OBSERVATION XVII
Madame L., fruitière, âgée de 41 ans, d'une constitution forte, d'un tempérament sanguin, est née d'une mère atteinte d’une maladie convulsive. Elle-même depuis vingt ans a des convulsions avec perte de connaissance, et qui reviennent à des intervalles réguliers. Depuis un an, céphalalgies fréquentes, élourdissements, bourdonnements dans les oreilles et surtout dans l'oreille droite. Ces signes de congestion sont aggravés par des excès de boisson, et la malade est obligée de temps en temps d’avoir recours à la saignée.
A la fin du mois de juillet 1841, M"° L. éprouve des contrariétés assez vives. Elle commence à entendre des voix quand elle est couchée; et c’est le soir et le matin qu'on lui parle dans son lit au moment de s'endormir, ou quand elle se réveille ; elle distingue très bien ce qu’on lui dit; ce sont des menaces, des injures, des accusations ; on va la mettre en jugement, briser ses meubles, etc... Quelques jours se sont à peine écoulés, et ces hallucinations de l'ouie durent une partie de la nuit. La malade répond aux voix et se dispute
(4) Baillarger. Des hallucinations, des causes qui les produisent, elc.
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avec elles. Pendant quinze jours environ les fausses sensations disparaissent le matin, mais bientôt elles continuent pendant le jour. C'est alors que, se croyant poursuivie, M“°L. se jette par la fenêtre du premier étage de la maison qu'elle habite ; elle était dans ses règles, qui, malgré cet accident ne furent point arrêtées; trois jours après, elle fut conduite à la Salpêtrière. À son entrée, elle est obligée de s’aliter ; l'une des cuisses, par suite de la chute, est tuméfiée et douloureuse; le ventre et très sensible à la pression, et il yade la fièvre. Cette malade est d’ailleurs très calme, et M. Mitivié, dans le certificat d'entrée, déclare qu'elle ne paraît pas aliénée. Cependant, après quelques jours, on s'aperçoit que M°"° L..., en apparence si raisonnable, conserve des hallucinations de l’ouïe qui ont lieu le soir et le matin quand elle est couchée. Elle eroit que ce sont dés gens de son pays cachés derrière le mür qui viennent la tourmenter. Après quinze jours, les fausses sensations cessent et la malade paraît alors tout à fait bien. A l'époque menstruelle, les hallucinations reparaissent, mais seulement le soir et le matin; il n'y en a point pendant le jour. Avec les hallucinations, retour du délire. M"° L... continue d'ailleurs à croire que ce sont des ennemis qui viennent ainsi la tourmenter la nuit.
Depuis le début de la maladie, les voix se font entendre beaucoup plus par l'oreille droile ; c'est aussi à droite que les bourdonnements sont plus forts. Vers le 15 octobre, l’oreille de ce côté commence à couler ; la malade trouve, le matin, son bonnet taché, tantôt d’une eau roussâtre, et tantôt d’un peu de sang. Les règles ont reparu le 16 octobre et ont cessé le 19. Les hallucinations continuent d’ailleurs au moment du sommeil et du réveil, et elles existaieut encore, quoique plus faibles, lors de la sortie de la malade, le 23 octobre 1841.