‹ Essai sur les troubles psychiques consécutifs aux maladies de l'oreilleChapitre 21 sur 33 · ONE · texte numérisé non relu

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les deux sujets étaient prédisposés héréditairement et que, dans le premier cas, il existait un facteur étiologique à considérer, la chlorose. (Schiffers.)

Ces cas très intéressants de bruits subjectifs, donnant lieu .à des troubles psychiques, nous ont engagé à faire quelques recherches sur la production de ces bruits, car, comme le dit von Træltsch, il serait très important de savoir jusqu'à quel point les hallucmations de l’ouïe des aliénés ne dépendent pas souvent d'un bourdonnement d'oreille d’origine périphérique, bruit qui est interprété par l’aliéné d’une facon maladive et est plus ou moins fortement ressenti, suivant le degré d’excitation psychique.

Schlager et Jaffe, de Vienne, ont étudié avec le professeur Gruber, à l’hospice des aliénés de cette ville, l'influence des sensations subjectives de l’ouïe sur le développement de laliénation mentale. Ils ont abouti aux mêmes conclusions que Kœppe et Schwartze, le collaborateur de ce dernier (1). (Schiffers.)

Kæppe a examiné, à Halle, 31 aliénés chez lesquels une maladie prononcée de l'oreille pouvait être constatée (2). Chez aucun d'eux, iln’existait une sensation subjective de l’ouïe, sans qu'il y eût en même temps des illusions et des hallucmations du même organe. En outre, 7 malades avaient également des illusions et des hallucimations avec une liypérémie des vais-

(4) Gruber, Lehrbuch der Ohrenheilkunde. Wien, 1870. Signalé dans la thèse du D' Delstanche : Ætude sur le bourdonnement de l'oreille. Bruxelles, 1872.

(2) Archiv, f. Ohrenk. NI, page 332,

seaux du manche du marteau et des bruits subjectifs.

Dans deux cas, où il existait des bouchons de cérumen, après l'enlèvement de ceux-c1, les bruits disparurent, mais non les hallucinations. Chez plusieurs malades dont l'histoire est détaillée, les bruits cessérent sous l'influence d'un traitement local de l'affection de l'oreille et avec eux les hallucmations. Particulièrement mstructifs sont deux cas où une seule oreille était malade et où les voix étaient seulement entendues de ce côté.

Voyons donc maintenant quelles sont, sur cette question, les idées émises par Schwartze dans son intéressant article (4).

Il faut regarder comme sensation subjective de l’ouïe, toutes les sensations de l’ouïe, dont la sowrce sonnante (schallquelle) existe dans le corps, et qui ne sont perçues par l'individu dans le corps duquel elles se produisent, que grâce à une irritation immédiate du nerf anditif ; en d’autres termes, celles qui prennent naissance subjectivement et ne sont perceptibles que subjectivement.

Les sensations subjectives peuvent si parfaitement ressembler aux sensations objectives, que nous supposons une sowrce sonnante dans le monde extérieur, jusqu'à ce que nous soyons convaincus du contraire par une série de conclusions ou presque d'expériences imvolontaires (à savoir l’occlusion des oreilles, l'éloignement de l'oreille de la cause présumée, le contrôle avecles yeux).

(1) Schwartze. Berliner Klin. Wochenschrifft, 1866, ns 12 et 13.

Que le pouvoir de localiser la perception présente un trouble durable ou passager, alors prennent naissance les troubles auditifs en question, dans lesquels on comprend les hallucimations et les illusions. Les troubles auditifs isolés ne sont pas rares chez des gens sains d'esprit ; qu'ils se produisent fréquemment dans une forme déterminée ou bien mélangée d'autres éléments morbides, alors le danger d'une maladie mentale n’est pas éloigné.

Les sensations subjectives de Fouïe qui sont produites par des maladies appréciables de l'oreille, dans certaines prédispositions psychiques, principalement dans la prédisposition héréditaire, peuvent devenir la cause directe d'illusions de l’ouïe, qui ellesmêmes, rendent imminente l'explosion d’une maladie mentale. J'ai traité pendant longtemps, dit Schwartze, une malade prédisposée par ses antécédents héréditaires à l'aliénation et aux illusions de l’ouie. Ces dernières disparurent par le traitement local et l’affaiblissement des bruits subjectifs produits par la lésion auriculaire.

Quelquefoisles aliénés qui souffrent en même temps d’une affection de l'oreille et de sensations subjectives de l’ouïe, distinguent très bien ces dernières de leurs illusions et de leurs hallucmations. Ils entendent «leurs voix » en même temps que les bourdonnements et les sifflements symptomatiques de leurs maladies d'oreille, mais 1l n’est pas rare que ces voix soient complètement Imdépendantes.

Ainsi donc, les bruits subjectifs de l'oreille, avec ou sans lésion de l'appareil auditif, peuvent engen-

drer des illusions, qui elles-mêmes, agissant sur un cerveau prédisposé peuvent provoquer l’éclosion d'une maladie mentale. Ils entrent comme un facteur étiologique trop considérable dans la production des troubles psychiques, pour que nous croyons devoir msister sur quelques-uns de leurs caractères.

Les bruits subjectifs de l'oreille sont mtermittents ou contimuels ; ordinairement il n'existe qu'un bruit déterminé et invariable, mais quelquefois on observe des bruits différents simultanés.

Schwartze dit avoir observé une malade très digne de foi, qui décrivait trois sortes de bruits dans la même oreille ; le bruit lointain d’un torrent, le bouillonnement d’une locomotive, et à travers cela le gazoullement des oiseaux.

Les deux oreilles ou une seule peuvent être le siège de ces bruits ; ils peuvent être perçus simultanément dans les oreilles et dans la tête, le plus souvent à l'arrière, rarement au sommet. Le bruit les rend moins perceptibles ; par contre ils sont très pénibles dans le silence, surtout la nuit avant de s'endormir.

Si l’on se fait expliquer le caractère des bruits auriculaires, on observe:une grande diversité mdividuelle. Les comparaisons les plus fréquentes sont les suivantes : bruit de l’eau bouillante, d’une chute d'eau, de l'orage, le: bourdonnement des abeilles, ete. On a essayé d'utiliser le caractère du bruit pour le diagnostic de la cause, aussinous reproduisons les conclusions auxquelles est arrivé le D'Hermest (1).

(4) Hermest, — Etude sur les bourdonnements d'oreilles. Union medicale, 1881, n°5 15,18, 20,21.

SR Quant aux appellations employées ou inventées pour désigner ces différents caractères, elles sont très nombreuses, et quelques-unes heureusement choisies, telles que : Sibilus, Tinnitus, murmura, fremitus, SUsUrrus, bombus, pulsatio, ete...

D'après M. Hermest, les bourdonnements comparés par les malades à un bruit de conque, au bruit du vent, des vagues, sont les symptômes d'un manque d'équilibre entre la pression atmosphérique et celle de l’air contenu dans la caisse : on les rencontre dans les cas d’obstruction de la trompe d’Eustache et de corps étrangers de l'oreille.

Ceux dont le timbre peut-être rendu par le mot djrii et que les malades comparent au bruit d'un jet de vapeur, au bruissement d’un feu de bois vert, au sifflement d’un bec de gaz ouvert et non allumé, sont des bruits de compression, qu'on rencontre chaque fois que, par l'intermédiaire de la chaîne des osselets, le liquide de Cotugno se trouve comprimé.

On les observe quelquefois et passagèrement dans le cas de corps étranger du conduit ; le plus souvent et d’une façon continue dans l’ankylose de la chaine, les adhérences entre le tympan et le rocher, la contracture et la rétraction du muscle tenseur du tympan.

Les bruits musicaux sont toujours liés à une affection de l'oreille interne et peuvent s'accompagner de titubations, de vertiges, etc.

Les bourdonnements isochrones ou pouls ei simulant un bruit de souffle, sont constatés dans la consestion des artérioles du manche du marteau et dans

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les altérations vasculaires autres que celles de loreille.

Nous ne pousserons pas plus loin ces considérations sur la pathogénie des bruits entotiques, car elles sortent un peu de notre sujet ; quel que soit du reste leur mode de production, on peutdire qu'ils impriment un cachet spécial à l’aliénation mentale confirmée, activent l’éclosion des troubles psychiques chez les sujets prédisposés et peuvent même donner le change aux personnes parfaitement saines d'esprit.

Ainsi, des malades atteints de bourdonnements d'oreille rapportent assez souvent que la certitude absolue leur fait défaut sur la cessation d’un bruit ou d’un ton qui vient de se produire, par exemple, le son de la sonnette de Ja rue. Ils disent qu'ils sont même forcés souvent d'abandonner la chambre pour s’assurer si la cloche est encore en mouvement, parce que, depuis qu’elle a commencé à sonner, leur bourdonnement a pris le même caractère, et pour quelque temps cette sensation domine dans leur oreille, qui autrement bourdonne toujours de la même facon.

Pendant l'été de 1866 (1), à Wursbourg, plusieurs malades qui souffraient de bourdonnements d'oreille, disaient qu'ils percevaient continuellement dans leurs oreilles le résonnement des tambours, le fracas des caissons d'artillerie où le bruit du canon. Il était posible dans ces cas d'apprécier clairement l'influence de lPimagination, et en même temps celle des événements journaliers sur la signification des sensations

(4) V. Lehrbach der Ohirenheilkunde Von Trælisch, p. 688. — Gté par Schiffers,

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subjectives de l’ouie. Pour prouver combien des bourdonnements d'oreille peuvent facilement donner lieu à des idées de manie, Von Træltsch (2) dit avoir vu un compositeur sourd, qui, d’ailleurs tout à fait sam d'esprit, lui racontait qu'il entendait continuellement dans son oreille une hymne déterminée (la même qui avait fait sa célébrité).

Cette mfluence des événements journaliers sur la signification des sensations subjectives de l’ouie, est parfaitement exacte ; nousavons pu déjà l’apprécier, entre autre cas, chez l’un de nos confrères, qui, souffrant légérement de bourdonnements d'oreille, croyait entendre sonner chez lui pendant la nuit, alors qu'il S'était endormi avec la préoccupation que lui occasionnait un de ses malades gravement atteint. Le bruit, tel qu'il l'entendait alors, n'existait pas en dehors de lui, mais pour s’en convaincre, il devait se lever et aller S'assurer lui-même qu'il v avait bien erreur de sa part. (Schiffers.)

Une sorte d'irritabilité, un état plus ou moins prononcé de manie se rencontre quelquefois chez certaines personnes âgées, dont la fonction auditive laisse à désirer. En connaissant ces rapports mtimes des lésions auriculaires avec différents troubles de l'esprit, le médecin évitera d'attribuer le changement survenu à une toute autre cause et de laisser: s'égarer sa thérapeutique.

Nous nous associons pleinement à cette manière de voir de M. Schiffers ; elle applique non seule-

(2) V. Lehrbuch, p. 613.

LATE ment aux cas particuliers qui nous ont occupé dans ce paragraphe, mais encore à toutes les lésioris de l'appareil auditif, à la suite desquelles on voit apparaître des troubles psychiques.

[TI OBSERVATION XHI (1)

Par le docteur (Georges Catlett, directeur de l'asile des aliénés Saint-Joseph (Missouri).

Miss E. M., àgée de 54 ans, folle depuis 2 ans, sans prédispositions héréditaires apparentes. On ne connait pasla cause dela folie. Conditions physiques passablement bonnes ; appétit quelquefois faible ; dure d'oreille depuis sa jeunesse, à la suite d'une otite moyenne suppurée, consécutive à une rougeole. En avançant en âge, les facultés auditives ont diminué et maintenant elle ne peut plus entendre le tic-tac d'une montre placée près de l'oreille, et c'est à peine si elle perçoit les bruits les plus intenses. Elle est tourmentée par des hallucinations auditives ; elle entend les appels désespérés de sa mère, ou les pleurs des enfants abandonnés. Elle a beaucoup de sympathie dans le regard, les gestes, la voix : elle persiste à leur offrir consolation et assistance.

Les oreilles ont résisté à la destruction du lympan, à la perte des osselets et à l'obstruction de la trompe d’Eustache.

(1) American journal of insunity. 1877-78. Vol, XX XIV. The fréquent association of disease of the ear With insamity.

OBSERVATION XIV Par Je Docteur Georges CATLETr

M. G..., àgé de 50 ans. Fou depuis cinq ans. Ses antécédents héréditaires ne sont pas connus. Surdité des deux oreilles résultant d’un catarrhe de l'oreille moyenne, qui à produit un changement de structure de l'oreille interne et des nerfs auditifs. Il a eu des hallucinations de l'ouïe pendant tout le temps de sa folie. Chaque nuit il se lève pour tout casser ; 1l frappe avec sa clef sur les fenêtres et la porte de sa chambre, dont il empèche l'entrée aux personnes qu'il trouble chaque nuit dans leur repos.

OBSERVATION XV Par le Docteur Georges CATLETT

M" S. G..., àgée de 43 ans; pas d'antécédents héréditaires. Elle est mariée à un fermier ; sa santé et sa constitution sont bonnes: elle a eu huit enfants. La seule maladie qu à précédé sa folie a été un catarrhe très violent du nez et de l'oreille moyenne. Tous deux ont persisté quelque temps après son admission à l'asile. Elle a souffert beaucoup des désordres produits dans le nez et dans l'oreille, Elle a été furieuse quatre semaines, s'épuisant par le délire et l'excitation maniaque.

Les symptômes prédominants étaient des hallucinations de l'ouie, la prévenant de fuir un danger dontelle était menacée. Son état s’est amélioré, mais elle n’a pas recouvré complètement Ja santé.

OBSERVATION XVI Par le Docteur Georges CATLETr

Miss E. H..., àgée de 24 ans, maitresse d'école. Pas d'autécédents héréditaires: folle trente jours avant son admission, manie aiguë, bonne santé. Bientôt après son admission, symptômes de prostration et de dépérissement très rapide. Les ganglions maxillaires et cervicaux sont tuméfiés, les extrémités œdématiées, avec des tâches rouges, symptômes d’une maladie constitutionnelle et d'une intoxication du sang.

Hallucinations auditives qui semblent être le résultat d'un accroissement de l'otite; délire jour et nuit. Elle prétend entendre le mugissement des vagues et les cris des marins naufragés ; elle répète souvent qu'elle voit des enfants souffrir et pousser des cris dans les flammes. Ces hallucinations s'accompagnent d'efforts violents pour sauver l'équipage ei les enfants.

Les troubles mentaux et les hallucinations ont cessé avec l'otite.

OBSER VATION XVII (1)

Folie par irritation sensorielle

Une femme, âgée de 53ans, était atteinte depuis l’âge de 15 ans de surdité incomplète causée par le bruit d'un coup de fusil tiré auprès d'elle; depuis, elle avait eu aussi presque continuellen.ent des bourdonnements d'oreille.

(4) Aug, Voisin, Leçons cliniques sur Les Maladies mentales.

Pendant l'insurrection de mars 1871 des obus éclatérent près d'elle ; elle en fut profondément troublée. Presque aussitôt elle eut des hallucinations de l’ouïe, entendit des voix qui partaient des murs ; puis, insensiblement, elle en arriva à rester indifférente aux choses de son ménage, à passer les nuits, comme les jours, à s’agiter, à crier, à chanter.

Aujourd'hui, la maladie se borne à des hallucinations de l'ouie et à de l'excitation par moments. Je soigne cette femme par des purgatifs, par des cautères placés derrière chaque oreille.

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