‹ Essai sur les troubles psychiques consécutifs aux maladies de l'oreilleChapitre 19 sur 33 · LAN · texte numérisé non relu

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marchait sur du coton, du caoutchouc, que le terrain vacillait sous ses pieds. ;

Deux ans avant l'entrée à l'asile, surdité très accusée à gauche.

Époque de la manifestation des troubles psychiques. — Quinze jours avant son entrée à l’asile, la malade est devenue très irritable. Son fils ne travaillait pas, n’ayant pas d'ouvrage, et cependant il se trouvait en possession de quelque argent dont il ne voulait pas indiquer la provenance. En apprenant que c'était sa mère qui avait donné cet argent à son fils, elle entra dans une grande fureur, sa raison s’égara et elle quitta le domicile conjugal.

Une nuit, elle rentra tout en sueur, disant qu'elle avait couru beaucoup, parce que lorsqu'elle marchait à son pas ordinaire la route vacillait et la soulevait comme auraient fait des vagues.

Depuis, perte de sommeil et de l'appétit.

A l'entrée. (Elle était déjà plus calme depuis cinq ou six jours) ; elle se rend bien compte de sa position, raconte qu'elle est très nerveuse, qu'elle se fâche pour un rien; ne se plaint que de sa mère qu'elle accuse de vouloir détourner ses enfants, de leur fournir de l'argent pour les pousser à l’inconduite.

Pas d'illusions, pas d’hallucinations des sens.

Les fonctions organiques s'exécutent normalement. Rien aux poumons; au cœur, battements énergiques mais sans souffle. Fonctions digestives à peu près normales. Les menstrues peu copieuses devancent depuis le dernier accouchement.

Etat intellectuel. — La malade ne présente aucun délire systématisé ; elle se plaint seulement d'être très nerveuse, très irritable, souffre de petits malaises comme on les observe souvent chez les hystériques ; constrictions à la gorge, frissons généralisés sans autre symptôme fébrile, hyperesthésie du cuir chevelu à la région occipitale.

Elle s'aperçoit très bien qu'elle est capricieuse, a tantôt envie de rire, tantôt envie de pleurer, sans motif suffisant. Elle

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présente aussi une certaine tendance à tout vor en no, a peur de ne,pas guérir, etc. Elle complête les renseignments précédents en nous disant que les bourdonnements d'oreille ont commencé il y huit ans environ et qu'ils sont toujours allés en augmentant, de sorte qu'ilsn'ont jamais été aussi prononcés que maintenant. Les vertiges ont paru en même temps que les bourdonnements d'oreille, mais ils n’ont pa: suivi la même marche; ils se sont présentés d’une façon irrégulière et depuis quelque temps, ils sont rares (rien depuis un mois) très courts et peu intenses. Il n’y a jamais eu du côté de l'oreille de complications inflammatoires ni d'otorrhée. Elle à de la tendance à attribuer ces vertiges à des troubles de digestion; elle fut même traitée pour une gastrite par un médecin de la Croix-Rousse. Mais nous croyons qu'il y avait là erreur de diagnostic et que cette malade présentait simplement un des symptomes classiques de la maladie de Ménière. Elle vomissait dès qu’elle avait des vertiges, mais la disparition des vertiges entrainait celle des vomissements. Ils étaient toujours précédés d'un tintement très net dans l'oreille gauche, puis la malade tournait toujours du même côté de gauche à droite.

SIGNES PHYSIQUES. — Sensibilité. — La sensibilité parait conservée des deux côtés.

Ouie. — Plus faible à gauche qu'à droite ; est le siège de bourdonnements plus forts à gauche.

La sensibilité ovarienne semble exagérée à gauche par la pression. Quand la malade se tient debout en fermant les yeux, elle se sent peu solide et a peur de tomber.

Motilité. — La force musculaire du membre supérieur gauche parait beaucoup moins grande qu'à droite.

Pas de tremblements, pas d'ataxie des mouvements.

État général. — Anémie, digestions difficiles, appétit bizarre et capricieux. La menstruation est normale et régulière depuis quelque temps seulement.

Actuellement, la malade est toujours un peu nerveuse, exci-

table, mais beaucoup moins hypochondriaque depuis que ces vertiges ont diminué d'intensité et de fréquence.

Nous nous trouvons en présence d’un cas d'hypochondrie etmême de délire de persécution occasionné par le vertige de Ménière ; cette affection est chez cette malade accompagnée de son cortège complet desymptômes : vertiges,bourdonnements,tintements, surdité, nausées et vomissements. Il n’est donc pas étonnant que cet ensemble symptomatique ait réagi sur le système nerveux déjà si impressionnable de M°° M... et ait amené un délire hypochondriaque. Si l’on se demande quel est l’avenir pathologique de cette malade, il faut se rappeler que la maladie de Ménière est caractérisée anatomiquement par une lésion labyrinthique primitive, congestion, hémorrhagie, inflammation. Elle aboutit à la surdité, mais n’est que très rarement grave au point de vue de la vie ; le vertige en lui-même tend à guérir quand la surdité est complète. M" M... a donc bien des chances de rester dans le même état jusqu'à la disparition complète de la fonction auditive.

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