‹ Essai sur les troubles psychiques consécutifs aux maladies de l'oreilleChapitre 17 sur 33 · ENT · texte numérisé non relu

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ici en présence d'une cause physique déterminante de premier ordre et comme le dit Sédillot dans sa médeeme opératoire : « Il faut que les praticiens se fondent sur quelques faits complètement exceptionnels pour soutenir que des corps étrangers, tels que balles, peuvent rester dans le crâne sans y provoquer d’accidents. » Les lésions du rocher, d’après Brouardel, amènent très souvent des troubles cérébraux.

La détention est venue ensuite dans une certaine mesure à aider à la réalisation de la folie chez D... La puissance de l'habitude est telle, d’après Cabanis, qu'on ne passerait pas sans danger du plus mauvais régime au régime le plus sage et le meilleur. Or, dansle cas présent, la vie de la maison Centrale était assurément trop sage pour D... Cette fille se livra à l'onanisme dès qu’elle fut déténue, et l’on a là la seconde cause qui vient s'ajouter à l’action si puissante de la lésion anatomique.

OBSERVATION IX Prise dans le service de M. Pierret. — Asile de Bron

Délire des persécutions avec hallucinations dela vue, de l'ouie, de la sensibilité. Hérédité probable. Lésion auriculaire double plus prononcée du côté gauche et produisant de ce côté certaines sensations de nature particulière, devenant le point de départ de conceptions délirantes à tournure spéciale.

M'° D..., née à Cublize (Rhône), entrée à l’Antiquaille en 1873, à l’âge de #7 ans et de là transférée à l'asile de Bron, en 1876.

Antécèdents héréditatres. — Les renseignements font

RO totalement défaut, et nous sommes ici obligé de nous en rapporter à la malade. Elle nous apprend qu'un de ses cousins germains, du côté paternel, a été interné à l’Antiquaills à l'âge de 10 ans, pour imbécillité, qu'un de ses frères était simple d'esprit, prenait des crises (?), pouvait à peine prononcer quelques mots, était arrivé à l’âge adulte incapable de la moindre occupation etdevait être constamment surveillé comte un enfant.

Un autre frère était un buveur incorrigible.

Antécèdents personnels. — M'° D... a longtemps jouit d'une bonne santé et a toujours été très bien réglée. Elle tenait une épicerie à Lyon, lorsqu'elle fut ruinée par les événements de 1870, et obligée de cesser son commerce après avoir éprouvé de violents ennuis. Dénuée de toutes ressources, elle se retira dans son pays, et là, dit-elle, un jour qu’elle était restée longtemps en plein air, elle ressentit dans toute la tête des douleurs violentes, accompagnées de mal de gorge et d'élancements dans l'oreille gauche qui devint pendant trois semaines environs le siège d’un écoulement assez abondant et qui cessa sans ancun traitement.

C'est vers cette époque que doit vraisemblablement se placer le début des premiers symptômes d’aliénation, sans que l’on puisse affirmer que l'affection mentale ait précédé ou suivi la lésion de l'appareil auditif.

Quoi qu'il en soit, M" D...., revenue à Lyon, où elle était dans une grande misère sans pouvoir trouver du travail, commença « à souffrir de l'électricité que lui envoyaient ceu.r qui l'empêchaiïent de trouver de l'ouvrage, » et qui du reste lui sont complètement inconnus.

Elle éprouvait la sensation d'un fil électrique lui traversant l'oreille gauche et lui occasionnant des douleurs plus ou moins vives, souffrait de céphalalgies violentes, de courbatures, de fatigues, de piqûres dans tout le corps. La nuit elle voyait des animaux, des figures bizarres, entendait des deux oreilles des voix que parfois elle reconnaissait et lui faisaient des reproches.

Lassée et ne pouvant plus supporter toutes ces misères, elle alla se plaindre à différents magistrats, fut arrêtée et internée à l’Antiquaille.

À l’époque actuelle, M'° D... présente un délire des persécutions bien systématisé, avec hallucinations de la vue, de l'ouïe, de la sensibilité générale, avec très peu de tendance à la démence, malgré la longue durée de son délire.

Elle entend des deux oreilles des voix qui lui font des reproches, l’injurient et qu'elle connaît parfois, mais, chose singulière, elle éprouve des tiraillements, des bourdonnements dans l'oreille gauche exclusivement.

L'oreille gauche seule est le siège d’une sensation de « él électrique », d'une crépitation électrique, paraissant sortir de son traversin pendant la nuit, et dont l'intensité diminue beaucoup quand elle fait le mouvement d’enrouler le fil électrique qui la tourmente tant. Elle insiste sur ce mouvement, et le répète plusieurs fois devant nous.

En outre, l'électricité lui fait éprouver des douleurs dans la tête, de la courbature, de la lassitude et des sensations bizarres dans tout le corps, et en agissant sur ses aliments, lui donne de vives douleurs gastriques. Ces douleurs sont plus ou moins vives et subissent l'influence de certaines causes, des changements de température par exemple, qui en augmentent généralement l'intensité. Dernièrement, M'° D... eut une légère angine qui lui occasionna des douleurs assez vives dans l'oreille, en accentuant beaucoup la sensation de fil électrique.

Le soir, on lui fait voir comme des ombres chinoises représentant des animaux, des figures hideuses à voir, mais elle n'a aucune idée sur l’auteur de ces sensations, elle sait seulement qu’elles sont dues à l'électricité.

La mémoire est intacte, on constate une légère excitation permanente arrivant à un degré plus prononcé quand «l'étectricité est plus forte ». A la suite d’un examen un peu prolongé, la malade devient plus incohérente et se sert d’expressions incompréhensibles pour désigner certaines de ses idées délirantes.

Etat physique. — Taille moyenne, corps large, ventre gros, les pieds sont minces, très longs et présentent la diformation dite du pied plat. La malade n’a jamais pu fournir une longue marche. La face est large, colorée; les yeux ont un regard très vif et un peu fixe.

Les dents sont mauvaises, beaucoup manquent. Les incisives inférieures qui sont conservées sont espacées et para's«sent mal implantées.

Le palais est excavé, les oreilles soudées.

Le crâne est conique, un neu aplati en arrière.

L'examen otoscopique pratiqué par M. le professeur agrégé Levrat a donné les résultats suivants :

Oreille gauche : Déformation du tympan, saillie en forme de pli.

Otites moyennes anciennes. Adhérences dans la caisse.

Oreille droite : On aperçoit à travers le tympan des points blancs qui peuvent être regardés comme des adhérences d’otites anciennes.

Bien que cette observation ne présente pas une symptomatologie aussi attrayante que celles que nous avons examinées jusqu'à présent, elle n’en est pas moins digne d'intérêt. On peut se demander si cette malade, dans les antécédents de laquelle on relève des tares cérébrales, serait fatalement devenue aliénée, sans la complication qui est survenue du côté de l'appareil auditif et qui parait avoir été la cause déterminante de ses conceptions délirantes.

Il est infiniment probable que M'° D... était destinée, à cause de ses antécédents héréditaires, à finir ses jours dans un asile. Mais si la lésion auditive a joué un rôle secondaire dans la production du délire, il n'en est pas de même dans la manifestation de ce délire.

Une lésion chronique d'emblée, occasionnant des sensations subjectives douloureuses et de longue durée était bien faite pour ébranler ce cerveau déjà fortement atteint. Aussi voit-on la malade, dès le début, tout rapporter aux phénomênes qu'elle éprouve dans l'oreille. De ces sensations subjec-

tives mal interprétées au délire de persécution, il n'y avait qu'un pas. La malade l’eut vite franchi ; aussi son internement eut-il lieu peu de temps après les premières manifestations.

La maladie de l'oreille a donc chez cette malade hâté l'évolution des troubles psychiques, imprimé à ceux-ci un cachet spécial, déterminé l'apparition de sensations subjectives, chroniques comme la lésion elle-même, et qui mettent ce cerveau déjà préparé sur le chemin de la démence.

OBSERVATION X Prise dans le service de M. Pierret. — Asile de Bron

Surdité, délire de persécutions, hallucinations de l’ouïe, vertige de translation

Françoise M..., àgée de 28 ans, entrée à l'asile de Bron le 28 novembre 1882. Pas d'antécédents héréditaires ; sa mère est cependant très nerveuse, mais n'a jamais eu de crises.

A toujours été mal réglée, ses époques devancent toujours. Leucorrhée. Cette malade, qui est mariée, a eu un enfant il y a 6 ans. Depuis elle s’est toujours mal portée, a toujours été maladive, irritable. Deux fausses couches n’ont peut-être pas peu contribué à ébranler son système nerveux déjà atteint. La première eut lieu à six mois, il y a cinq ans et fut suivie d’une péritonite ; la seconde, cinq mois avant son entrée à l'asile.

A l’âge de 12 ans, elle s’introduisit un grain de maïs dans l'oreille droite; ce grain séjourna deux ans dans l'oreille, qui, malgré cette cause prolongée d'irritation, n'aurait jamais été le siège d’un écoulement. On trouve au cou et aux bras des cicatrices de nature scrofuleuse.

Depuis, elle a toujours été d'un caractère sombre, taci-

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