grecque avait produit de plus salutaire, qu'il avait, pour ainsi dire, capté en un réservoir commun et accessible les sources diverses descendues de toutes les hau teurs philosophiques, il devint une sorte de fontaine publique où l'antiquité allait sans cesse soulager ses douleurs » (2).
Les Consolations ne pouvaient manquer de devenir des lieux communs. Mais combien toutes les prescriptions de celle qu'écrivit Cicéron devaient lui paraître importantes! Il avait essayé sur lui-même l'efficacité de chacun des remèdes qu'il proposait.
(1) Cf. Van Heusde, de consolatione apiul Grœcos, Utrecht, 1840. — G. Martlw, ibid. — Souvent on appelait les philosophes auprès des affligés pour y remplir le rôle de consolateurs. C'est ainsi que Livie, après la mort de son fds Drusus, lit venir auprès d'elle Arius, le philosophe d'.\uj^usle, pour adoucir l'amertume de son deuil. Les anciens nous ont conservé la [ireuve de l'efficacité de ces consolations : les discours des philosophes, disait-on, annoncent la fin du trouble des âmes, comme '..is hirondelles celle du mauvais temps. — (i) Martha, ibid., p. 14-2-143.
Cicéron ne s'adressa pas aux Stoïciens, qui voulaient que le sage fût impassible, mais à l'ancienne Académie. Dans la Consolation, il imita surtout l'opuscule de Crantor sur le deuil. Pauétius avait recommandé le livre de Crantor à ses auditeurs romains, comme un ouvrage inestimable (1), et il avait conseillé à Tubéron de l'apprendre par cœur. Cicéron s'en est également servi dans les Tusculnnes.
Mais il n'a pas dû s'inspirer seulement du livre de Crantor. n avait lu tous les ouvrages sur les moyens de guérir la douleur qui se trouvaient dans la bibliothè(][ue d'Atticus. Aussi bien il nous dit lui-même dans les Tuttculanes (2) qu'il avait rassemblé dans la Consolation tous les arguments qu'on donnait contre le chagrin. « Il se montra éclectique jusque dans son désespoir. » (3)
En écrivant la Consolation, Cicéron, comme il le dit. faisait ce qu'on n'avait jamais fait avant lui; il cherchait à se consoler lui-même, contrairement au précepte de Chrysippe, qui ne voulait pas qu'on essayât d'adoucir les chagrins récents de l'âme (4). Selon toute apparence, Cicéron commençait par déplorer la misère humaine ; ensuite il s'efforçait de calmer son chagrin par le souvenir des hommes illustres qui avaient aussi perdu leurs enfants (.5), par l'espérance que l'àme était immortelle et par l'apothéose de Tullie (6). Cicéron rappelle, dans les Tusculanes (7), les raisonnements par lesquels il avait cherché à prouver, dans la Consolation, l'immortalité de l'àme. Ces raisonnements étaient probablement empruntés au livre de Crantor. Ils offrent une grande ressemblance avec ceux qu'énumère Socrate dans le Phédon^ et il n'y a pas lieu de s'en étonner, puisque Crantor professait la doctrine de Platon. Un fragment de
(1) Aureohis. Acad., II, -U, 135. — (-2) III, 31, 76. — (3) C. Marlhii, ihid., p. IfiO. — (4) Tusc, IV, 29, 63. — (3) « Je laisse de côlé les Maximus, les Caton, les Gallus, les Pison, les Brulus, les Scévola, les .^tétellus, les ScauruSj les Marius, les Crassus, les MarcelUis et les Autuiius, qui montrèrent autant de courage dans l'aftliction qu'à la guerre, et dont Cicéron a énuniéri? les pertes domestiques dans son livrede laCo»wo'(it(o/i.» J (Saint Jérôme, Épitaphe de Nèpotien, lettre XXXV.) — (6) Van Heusde, Cirera oCka-rXi-M'/, p. 24".— (7) I, 27,66.