‹ Essai sur les troubles psychiques consécutifs aux maladies de l'oreilleChapitre 23 sur 33 · OBSERVATION XIX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XIX

SOMMAIRE. — Lypémanie avec idées de suicide et périodes d’excitation. — Hallucinations unilatérales de l’ouïe, d'origine externe; guérison de ces hallucinations par l'extraction d'un corps étranger situé contre le tympan. — Disparition des hallucimations et guérison de l'affection mentale.

D'un tempérament lymphatique, d’une constitution ordinaire, M°° G.... a eu trois enfants en trente-trois mois. Chacune de ses couches a été pénible et laborieuse, et suivie des fatigues de la lactation. Il y a quinze mois, la malade devint hypochondriaque, triste, apathique. A chaque époque menstruelle, elle se sentait des impulsions au suicide. Le certificat d'admission porte que « M*° G... est atteinte de lypémanie avec agitation et tendance à la démence,» Signé : Docteur Guillon.

A l’arrivée, je délivre le certificat suivant : Est atteinte de lypémanie hypochondriaque avec idéesde suicide. Entend des voix, des bourdonnements, des cloches. À chaque période mensuelle, la malade est prise d'idées d'agitation qui la portent à se détruire. La puerpéralité ne parait pas étrangère à cette affection. — Signé : Docteur Mabille.

Triste, cette malade s'occupe et raisonne d’une façon assez suivie. Vient-on à parler de sa sauté, elle ne tarit pas en

doléances, elle pleure, elle se lamente. A chaque visite, elle fait une longue énumération qu’elle croit nouvelle : elle a mal au côté, à l'estomac, derrière le dos; son cœur baigne dans l'eau, la tête est comme pourrie. Elle entend dans l'oreille droite des bourdonnements, des bruits de cloches, de vielle, de « cuisine qui fricasse. »

À chaqueépoque, elle devient inconsciente; elle sesent irré-

(1) Docteur Mabille.-- Annales médico-psycologiques. Novembre 1883.

sistiblement poussée au suicide. Depuis quinze mois, elle ne dort pas. Son sommeil est troublé par les hallucinations précipitées.

Depuis son entrée à l'asile, elle ne peut dormir malgré tout ce qu'on peut lui faire. Elle pleure, elle est désespérée.

26 mars : Certificat de quinzaine. — « Est atteinte de lypémanie hypochondriaque, avec idées de suicide, hallucinations unilatérales de l’ouïe et état d'anémie profonde. A maintenir. » Signé : Docteur Mabille.

Le 3 avril 1882, j'ordonne des injections d’eau tiède dans l'oreille droite. Pendantla seconde injection, un corps étranger situé contre le tympan se détache. Ce corps étranger entouré de cérumen durci est dur, résistant. L'examen fait voir que c'est un grain de blé qui se trouve au centre de l’amas. Le spéculum auris montre l'existence d’une inflammation peu étendue du tympan; un liquide jaunâtre s'écoule de l'oreille moyenne pendant quelques jours. Le traitement institué amène la guérison de cette myringite.

Mais, dès la nuit même de l’enlèvement du corpsétranger, les hallucinations de l'ouie cessent de se manifester à droite et la malade peut dormir.

L'état général s'améliore de jour en jour; les troubles dyspeptiques disparaissent. La mélancolie tend à disparaitre. La malade a l'humeur en général gaie, mais elle se plaint encore de ses souffrances de temps à autre.

La malade, à la fin d'avril 1882, à un embonpoint qui contraste singulièrement avec l’état de maigreur qu’elle avait lors de son entrée. Pour la première fois depuis fort longtemps, la menstruation ne s'accompagne d'ancun trouble mental.

Le mois s'écoule sans que les hallucinations aient reparu. Le délire hypocondriaque n'existe plus. Le sommeil est bon et, le 28 mai 1882, la malade sort de l'établissement dans un état de complète guérison.

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