‹ Essai sur les troubles psychiques consécutifs aux maladies de l'oreilleChapitre 15 sur 33 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

Aliénation mentale consécutive à une fracture du rocher, par M. Royé, interne à l'asile de Montpellier

Le 16 janvier 1878, entrait pour la première fois à l'asile des aliénés de Montpellier, la nommée A. D., âgée de 31 ans, née dans le département de la Dordogne. Orpheline

(1) Zn Montpellier medical, 1880, n° 4, p. 315.

Te

très jeune, caractère insubordonné et hautain, très mobile et très irascible. À 16 ans, commence une vie de débauche à Paris. Le 6 juin 1875 commet un assassinat à T... et cherche à se donner la mort en se tirant un coup de revolver sous le menton. La balle fit une ouverture d'entrée à un centimètre en avant de l'angle de la mâchoire du côté gauche et alla se loger dans le rocher du même côté, après avoir fracturé la paroi antérieure du conduit auditif externe.

Phénomènes morbides peu intenses puisqu'elle fut condamnée, le 19 août de la même année, à douze ans de travaux forcés et à cinq ans de surveillance. Transférée à la maison centrale le 28 octobre 1875, elle subit sa peine jusqu'au 19 janvier 1878, époque à laquelle elle fut admise à l'asile.

Pendant toute la première année de détention, D... se plia assez facilement au régime de la maison centrale: elle n'avait point de punitions et travaillait avec habileté à son ouvrage de couture ; mais plus tard, dit le médecin de la maison centrale dans son certificat : « D... devint de plus en plus distraite, supportait mal les observations..…., se plaignait que ses aliments étaient empoisonnés..., et formulait des plaintes avec des airs d'importance et de grandeur. » Enfin, transférée à l'asile des aliénés, M. le professeur Cavalier certifiait, le 1° février 1878 : « Que cette malade était atteinte de lypémanie, avec perversions sensorielles de la vue, de l'ouie, du goût, probablement des autres sens et de la sensibilité générale. »

Pendant tout le temps de son séjour à l'asile, l'état psychique de cette malade est resté stationnaire et le meilleur résumé de ce délire se trouve assurément dans le passage de la lettre que M. Cavalier adressait à M. le préfet de l'Hérault : « D..., sans spécifier nettement la situation sociale et personnelle qu'elle croit avoir, s’imagine être supérieure à tous, avoir à sa disposition de très hautes influences et être en relation avec de grands personnages. Comme contre-partie, elle s’imagine être jalousée et même persécu-

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tée par tous ceux qui ont du pouvoir dans la maison et aussi par certaines de ses co-détenues. Ce délire est entretenu, corroboré et même exalté par des perversions sensorielles, surtout de la vue (illusions). »

Etat physique. .. D... était de petite taille, d'une complexion assez faible; tempérament nerveux , et quelques mois après son admission à l'asile, on constate les signes de la tuberculisation pulmonaire. Mort, le 3 mars. Du côté de l'oreille gauche, on remarquait un écoulement muco-purulent assez abondant et qui a résisté à tous les traitements. En faisant pénétrer un stylet dans le conduit auditif externe, on ne tardait pas à être arrêté par un corps dur, qui n'était autre chose que la balle de revolver. La malade n’entendait pas du côté gauche, mais elle parlait avec beaucoup de facilité et n'éprouvait aucune peine, soit pour mâcher, soit pour avaler ses aliments.

Autopsie. — Emaciation considérable, (Œdème des membres inférieurs ; au cou, il existe du côté gauche, immédiatement en dedans du bord inférieur de la branche horizontale du maxillaire inférieur et à la réunion des deux tiers antérieurs avec le tiers postérieur de cet os, une cicatrice blanche ayant à peu près le diamètre d’une pièce de vingt centimes. A ce niveau, la peau est souple et n’est pas adhérente avec les parties sous-jacentes. Le conduit auditif du même côté présente une teinte violacée, et on constate les traces d'une suppuration abondante. Immédiatement en avant de l'oreille, il existe une tâche noirâtre de trois centimètres de long sur deux de large.

Les organes thoraciques présentent les lésions de la tuberculose.

Cräne. — Les parois du crâne paraissent un peu plus épaisses qu'à l'état normal. Léger épanchement sous-arachnoïdien, les méninges paraissent normales, si ce n’est au niveau de la face antérieure du rocher du côté gauche. Là, on remarqua d’abord sur la face antérieure de la dure-mère une coloration brunâtre diffuse ; mais si l'on regarde plus at-

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