‹ Essai sur les troubles psychiques consécutifs aux maladies de l'oreilleChapitre 18 sur 33 · LIÉE · texte numérisé non relu

LIÉE

turne ; rien ne lui faisait plaisir. Deux mois avant son entrée, elle devint beaucoup plus triste, se plaignit de perdre la mémoire, devint de plus en plus lypémaniaque, eut des idées de suicide et voulut se brüler la cervelle.

Par moments, disent les personnes qui l'accompagnent, on la voit se débattre violemment, elle s’excite, parle haut ; puis un peu de calme succède à cesaccès qui serenouvellent quelquefois deux ou trois fois par heure.

A son entrée, elle est très agitée, enlace son mari dont elle ne veut pas se séparer, regarde avec effroi autour d'elle, criant au secours. Elle voit près d’elle des hommes à mauvaise mine qui viennent la chercher pour la faire mourir.

Cette période d’excitation dura à peu près trois semaines, jusqu'au 15 décembre. Des bains quotidiens de deux heures l’avaient notablement calmée ; à cette époque, l'intelligence était lente, la mémoire considérablement affaiblie. Depuis ce moment, l’état maniaque alla toujours en s’améliorant.

Le 3 février 1883.— Onl'examine de nouveau; elle paraït beaucoup plus raisonnable, le sommeil est revenu, les nuits sont calmes ; la surdité est toujours complète des deux côtés, mais elle essaye de comprendre au mouvement des lèvres. Elle éprouve de temps en temps des bourdonnements et des douleurs dans les oreilles. L'examen otoscopique ne révèle rien d’anormal. Les deux conduits ne présentent pas de concrétion cérumineuse. La membrane du tympan apparait avec sa coloration habituelle. La montre placée sur le temporal ne donne qu'une très légère impression ; la surdité est à peu près égale des deux côtés. L'examen auquel on soumet la malade, et les opérations qu'il nécessite, paraissent l’mquiéter un peu. Il semblait qu'elle répondait à des paroles prononcées par des personnages visibles pour elle seulement.

Mémoire encore affaiblie ; elle ignore comment elle est tombée malade.

Même état jusqu'au mois de mars. À cette époque, elle se plaint beaucoup d'entendre des voix qui lui parlent, lui de-

mandent de ses nouvelles ; elle reconnait plusieurs de ces voix. La nuit son sommeil est troublé par des rêves, elle revoit sa maison, ses enfants. Elle souffre beaucoup de cette situation qui dure près de deux mois,

Au mois de mai, la scène change, elle éprouve des douleurs très vives dans l'oreille droite ; en même temps, elle entend des bruits d'orage, on se bat autour de son lit, on le déplace, on le tire à gauche. Ce vertige de translation, qui dure assez longtemps est, pour ainsi dire, la dernière étape de sa maladie.

Des injections d'eau tiède dans les oreilles, des mouches de Milan aux apophyses mastoïdes la soulagérent, car les hallucinations devinrent de moins en moins fréquentes, les voix se turent peu à peu; de temps à autre, elle entendait encore des bruits d'orage, puis, tout rentra dans l'ordre. Cette malade sortit de l'asile complètement guérie au point de vue mental, mais sans grand progrès en ce qui concerne la surdité.

Un accès de manie, compliqué de délire de persécution survenant chez une malade atteinte desurdité, n’est pas une chose bien surprenante ; aussi, nous n’aurions pas publié cette observation, s’il n’étaitsurvenu, à la période de déclin de ja psychose, des phénomènes d’un ordre spécial qui ont attiré notre attention et attaché à cette observation un intérêt particulier.

La malade éprouve tout à coup, sans qu'on puisse en connaître la cause, des douleurs très vive dans l'oreille.

Immédiatement apparaissent des hallucimations auditives, des bruits subjectifs et en dernier lieu un vertige tout spécial. Ces trois phénomènes étaient certainement liés à l'affection auditive qui est venue :

se surajouter à la surdité. Que s'est-il passé du côté de l'oreille interne ? Nous l’isnorons ; en tous cas, ce devrait être une lésion passagère, peut-être une simple poussée congestive, car un traitement très simple fit bientôt disparaître ces symptômes Inquiétants. Voilà donc encore un cas dans lequel le délire a été modifié par une lésion de l'appareil auditif, et il présente ce double intérêt que le mouvement de translation était perçu non seulement par la maladie, mais encore rapporté à un objet extérieur, c’est-àdire au lit sur lequel elle était couchée.

OBSERVATION XI Prise dans le service de M. Pierret. — Asile de Bron.

Maladie de Ménière, nèévropathie, hypochondrie, surdité à gauche, vertiges rotatoires uni-latéraux, bruits auditifs subjectifs, tintements, bourdonnements

M°° M.., 41 ans, entrée à l'asile de Bron le 18 octobre 1882. Son père serait mort d’une affection nerveuse.

Antécédents pathologiques : a eu trois enfants bien portanis. Pas de fausses couches. Petite vérole dans la jeunesse. À toujours été d’un tempérament nerveux, aussi a-t-elle pris beaucoup de bromure de potassium. Rétroversion utérine ; a toujours été réglée, mais mal. La malade prétend avoir toujours vécu en mauvaise intelligence avec sa mère et s'être mariée pour la quitter.

Il y à quatre ans, elle fit un séjour à l'hôpital pour une névrose, elle avait du vertige, de la céphalalgie, marchait difficilement en se tenant aux meubles; elle disait qu'elle

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